Allez une chtite suite !!!!
@ Kore, je dis que le lieutenant Phil part escorter leur minerai
Chapitre XXIV
Un coup à la porte le réveilla.
-Debout là-dedans !
Il y a des moyens plus simples de se réveiller, pensa notre ami. Il se leva doucement, après une série d’étirements et de bâillements, il s’habilla et sortit. Dehors, le jour se levait à peine. La cité était encore profondément endormie. Le sergent avait entendu que la nuit portait conseil, et il put vérifier ce vieux proverbe à l’instant même. Neldirage trouva la solution pour les tours de garde.
Il restait cinquante hommes dans le fortin. Neldirage les divisa en cinq ainsi que la journée. Il organisa un roulement chaque jour pour que tout le monde change d’horaire régulièrement. Pour que ça ne soit pas toujours les mêmes qui soient aux pires horaires… Cette solution parut plaire aux gardes qui n’aimaient pas trop l’ancien système.
Une fois que les dix gardes de la veille reprirent la surveillance, Neldirage s’occupa d’aller réveiller les soldats à la caserne. Tous ne dormaient pas là, mais la majorité était confinée dans cette pièce. Neldirage ouvrit la porte et hurla un bon coup :
-Allez, on se lève ! Vous me ferez un plaisir de bouger en vitesse et d’aérer tout ça ! Ca sent le renard !
Fier de son réveil mouvementé, Neldirage partit manger un petit bout. Il attrapa une miche de pain et du fromage qu’il dévora assez vite. Alors qu’il repartait de la salle, le nouveau sergent croisa les premiers soldats tombés du lit. Ils échangèrent des sourires amusés malgré le réveil violent que Neldirage leur avait fait subir. Il alla vérifier que les sentinelles étaient bien en place puis retourna à la cantine où la vie commençait tout juste à grouiller. Notre ami leur demanda une minute d’attention. Neldirage créa les groupes en fonction des tables puis assigna les premiers tours de garde.
Il les laissa ensuite finir de manger pendant qu’il allait s’équiper. Il revint une trentaine de minutes plus tard.
-Messieurs, c’est plus l’heure de traîner ! Les dix nouvelles sentinelles doivent aller s’équiper maintenant pour être à leur post dans un quart d’heure tapante ! Pour les autres, je les veux dans vingt minutes dans la salle d’entraînement.
Des petits murmures d’indignation parcoururent l’assemblée mais tous se levèrent pour faire ce qu’on leur avait assigné. Neldirage descendit dans la salle d’entraînement et s’assit sur une poutre au milieu de la salle. Il avait réfléchi longtemps à son rôle et tout ce qu’il avait réussi à en sortir c’est qu’il devait ne jamais hésiter et bien prendre ses hommes en main. Quand les soldats se présentèrent, il leur énonça la liste des petits tests qu’il avait mis au point. Ils rirent de ces petits jeux destinés à aiguiser leurs réflexes et leur agilité.
-On verra bien qui rira le dernier… murmura Neldirage avec un grand sourire en pensant aux courbatures qu’ils auraient bientôt tous.
Après ces séries d’assouplissements, Neldirage assigna les hommes deux par deux pour faire du combat rapproché. Le but de cet exercice était de faire tomber son adversaire au sol sans coup violent. Heureusement pour les gardes, le sol avait été recouvert de tapis qui avaient été prêtés par un collectionneur du village. Neldirage décida d’affronter l’homme le plus fort de la garnison. Après deux minutes de combat intense, le géant prit l’avantage et fit basculer le sergent au sol.
En se relevant, Neldirage vit les regards ébahis des autres soldats.
-Et bien ? Cet homme est plus fort que moi ! Dit le sergent en lui posant la main sur l’épaule. Il n’y a pas de honte… mais ne vous avouez jamais vaincu ! Ajouta-t-il en frappant deux coups derrière les genoux du gagnant ce qui le força à s’agenouiller.
Neldirage s’appuya sur la tête de l’homme et dit :
-Compris ?
Les soldats rirent et opinèrent. Neldirage félicita le soldat et l’aida à se relever. Comme l’heure de la pause approchait, le sergent décida d’arrêter les exercices pour aujourd’hui. Il leur donna trois heures de repos et pour mot d’ordre de se retrouver ici. Neldirage comptait bien leur faire faire une petite manœuvre avec ce jeu des épées colorées qu’il avait inventé.
Neldirage, quant à lui, décida de rentrer dormir un peu. Il n’avait toujours pas récupéré et n’avait pas faim, il allait pouvoir se sacrifier pour le moment. En retournant chez lui, Neldirage vit que la consigne avait été appliquée et que la garde s’était relayée sans qu’il n’ait à le rappeler. Il confia à un gamin qui paraissait s’ennuyer, la mission de le réveiller à l’heure qu’il demandait. Ce dernier, imaginant une récompense, s’empressa d’accepter et de monter la garde devant la porte de la maison. Neldirage sourit devant le spectacle : Ce gosse lui rappelait sa propre jeunesse. Notre ami lui ébouriffa les cheveux et rentra se coucher.
Neldirage se réveilla lorsqu’une main se posa sur son épaule. Il ouvrit les yeux, les doigts sous son oreiller, posés sur une dague. Quand il vit que c’était le petit garçon, il sourit et s’assit sur le rebord du lit. Neldirage sortit quelques pièces de sa bourse et les donna à l’enfant. Il pourrait s’acheter quelques friandises chez le boulanger avec ça… Le gamin dit un grand merci avant de s’enfuir par la porte, tout content. Neldirage renfila sa veste et sortit.
Les gardes étaient déjà présents et ils se demandaient tous ce qui les attendait. Neldirage ne les fit pas attendre et leur expliqua qu’ils allaient descendre plus bas dans la vallée pour une manœuvre avec leur épée et bouclier de bois. Les gardes, qui commençaient à apprécier ce jeu, du fait de son réalisme, furent enthousiasmés. Neldirage ne dut pas traîner pour suivre le rythme que la colonne de soldats avait adopté pour sortir de la ville. Arrivés sur place, tous se défirent de leurs vraies armes et les déposèrent dans un coin.
Chaque homme sortit son bouclier de bois et sa petite épée. Après les avoir trempés dans le colorant, les deux équipes s’élancèrent en criant l’une vers l’autre. C’était impressionnant comme on pouvait ressentir les mêmes sensations, ou presque, que dans un combat réel, se dit Neldirage. Ils passèrent l’après midi à faire semblant de se tuer. Neldirage était assez fier de son palmarès : Il n’était mort que deux fois sur sept affrontements. Et encore, dans l’un d’eux, c’est parce qu’il s’était retrouvé en un contre six. Dans ces conditions, personne de normal ne peut se sortir de ce mauvais pas…
La manœuvre avait épuisé les soldats du fort. Neldirage ayant quelque chose à leur montrer, il arrêta la séance. Ils étaient maintenant assis sous les arbres dont le feuillage les protégeait de la chaleur. Derrière eux, il y avait un lac qui servait d’approvisionnement en eau à la ville. Et autour de celui-ci, les montagnes servaient de cloisons naturelles. Seules trois entrées permettaient d’entrer ou de sortir de cette arène… L’une d’elles était gardée par le fort.
-Maintenant, on va apprendre à reconnaître les signes ! Annonça Neldirage comme à des enfants. Qui peut me dire ce qu’il voit autour de lui ?
-Le paradis ! Répondit un homme vautré dans l’herbe.
-Et sinon ?
-Un calme paysage ? Tenta un autre.
-Hum… Non ! Quoi d’autre ?
-Quelque chose sur la corniche nord… Répondit un éclaireur.
-Exactement ! Dit Neldirage.
Tous scrutèrent les rochers.
-Et qu’est-ce que cela peut-être ?
-Un gobelin à première vue, dit un autre éclaireur.
-Je vois rien ! S’exclama un soldat.
-C’est pour ça que c’est moi qui vais voir ce qui se passe et protège tes fesses ! Répondit l’autre.
-Et que voyez-vous d’autre ?
-A vrai dire, rien... Abandonna l’archer. C’est un gobelin, c’est tout…
-Je vais vous dire ce que vous devez voir : On peut observer que la silhouette est incertaine, ce gobelin a des habits qui bougent à cause du vent, ce n’est donc pas un gobelin des Crânes Blancs dont le repère de cette région nous est encore inconnu. On peut voir aussi qu’il est petit, comme ramassé, il ne se tient pas droit et on peut être sûr qu’il a envie de boire. Je présume qu’il est par conséquent seul et s’est enfui de sa région natale.
Les hommes se tendirent. Il était possible que les autres membres de la tribu soient dans les parages…
-Venez, gagnons le couvert des arbres et voyons ce qu’il en est !
Les soldats firent mine de partir et se dissimulèrent dans des fourrés proches du lac. La créature perdit patience et, voyant qu’il n’y avait plus personne, descendit la pente et courut se rafraîchir. Le gobelin était couvert de poussière… A tel point qu’il était impossible de dire les emblèmes qui étaient grossièrement dessinés sur son torse. La créature aux grandes oreilles vertes se mit à quatre pattes et fourra sa tête dans l’eau.
-Allez les gars, posez les affaires et on le capture !
Le groupe se scinda en deux pour éviter qu’il ne leur échappe. Cette précaution s’avéra inutile car la créature prolongea son apnée. Deux soldats la saisirent et la tirèrent hors de l’eau si violemment que Neldirage cru qu’ils lui avaient brisé la nuque…
-Parle, bête ! Que fais-tu ici ? Demanda Neldirage.
La créature se débattait dans tous les sens. Elle criait dans une langue inconnue ce qui créait un véritable charivari. Elle battait des mains et des pieds en espérant toucher quelqu’un. A un moment, le gobelin mordit la main d’un garde de ses dents jaunâtres et frappa l’autre aux tibias. Il put ainsi se libérer… Et fut intercepté par un coup de poing magistral de Neldirage qui se trouvait face à lui.
La créature retomba au sol, inerte. Les deux gardes, qui se frictionnaient respectivement la jambe et la main, décidèrent de plaquer la créature au sol avec leurs pieds. Elle dodinait de la tête et ouvrit de petits yeux.
-Répond !
La créature débita les mêmes sons que la première fois… Impossible de savoir ce qu’elle racontait. Neldirage soupira et fit un mouvement de la main.
-Ca sert à rien, on perd notre temps ! Tuez-la ! Et évitez que son sang ne souille l’eau ! Ca me déplairait d’en avoir dans mon verre tout à l’heure.
Un des gardes dégaina et acheva la créature. Le silence revint et le chambard cessa. Les deux gardes le recouvrèrent de terre pour éviter qu’il n’attire des prédateurs puis rejoignirent leurs confrères qui rassemblaient les affaires.
-Comme je l’avais dit, continua Neldirage, ses emblèmes étaient ceux d’un bouclier noir, comme le nôtre ! Il était donc seul… Mais par précaution, Tom et Mick partiront en éclaireur.
-Oh non ? Pourquoi ? Protestèrent-ils.
-Parce que vous êtes payés pour ça ! Dit Neldirage avec un clin d’œil.
Les deux gardes rechignèrent mais partirent vérifier la région. Pendant ce temps, Neldirage et les autres hommes rentrèrent au fort pour relever les sentinelles et se reposer. Le soleil commençait à décroître depuis une bonne heure déjà. Les gardes traînaient les pieds. De plus, les deux gardes blessés pendant la manœuvre boitillaient. Quand ils passèrent la herse du fortin, Neldirage leur dit :
-A l’infirmerie les deux !
-Ca va, sergent… Dit l’un d’eux.
-On ne discute pas ! On va se faire examiner ! Je passerai vous voir pour vérifier…
-Bien, sergent… Abandonnèrent-ils.
Neldirage déposa ses affaires dans sa petite maison puis décida de se reposer un peu. Il se vautra dans son lit et faillit s’endormir instantanément. Il écarquilla les yeux et d’une impulsion précipitée, il quitta le lit qui pourtant l’attirait. Il retira ses chaussures ferrées et enleva également sa cotte de maille. Neldirage profita de cette légèreté quelques minutes avant d’enfiler des chausses plus souples et de partir à l’infirmerie.
Le bâtiment n’était pas bien loin de chez lui. Neldirage parcourut la centaine de mètres qui allait le mener dans cette large tente. Dedans, un homme, qui manipulait de fines barres de bois, s’approcha des soldats assis sur un lit de fortune.
-Alors, comment vont-ils ?
Le médecin fut rassurant.
-Quelques jours de repos avec une attelle, par précaution, et ils seront sur pieds !
-Tant mieux ! Reposez-vous bien ! Que je ne vous vois pas dehors !
-Oui, sergent … Dirent les deux hommes mécontents de devoir passer quelques jours sans bouger.
Neldirage commençait à être vraiment fatigué. Il décida de suivre l’appel de son lit. Il l’imaginait déjà : Devant lui, moelleux à souhait. Devant cette évocation de bonheur, notre ami pressa le pas. Au plutôt arrivé, au plutôt couché ! Il avait du sommeil en retard et il comptait bien le récupérer…
Chapitre XXV
La semaine se passa plutôt bien. Il n’y eut pas d’incident et le lieutenant était assez fier du travail que Neldirage avait accompli. D’après les éclaireurs, lui annonça un jour le lieutenant, Phil et les autres soldats du fort seraient de retour le lendemain pour le repas de midi. Il continua en disant que Neldirage allait pourvoir redevenir le numéro deux et qu’il aurait moins de décisions à prendre. Cela ne plaisait pas du tout à notre sergent qui se plaisait bien dans ce rôle de commandant. Mais bon, si le lieutenant l’avait décidé… Il s’en contenterait.
-Lieutenant, lieutenant ! Dit un homme en rentrant précipitamment dans le bureau de ce dernier.
-Oui ?
-Oh bonjour sergent !
-Bonjour ! Répondit Neldirage.
-Désolé de vous interrompre mais c’est une urgence !
-Que se passe-t-il ? Demandèrent les gradés.
-Bin, vous vous rappelez sergent quand vous nous avez envoyés en éclaireurs après la découverte du gob ?
-Oui, oui ! Continue !
-On a trouvé une tanière ! Les Crânes Blancs sont dans une grotte du côté des chutes. Ils étaient habilement dissimulés mais moi et Tom, on les a vus de nos propres yeux comme on vous voit maintenant. Il y a une entrée juste derrière la chute…
-Lieutenant ? Permission d’aller jeter un coup d’œil avec les hommes ? Demanda Neldirage.
-Je vous en laisse quinze, ça devrait être suffisant !
-Oui, lieutenant ! Nous partons sur le champ ! Tom, ordonne le rassemblement, nous allons leur régler leur compte à ces satanés Crânes Blancs !
-Avec plaisir, monsieur ! Dit l’éclaireur avant de s’éclipser.
Neldirage tourna les talons après avoir salué son supérieur puis partit s’équiper comme ses hommes. Cinq minutes après, la quinzaine de soldats s’était réunie volontairement. Neldirage les félicita puis ordonna la mise en route de la petite troupe. Mick et Tom passèrent devant pour guider leurs confrères. Pour commencer, les soldats descendirent la pente qui menait au lac dans une formation brisée. Ensuite, ils se mirent en colonne et remontèrent une des rivières qui alimentait ce dernier. Quand Tom annonça qu’ils étaient tout proches, les hommes d’armes se tapirent dans la végétation et attendirent les ordres.
-On va commencer par les encercler, d’accord ? Ensuite les archers vont se placer de façon à voir l’entrée de la grotte dans la ligne de mire. Les autres vous viendrez avec moi dedans. C’est clair ?
-Oui, sergent !
-Bon, Mick, tu guideras les archers.
Neldirage avait dû augmenter le son de sa voix car la chute d’eau toute proche faisait un boucan pas possible. Derrière la position où ils se trouvaient, il y avait un étang dans laquelle la cascade déversait ses flots tumultueux. A droite de l’étang, il y avait un petit sentier qui semblait monter de plus en plus haut. Il devait se terminer sur l’entrée de la grotte. Sur la falaise, il y avait également pleins de petits corniches qui dépassaient de la façade. Le chemin ne semblait pas régulier ce qui allait sûrement les forcer à faire de l’escalade.
-Mick ! Les archers ! Emmène-les en haut de la falaise qui fait face à la grotte. Il semble y avoir un plateau là-haut qui doit permettre que vous soyez à portée de tir. Vous devriez être à l’abri… Sauf des autres archers que vous devrez donc abattre en priorité ! Messieurs, nous risquons de devoir faire un peu de grimpette !
-De la rigolade ! Dit un guerrier.
-Ouais ! Confirma un autre. Les doigts dans le nez.
-Nous verrons ! Je vous conseille de vous équiper avec le moins d’affaires possibles et restez prudents quoi qu’il arrive, on n’est pas à l’abri d’un accident…
-Sergent, on part tout de suite pour prendre de l’avance ! Dit Tom.
-Bien, faites attention…
-Promis, chef !
La demi-douzaine d’archers disparut dans les fourrés. Neldirage se mit à avancer tout en restant le plus baissé possible. Il fut immédiatement suivi par les autres soldats. Après un petit sprint jusqu’aux parois de la falaise, les hommes s’engagèrent sur le mince sentier. Quand ils furent à une dizaine de mètres du sol, ils passèrent une première fois sous la chute d’eau. La terre s’était creusée ce qui permit aux militaires de rester assez au sec. Neldirage ne put s’empêcher de s’approcher de ce rideau humide qui les cachait de tous. Notre ami passa sa main qui fut immédiatement attirée vers le bas.
Il ne put retenir une exclamation de surprise.
Une telle force ! C’était impressionnant comment rien ne semblait pouvoir arrêter cette puissance aquatique. En parlant de ça, Neldirage avait la moitié du bras de trempée… Il regretta un peu ce geste. Après se l’être essuyé tant bien que mal, il reprit la tête de la colonne et ils continuèrent de grimper. En dessous d’eux, l’étang devenait lentement une flaque et les arbres se transformèrent en tapis vert… La falaise continuait de monter et l’eau de tomber à une vitesse vertigineuse…
Le chemin, qui serpentait, semblait se prolonger à l’infini le long de la montagne… Heureusement, ils arrivèrent bientôt en haut. Ils passèrent sous une nouvelle corniche de pierre et purent voir qu’en face d’eux, de l’autre côté du précipice, une terre recouverte d’une herbe rase et de petits arbres s’étendaient jusqu’à de nouvelles montagnes. La grotte devait se trouver juste au-dessus d’eux car des voix aiguës les forcèrent à rester plaqués contre la paroi. Neldirage imaginait la zone : La cascade était toujours là donc cette nouvelle plaine qu’ils voyaient devait être entourées de montages et les soldats étaient dans l’une d’elles. Ou peut-être y a-t-il une sorte de plateau, se dit notre sergent, et cette partie de la falaise formant une sorte de tour dont la cascade formerait le toit.
En tout cas, les soldats ne pouvaient plus bouger sous risque de se faire repérer. S’ils se mouvaient, les gobelins auraient le temps de prévenir leurs congénères car le chemin ne menait pas directement vers les voix mais s’en éloignait dans un premier temps. Neldirage se demandait comment faire lorsque les voix se turent. La troupe put nettement voir passer plusieurs corps dans la chute. Neldirage plissa les yeux en se demandant ce qu’il se passait quand une flèche se planta dans la roche derrière eux. C’était le signe des archers ! Ils étaient en position dans la plaine de l’autre côté de la falaise.
Neldirage sortit prudemment… Il n’y avait plus de signes de menace. Les autres soldats le suivirent et montèrent sur la corniche supérieure avec l’aide de leurs cordes et de leurs mains. Les membres du fort n’eurent pas trop de mal mais la majeure partie fut trempée avant d’arriver à l’entrée de la grotte. Une fois tous les membres en position de chaque côté de l’entrée. Neldirage donna l’ordre d’y aller. Le boyau était assez étroit et ils éliminèrent facilement toutes les créatures qu’ils rencontrèrent. Ils tuèrent environ une vingtaine de créatures isolées. D’après les rapports des caravanes attaquées, la tribu ne devait pas comporter plus de trente membres.
Ils étaient donc pratiquement tous hors d’état de nuire. Au détour du boyau suivant, Neldirage et ses hommes tombèrent sur une vaste salle. A l’intérieur, les membres restants de la tribu s’affairaient, insouciant de la mort qui les guettait.
-On y va ? Demanda un guerrier.
-Attendez, attendez, les fit patienter Neldirage, quelque chose cloche ! Regardez-les ! On dirait qu’ils se forcent à jouer un rôle… Ca me paraissait bizarre qu’ils ne sachent pas qu’on est rentré ! Regardez-le, lui, ajouta-t-il en montrant un gobelin qui taillait la pointe d’une flèche, il ne fait que jeter des regards dans notre direction…
-Et alors ? Qu’est ce que ça change qu’ils savent qu’on est là ? Demanda un combattant.
-Ca change tes chances de t’en tirer en vie ! C’est une embuscade !
-Ce ne sont que des gobelins, Sergent ! Vous vous faîtes trop de soucis…
-En avant, les gars ! Dit un homme en partant de l’avant.
-Restez ici, c’est … !
Trop tard les soldats commençaient déjà à envahir la salle.
-Putain ! Dit Neldirage en dégainant son épée et en se mettant à courir pour rattraper les hommes.
Les gobelins se mirent à piailler et celui qui tenait la flèche sortit un arc et s’en servit maladroitement. Aux autres coins de la pièce, d’autres gobelins firent aussi usage de leurs armes à distance. Les soldats se protégèrent avec leurs boucliers et continuèrent d’avancer. La troupe se sépara et s’attaqua aux membres de la tribu. Les humains étaient en un contre un et ils n’eurent que peu de mal à se débarrasser des gobelins. Ce qui faisait le plus peur à Neldirage, c’était les deux hommes qui étaient au sol et qui ne semblaient pas bouger.
Le sergent et les autres hommes se précipitèrent pour voir leur état.
-Ils vivent toujours ! Dit un guerrier.
Le premier avait une flèche au niveau des pectoraux et l’autre en avait une dans l’estomac et dans la jambe. Neldirage, complètement dépassé, ne savait pas quoi faire.
-Quelqu’un sait-il ce qu’il faut faire ? Demanda le sergent.
-Il faudrait peut-être retirer les flèches ? Dit un des soldats.
-Et si ça aggravait son cas ? On ne peut pas prendre ce risque ! Faites des brancards, on les ramène le plus rapidement possible ! Mettez du tissu pour stopper le sang… Grouillez-vous ! Il faut qu’ils tiennent !
Les hommes construisirent des brancards de fortune et y mirent les deux blessés.
-Je veux huit hommes pour transporter les deux soldats ! Les derniers, fouillez-moi cette grotte et rendez-vous au pas de course au fort !
Neldirage était dans une colère noire, s’ils l’avaient écouté… Ca ne serait jamais arrivé ! Mais s’il avait eu plus d’autorité… Ca ne serait pas arrivé non plus ! C’est vrai que Neldirage voulait plus passer pour un ami qu’un supérieur sans cœur. Maintenant, il comprenait pourquoi il fallait se faire respecter… Il avait été trop laxiste avec ses soldats et ils n’auraient jamais dû discuter ses ordres. En rentrant, il aurait une mise au point avec les gardes du fortin…
La descente fut assez lente car les brancards ne permettaient pas de manœuvrer comme ils l’entendaient. Ils durent même plusieurs fois les déplier pour passer de tout petits passages. Ils mirent plus de temps qu’à l’aller mais ils finirent tous en vie en bas.
-Que s’est-il passé ? Demanda Mick qui venait de redescendre avec l’autre groupe d’archers.
-Ce n’est pas le moment de parler ! Retourne à la ville et préviens de notre arrivée ! Fais venir le doc’ aussi ! Ordonna le sergent.
-Bien, on y va tout de suite !
Les archers et les éclaireurs partirent de l’avant préparer l’arrivée des blessés.
Chapitre XXVI
Le soldat, celui qui avait une flèche qui dépassait de l’estomac, perdit beaucoup de sang avant même de passer les portes. Son teint avait beaucoup blanchi mais il vivait encore. L’escorte, à bout de souffle, alla déposer les deux corps dans l’infirmerie où une équipe de soigneurs les attendait déjà. Les archers qui étaient déjà arrivés vinrent au rapport, rejoints quelques minutes plus tard par les soldats qui étaient restés fouiller la grotte.
-Sonnez le rassemblement ! Cria Neldirage à travers la cour.
Après un moment d’hésitation et après avoir vu l’expression de colère sur le visage du sergent, l’homme tira de son cor une longue note. Tous les soldats vinrent, même ceux qui montaient la garde.
-Première ligne ! Les membres de l’expédition ! Deuxième ! Le reste ! Exécution !
Les soldats s’agitèrent pour former les deux lignes qui allaient les départager. Neldirage croisa les mains dans son dos et marcha entre les deux lignes, regard sur le sol.
-Aujourd’hui, la mission a été un total échec…. Deux hommes ont été touchés gravement !
Il s’arrêta pour que les mots frappent autant ceux qui étaient au courant que ceux qui ne l’étaient pas. Il continua :
-Vous savez pourquoi ça s’est passé ?
Personne ne prit la parole.
-Parce qu’on a pas suivi mes ordres ! Hurla-t-il de rage. On m’a désobéi et je devrais faire pendre ces traîtres haut et court pour avoir menacé toute l’expédition !
Neldirage reprit son souffle. Tout le régiment trouvait plus intéressant de regarder le sol qu’affronter le regard meurtrier de leur sergent. Un homme taché de sang traversa la cour et vint chuchoter à l’oreille de Neldirage. Notre ami releva la tête et dit de façon à se faire entendre de tous :
-Vous savez la nouvelle que je viens d’apprendre ? L’un des deux gardes vient de mourir ! J’espère que les coupables sont fiers d’eux ! Par chance, l’autre devrait s’en tirer… Dorénavant, je veux, et j’exige, qu’on fasse ce que je dis au moment où je le dis !
Neldirage passa devant la première ligne et se posta devant un homme pris au hasard.
-Quand je dis au sol pour éviter des projectiles, on le fait sans poser de questions ! Alors au sol ! Dit-il dans un nouveau rugissement.
L’homme ne comprit pas où Neldirage voulait en venir. Il plissa un sourcil et se demanda quoi faire. Le sergent fit lentement le tour du soldat tandis que celui-ci ne bougeait toujours pas. Neldirage dégaina lentement son épée. Il la leva et l’abattit. La garde frappa violement la nuque ce qui eut pour effet d’assommer l’homme et de le faire tomber dans la poussière telle une poupée désarticulée. Le reste du régiment réalisa avec peine le dur traitement que venait de subir l’innocent garde.
-Est-ce que je me suis fait comprendre ?
Seul le silence lui répondit.
-J’ai dit : … Est-ce que je me suis fait comprendre ? Redemanda-t-il avec plus de force.
-Oui, sergent ! Dirent-ils tous d’une seule voix.
-Repos et les sentinelles aux remparts !
La formation éclata et les hommes s’éparpillèrent dans le plus grand silence. Une fois que la place fut évacuée, Neldirage releva l’homme qui reprenait doucement conscience… Après s’être assuré que le garde pourrait se débrouiller seul, Neldirage monta dans la demeure du lieutenant pour lui faire son rapport. Il toqua à la porte et entra quand une voix le lui ordonna.
-Ah, Neldirage… L’homme que je voulais voir ! Enfin quelqu’un qui va pouvoir m’expliquer à quoi est dû tout ce raffut !
Neldirage expira un grand coup.
-Il y a eu un mort, dit sans passer par quatre chemins, et j’en suis le seul responsable…
-Racontez-moi tout en détail…
Neldirage raconta alors tout ce qui s’était passé. Il narra comment ils avaient découvert la grotte en haut de la falaise. Comment les hommes lui avaient désobéi et étaient tombés dans l’embuscade.
Après s’être pris de sérieuses remontrances et après avoir eu une discussion moins houleuse sur les risques de diriger une unité, Neldirage accepta sans rechigner le choix du lieutenant de redonner les responsabilités à Phil lors de son retour le lendemain.
Neldirage se leva silencieusement et quitta la pièce après que le lieutenant lui ait fait une tape rassurante. Notre sergent se demandait s’il était fait pour ce métier… Après cette démoralisation générale, Neldirage décida de rentrer chez lui se coucher… Il n’avait envie de rien sauf dormir et oublier ce mort dû à son incompétence. Cette journée serait inoubliable.
Il traîna les pieds jusqu’à sa maison où Tom, Mick et d’autres soldats l’attendaient. Neldirage s’arrêta, les fixa un instant, secoua la tête et les dépassa. A leur hauteur, il plongea ses yeux dans les leurs puis continua vers la porte de sa maisonnette. Alors qu’il allait passer le porche, il entendit :
-C’est pas de vot’ faute… On est tous coupable… C’est des choses qui arrivent… On l’inhume ce soir.
Neldirage ne jeta pas un regard en arrière et referma la porte derrière lui. Il fit quelques pas pour traverser les pièces qui le menaient à sa chambre puis s’effondra sur son lit pour laisser ses pensées prendre le pas sur sa raison. Il se repassa des centaines de fois la scène dans la place… En essayant de changer son comportement, de s’interposer pour les empêcher d’avancer, de s’élancer avant eux. Rien n’y faisait ! Comme si sa conscience le forçait à accepter que l’issue fût inévitable.
Neldirage pria beaucoup pour le repos de son âme et demanda qu’on le pardonne. Il décida de se relever pour assister aux funérailles. Il opta pour des vêtements sombres, d’un noir très sobre. Il passa un béret puis glissa une écharpe aux couleurs du fort à son épaule. Après avoir vérifié que son allure était impeccable, il traversa sa maison et sortit à l’air libre.
Neldirage n’entendit pas de bruits jusqu’à ce qu’il sorte du fortin. Il passa les herses et arriva sur le lieu où il avait vu la ville la première fois. Il se rappela l’exécution qu’ils avaient vécue avec ses amis. Ses amis… Neldirage se demandait souvent comment ils allaient et où ils étaient. Le sergent donnerait pas mal de choses pour les revoir. Au fond de lui, il espérait qu’il les retrouverait.
Notre ami quitta la protection de la muraille et traversa la foule qui s’était rassemblée pour l’enterrement. Notre ami vint se placer à côté du lieutenant qui commença son discours. Neldirage s’intéressa plutôt à la scène. La famille du défunt contenait difficilement ses larmes aux premiers rangs. Notre sergent ne put les regarder plus longtemps… Cela lui rappelait trop sa propre culpabilité.
La foule se tenait là, ténébreuse, silencieuse, soucieuse de voir comment allait se dérouler la cérémonie. Neldirage, lui, le savait. On allait l’inhumer d’après d’anciennes coutumes : Son corps allait être brûlé sur le bûcher funéraire sur lequel l’homme était déjà allongé. La famille apporterait ensuite ses habits de soldat pour que son âme puisse lutter pour sa rédemption.
-… que son âme repose en paix… Acheva le lieutenant.
On n’entendait désormais plus que le vent dans la gorge du canyon rocheux et les drapeaux claquer. Les soldats gardaient tête basse : autant pour l’opprobre que leur avait fait Neldirage que par le moment difficile qu’ils avaient vécu. La foule, elle, gardait le silence car elle priait pour le repos éternel de son âme.
Le lieutenant hocha la tête et quatre soldats, en tenue de cérémonie, s’approchèrent vers le bûcher et plantèrent les torches aux quatre coins cardinaux. Le bûcher s’embrasa très vite. Une colonne de fumée opaque monta dans le ciel et la foule se dispersa. Neldirage ferma la marche et au moment où il passa la herse, il ne restait que la famille du défunt hors des remparts.
Chapitre XXVII
Neldirage admirait une nouvelle fois la vue que l’on pouvait avoir du seuil de sa maison. Le froid le faisait frissonner mais il n’en avait cure. Juste pour se montrer qu’il pouvait le faire, il tenait à rester là. Il expira une nouvelle fois et regarda la volute de vapeur se dissoudre dans l’air. Le sergent allait en rester là quand il vit des petites étincelles bleues aux pieds du versant est. Après s’être frotté la nuque pour la détendre car elle s’était raidie, il décida d’aller voir d’où provenait cette lueur.
Il suivit l’allée qui passait devant la taverne-réfectoire puis se retrouva dans la cour centrale. Il prit le passage opposé, l’est, puis entama une nouvelle ascension. La pente était douce ce qui permit à Neldirage de ne pas trop se fatiguer. De gros cailloux gênaient sa progression sur le chemin que voulait prendre le sergent mais il décida tout de même de persévérer par-là. Le chemin était très dangereux, personne n’y allait jamais. Pourtant, Neldirage allait devoir emprunter ce chemin. Ces roches étaient pénibles car elles avaient tendance à être instables et à s’enfoncer sous le pied. Plus Neldirage montait, plus le chemin rétrécissait.
Ses pieds le faisaient souffrir mais il arriva rapidement au bout du chemin. Ce dernier s’agrandit et une petite terrasse se forma. Au centre de cette dernière, il y avait un petit garçon d’environ huit ans qui était accroupi au sol. Neldirage soupira et relâcha la garde de son épée qu’il avait étreinte par prudence.
-Qui es-tu, gamin ?
L’enfant tourna son regard vers Neldirage. Il était empreint de toute la curiosité qu’on peut avoir à cet âge là. Il se détourna et fixa un tas de roche à une demi-douzaine de mètres de là. Autour de lui, l’air s’échauffa. Les petites lueurs bleues revinrent. Neldirage contempla le somptueux spectacle. Celles-ci plongèrent dans l’enfant qui ne parut pas les sentir. Face au gosse, les roches s’élevèrent. Neldirage ne contint pas son expression de surprise.
-C’est toi qui as fait ça ?
L’enfant tourna la tête vers le sergent et la hocha.
-Comment tu t’appelles ?
-Kel..
-Et bien Kel, comment fais-tu ça ?
-Je sais pas, dit-il d’une petite voix, je me concentre et j’y arrive…
-Tu sais faire d’autres choses ?
-Oui, dit avec excitation, regarde !
Il fronça des sourcils et des herbes sèches s’embrasèrent.
-Impressionnant … Des gens savent que tu sais faire ça ?
-Non, dit-il, j’veux pas, j’ai trop peur…
-Pourquoi ça ?
-Je veux pas qu’y me croient que je suis un monstre !
-Mais non ! Loin de là ! Si tu me laisses faire, tu pourrais aller étudier en ville !
-Non, je veux pas ! Je veux rester avec ma maman !
-Je suis sûr qu’elle pourra venir avec toi !
-C’est vrai ?
-Oui ! Je te le promets ! Alors ?
- Maman aime pas cet endroit… Alors si je peux la faire partir, oui !
-D’accord, alors rentrons au village maintenant…
Les deux compagnons nocturnes redescendirent au village et après que Neldirage eut raccompagné l’enfant, il décida d’aller se coucher. Au matin, il décida quand même d’aller visiter ce coin de montagne. Il faisait encore nuit quand Neldirage commença son périple. Cet endroit se trouvait à mi-hauteur des plus hautes maisons de ce flanc et n’était pas utilisé à cause de sa dangerosité. Il remonta donc rapidement vers le lieu de la découverte de l’enfant muni d’une torche. Celle-ci repoussa les ténèbres d’une dizaine de mètres ce qui était suffisant pour que Neldirage avance sans craindre de faire une mauvaise chute.
En dessous de lui, la pente était trop abrupte pour que quiconque puisse atteindre le village par ce côté de la montagne. Cela rassura Neldirage qui pensait qu’il y avait une brèche dans la défense de la ville. L’architecte qui avait donc bâti le fortin s’était assuré qu’il n’y avait pas de failles. Neldirage continua le long de la falaise puis vit rapidement que ce chemin ne menait à rien. Il fit donc demi-tour et décida de rentrer se coucher : la fatigue avait abattu ses serres sur notre ami.
Sur le retour, Neldirage vit une brèche dans la paroi qui lui avait échappé lors de son premier passage. Il tendit le bras pour éclairer le passage. Tout ce que pouvait voir le sergent, c’était que le couloir s’enfonçait dans la montagne. Neldirage décida d’aller explorer ce sombre tunnel. Le conduit mesurait une cinquantaine de mètres de long sur deux de large. Au bout du couloir, il y avait une immense cavité.
Torche à la main, Neldirage formait un îlot incandescent au milieu de la dense pénombre. La lumière qu’il produisait ne parvenait à éclairer ni les parois, ni la voûte. Le sergent fit le tour de la grotte mais ne vit rien d’intéressant. Dans un coin, il vit les restes d’une sorte de maison improvisée. L’occupant semblait avoir depuis longtemps délaissé son logement. De l’autre côté de la grotte, il y avait des fissures dans la paroi qui donnaient directement sur le village. Cette grotte se trouvait donc sous les maisons du flanc ouest. Neldirage se dit qu’elle ferait un bon abri et décida d’en parler au lieutenant demain ainsi que du petit sorcier.
Pendant l’après-midi, Neldirage discuta avec son supérieur pour savoir comment ils pouvaient se servir de la grotte. Ils décidèrent d’en faire un dépôt d’armes et le moment venu, un endroit où ils pourraient se replier. Pour l’enfant, il fut décidé de l’envoyer lui et sa mère à la capitale pour qu’il suive son destin et devienne un mage.
Chapitre XXVIII
La vie avait suivi son cours et un an plus tard, rien n’avait beaucoup changé. L’hiver venait de passer et la petite ville avait été frappée d’une disette. Ils avaient dû se serrer la ceinture en attendant que la neige soit déblayée du col. Maintenant, en ce début de printemps, le fin tapis blanc fondait au soleil. La montagne était toujours aussi dangereuse à cause de la boue mais au moins, ils pouvaient recevoir de la nourriture. En ce qui concernait le reste, la vie n’était guère palpitante. Les soldats continuaient de s’entraîner et les patrouilles revenaient rarement avec un rapport intéressant.
Neldirage avait reçu des nouvelles du petit garçon, qui était un élève prometteur, et de ses amis. Ils étaient en campagne dans le nord et seraient à une cinquantaine de lieues sous peu. Ils promirent de venir le voir sans donner de date précise. Neldirage surveillait désormais le sud dans l’espoir de voir un cortège arriver. Même s’il savait qu’ils ne pourraient pas être là avant un petit bout de temps car ils devraient traverser une bonne partie de l’empire.
Neldirage et son collègue sergent, Phil, continuaient d’entraîner les hommes et ils étaient maintenant bien organisés et rigoureux. Les manœuvres étaient toujours attendues car elles permettaient aux hommes de se défouler après la théorie. Il n’y avait que peu de blessés et le lieutenant félicita un jour notre ami pour cette initiative.
Une semaine après qu’il eut reçu cette lettre, un éclaireur revint à la ville en courant. Il s’arrêta près de la garnison et déclencha l’alarme dans le poste de garde. Neldirage ne l’avait jamais entendue, il se pressa. A la limite de la panique, il sortit de son lit où il somnolait et s’équipa le plus vite possible. Il sortit ensuite en courant de chez lui et descendit écouter le rapport. Le sergent arriva au même moment que le lieutenant.
L’homme reprenait encore sa respiration. Il était assis sur un vieux tonneau à côté duquel gisait son casque. Des cheveux bruns tenus par un fil encadraient un visage taillé à la serpe. L’éclaireur tenait une gourde dans la main gauche tandis que l’autre retenait le corps en prenant appui sur le genou. On pouvait apercevoir une petite cotte de maille sous une cape poussiéreuse et trouée. L’homme semblait avoir fait une longue course et son visage était marqué par la fatigue.
-Qu’y a-t-il ? Demande Phil.
L’homme respira rapidement avant de prendre la parole.
-Il y a de l’agitation près de la passe est ! D’ici un jour, voire deux en fonction de leur avancée, ils seront là..
-Qui ça ? Demanda le lieutenant qui n’était pas rassuré.
-Je ne sais pas ! Des hommes, des femmes et des enfants ! Ils mènent des bêtes et des chariots remplis de vieux objets ! On dirait qu’ils fuient quelque chose.
-Phil, prends immédiatement dix hommes avec toi et va voir leur intention.
Le sergent prit la direction de l’écurie avec sur ses pas une dizaine de soldats.
-Neldirage, fais préparer un messager, on ne sait jamais ! Vous autres, dit le lieutenant aux autres combattants, soyez tous prêt demain ! Vous dormirez peu donc préparez-vous en conséquence ! On ne sait pas ce qu’il va se passer.
La foule se dispersa et Neldirage prit le chemin de la taverne où il savait qu’il pouvait trouver Ria, une ex-mercenaire qui s’était reconvertie au service de l’Empire. Elle avait beaucoup erré entre ce fort et la capitale, protégeant, pour on ne sait quelle cause, le chemin des voyageurs. Elle connaissait la route par cœur et saurait où aller en cas de problème. Neldirage, du haut des escaliers, lui ordonna de se tenir prête dès le surlendemain pour un départ urgent. La femme acquiesça et replongea son nez dans son bol de nourriture.
Neldirage connaissait sa réputation mais il doutait quand même de son efficacité…. Justement parce qu’il ne l’avait jamais vue à l’œuvre. Il aurait préféré qu’ils y aillent à plusieurs mais un soldat en moins était déjà trop. Enfin, il décida quand même de lui faire confiance… de toute manière, il n’avait pas le choix… Le lieutenant l’avait ordonné.
Le fortin fut sur le pied de guerre deux jours après. Au même moment où Phil revint avec ses cavaliers et une petite ville sur ses talons. Le lieutenant, accompagné de deux hommes, s’était posté sur les remparts pour juger par lui-même. Neldirage finit par écouter aussi sa curiosité et monter sur les murailles pour regarder cette population. Il arriva aux créneaux lorsque les cavaliers franchirent la herse.
En face de lui, une troupe d’une cinquantaine de villageois arrivaient. Ils semblaient crasseux et désespérés. Il y avait deux paires de bœufs qui traînaient de lourds chariots remplis à ras bord, un cheval qui transportait les enfants les plus jeunes et le reste de la population transportait de petits bagages à main. La petite ville fit un arrêt près du lac où les bêtes vinrent se rafraîchir. Les hommes et les femmes s’assirent au sol pour se reposer et attendre une réponse.
Phil, en habits équestres, fit son apparition. Il venait de se passer de l’eau sur le visage et il avait encore quelques gouttes qui dégoulinaient le long de sa joue.
-Lieutenant, ce sont des réfugiés ! Une énorme armée d’orc les menaçait et ils ont préféré fuir que de périr.
-Où se dirigent-ils maintenant ?
-Les villageois ne savent pas ! Mais ils pensent qu’ils vont venir par ici !
-Maudites créatures ! Jura le lieutenant.
-Que fait-on pour eux ? Demanda Neldirage en faisant un signe de la tête vers les villageois. On ne va pas les laisser dehors tout de même ?
-Non, non ! Bien sûr que non, fit le lieutenant. Faites-les rentrer, on trouvera de la place ! Pour l’instant, installe-les dans la grotte et demande-leur de l’aménager. Toute la ville devra y être transférée avant l’arrivée de l’armée adverse. On n’a plus de temps à perdre ! Phil, va te reposer ! Neldirage, envoie Ria chercher des renforts et guide les réfugiés jusqu’à la grotte.
-Lieutenant… Dit Phil. On a plus beaucoup de vivres !
-Il faudra se serrer la ceinture, dit-il en se moradant la lèvre inférieure.
Après avoir annoncé à Ria d’y aller, Neldirage sella un cheval qu’on n’avait pas encore rentré à l’écurie et partit en direction du petit groupe. A sa vue, tout le monde se releva. Un homme, à l’aspect pansu, s’approcha au niveau de ses étriers et lui demanda ce qu’il se passait.
-Vous pouvez venir. Malgré cela, notre ville n’est pas assez grande pour vous accueillir. Nous allons donc vous installer dans une grotte qui n’est pas encore aménagée et qui jouxte la ville.
-Oh merci ! Dit l’homme. Nous ne vous remercierons jamais assez ! La grotte sera suffisante, nous vous serons éternellement reconnaissant.
-On se calme ! Dit Neldirage avec un début de sourire. Rien n’est joué, à vous de vous occuper de la grotte ! Allez, suivez-moi !
-Vous avez entendu, vous autres ? Cria l’homme à sa famille, ses amis et voisins. En route ! Ils nous accueillent.
Des sourires et des phrases de louanges traversèrent le groupe qui rassembla au plus vite ses affaires pour partir à la suite de Neldirage. Ils rentrèrent dans la ville et la traversèrent rapidement sous le regard autant curieux que surpris des habitants. Dans la grotte, les hommes de Neldirage avaient déjà commencé à installer des vivres, de la lumière ainsi que des endroits où dormir.
-Bon, reposez-vous, vous l’avez mérité… Dès votre réveil, le lieutenant voudra vous parler !
L’homme acquiesça avant de rejoindre le reste de sa ville pour dormir un peu. Neldirage laissa deux hommes en faction à l’entrée de la grotte puis alla retrouver son supérieur hiérarchique pour discuter des jours à venir.
Chapitre XXIX
Neldirage tapa deux coups brefs sur la massive porte de bois. Il attendit qu’une voix sourde lui dise d’entrer. Le sergent saisit la poignée et pénétra dans la pièce qu’il avait si souvent vue. Face à la porte, il y avait un imposant bureau en bois de chêne. Derrière, on pouvait toujours y voir le lieutenant qui, avec son âge avancé, avait de plus en plus de mal à le quitter. De chaque côté de la pièce, il y avait des meubles, chartriers pour la majorité. Il y avait aussi une petite armoire où le lieutenant rangeait son alcool personnel.
-Ils sont installés, lieutenant.
-Bien, bien ! J’ai envoyé des éclaireurs noter la position de l’ennemi…
Il soupira.
-Pourquoi faut-il que ça arrive maintenant ? Tu sais Neldirage, s’ils arrivent ici, on ne pourra pas lutter. Il faudra fuir.
Cette scène rappela un passage de sa vie d’enfant… Lorsqu’il avait appris par sa mère qu’il ne pourrait devenir un chevalier et qu’il devrait travailler à la ferme. Mais il y avait toujours cru et ça avait fini par marcher… Neldirage reprit confiance et chercha une solution. Après une minute, une idée germa dans sa tête.
-Si le délai le permettra, laissez-moi, avec quelques hommes, faire de la guérilla… Et en attendant, nous ferions mieux d’aménager la grotte en vue du siège qu’il risque d’y avoir.
-Tu te sens prêt à re-mener une mission risquée ? Demanda le lieutenant en sous-entendant le résultat qu’il y avait eu dans la grotte gobeline.
-Oui … Dit Neldirage.
-Bien ! Tu prendras Tom et Mick avec toi… Ils ont beau être simplets, ils sont les meilleurs archers dont nous disposions.
Les éclaireurs revinrent deux semaines plus tard. Ils avaient chevauché jour et nuit d’où la sombre mine qu’ils affichaient à leur retour. Pendant ce temps, le fortin avait été réparé comme ils avaient pu. Les remparts avaient été rehaussés et toutes les habitations fortifiées. Malgré toute leur bonne volonté, ils n’avaient pas pu préparer la grotte pour la population.
-Neldirage ! Dit un des éclaireurs qui croisa sa route.
-Alors, combien de temps avons-nous ? Dit le sergent directement.
-Il y a deux semaines, ils étaient à un mois d’ici ! Les défenses ne tiendront jamais, je n’ai jamais vu autant de monstres ! Il y en avait des immenses et des créatures volaient.
-Merci, dit Neldirage en lui posant une main sur l’épaule, on va s’occuper de tout…
Neldirage laissa la paille qu’il allait apporter à l’écurie puis monta voir le lieutenant.
-Ils seront là dans deux semaines…
Le lieutenant laissa tomber la pile de parchemins qu’il tenait.
-Les renforts seront là dans trois semaines… La grotte n’étant pas prête, il va falloir évacuer dès maintenant !
-Pour aller où ?
-Je ne sais pas ! Le plus loin d’ici, il va falloir distancer ces créatures… Essayons d’aller à la rencontre des renforts…
-Dans ce cas, je me porte volontaire pour ralentir l’armée ennemie !
-Ca serait sacrifier des hommes alors que nous en avons, aujourd’hui plus que jamais, besoin.
-Je suis sûr que je peux les ralentir d’un jour ou deux ! Dit Neldirage.
Le lieutenant regarda par la fenêtre.
-Soit ! Ordonne le départ ! Que tout ce qui est important soit stocké dans la grotte. Dis à Phil de s’occuper de la colonne de réfugiés. Neldirage, tu partiras avec six hommes ! Dix, dont moi, attendront ton retour. Si tu n’es pas revenu avant l’armée, nous nous cacherons où nous pourrons donc ne prenez pas de risques inconsidérés. Ensuite, nous rejoindrons le reste de la ville ! Espérons qu’ils ne nous rattrapent pas…
-On fera tout ce qu’on pourra…
-Bien, mettons-nous au travail ! Dit le lieutenant en reprenant confiance.
Après avoir prévenu qui de droit, Neldirage passa son armure et son casque. Il attrapa un arc qu’il attacha à la selle de son cheval, il ajouta un carquois ainsi que son épée. Il attacha son bouclier dans son dos et mit un sac de nourriture sur le côté. Il fut vite rejoint par les six meilleurs archers de la ville.
-Tout le monde est prêt ? Demanda le sergent.
-Oui, dit Mick.
-Bien, on ne prendra pas de risques inutiles : Dès qu’on les a repérés, on descend de cheval, on leur tire dessus et on s’en va !
-D’accord, dit un archer.
-Alors allons-y !
Les soldats montèrent sur leur destrier respectifs puis partirent en direction du lac sous le regard ému de leurs compagnons d’armes.
Chapitre XXX
-Que comptez-vous faire, sergent ? Demanda Mick.
-C‘est vrai qu’on va pas aller loin avec dix hommes ! Ils sont une armée ! Ajouta Tom.
-Ils devront emprunter d’étroits sentiers dans la montagne… Je pense que nous pouvons les emmerder un peu à ce moment. On devra se débarrasser des éclaireurs.
-Y montent des loups, à ce qui paraît ! Dit un des archers en tête de la colonne.
-Je le sais ! Dit Neldirage avec un sourire carnassier. J’ai pris de la nourriture qui leur filera une sacrée indigestion !
-Faudra s’approcher des enclos ! Dit Tom. Pas avant d’abattre les sentinelles qui surveillent le camp !
-Tu as tout compris, dit Neldirage amusé.
Cela faisait trois jours que le harcèlement durait. Le lendemain, l’armée adverse serait au fort. Neldirage et les soldats avaient croisé l’ennemi une semaine après être parti. Le premier affrontement eut lieu en forêt où les amis tombèrent sur une faible bande de gobelins. Ils les éliminèrent puis firent deux lieues dans la direction opposée. Ils revinrent ensuite en pleine nuit et éliminèrent une dizaine de sentinelles. Neldirage put s’approcher du camp et lancer la viande dans les enclos aux loups. Ils grognèrent quand l’équipe d’humains arriva mais les orcs ne parurent pas s’en soucier. Juste avant de repartir, le sergent put voir qu’il y avait un problème.
Il y avait dans le camp trois cent tentes environ. Cela voulait dire qu’il pouvait y avoir jusqu’à deux fois plus de créatures présentes… et donc qu’il manquait une énorme partie de l’armée. Accroupi dans son buisson, Neldirage fixa le campement à la recherche d’un indice qui pourrait lui dire ce que faisaient donc ces orcs. La seule réponse qui lui vint fut que l’armée orc ne comptait pas passer par le col que le sergent et ses amis gardaient mais par un passage plus lointain.
Seul une petite partie de l’armée se dirigeait dans leur direction. Neldirage se demandait si la fuite avait été la bonne solution. Maintenant, les soldats auraient pu triompher mais il était trop tard pour les rappeler. Il fallait donc prévenir les renforts que l’armée n’allait pas arriver par là où on l’attendait. Une petite tape sur son dos le fit sursauter.
-Il va falloir y aller … Dit Tom en murmurant.
Neldirage acquiesça et désigna du menton deux monstres verts qui faisaient un concours de coup de tête à l’écart du campement. Les deux hommes furent rejoints par leurs quatre autres compagnons et ils sortirent tous leur arc. Ils engagèrent une flèche puis les levèrent en direction du ciel pour que les projectiles retombent sur les créatures. A son signal, les six archers relâchèrent leurs cordes. Toutes les flèches firent mouches. Les deux bêtes s’affalèrent dans la poussière.
-Maintenant, tirez au hasard dans le campement histoire de les réveiller… Moins ils dormiront, moins ils avanceront !
Les amis retirèrent une nouvelle volée de flèche à travers les ténèbres de la nuit. Les flèches atterrirent dans des tentes et dans des endroits qu’ils ne pouvaient pas voir. Ils se levèrent en vitesse puis disparurent dans la forêt avant que ces monstres ne décident de lancer des recherches. Ils marchèrent une bonne heure puis retrouvèrent leurs chevaux qui les attendaient au même endroit où ils les avaient laissés. Les éclaireurs retirèrent leurs affaires puis, après avoir défini un tour de garde, ils se reposèrent.
Neldirage fut réveillé le lendemain par un rayon de soleil particulièrement chaud. Il s’accroupit puis se frotta les yeux pour reprendre conscience plus rapidement. Il bailla puis se leva donner des coups de pied pour que tout le monde s’éveille plus rapidement.
-Allez, debout ! Aujourd’hui, avant la fin de la journée, nous devrons être de retour à la maison !
Ces paroles semblèrent redonner de la motivation à la troupe qui s’activa pour plier bagage. Quand tout le monde fut prêt, ils chevauchèrent leurs montures et partirent à la recherche de cette bande d’orcs qui devait les devancer d’une bonne heure. Ils optèrent pour une formation en colonne. Neldirage chevauchait devant à la recherche du moindre indice qui pourrait leur indiquer le passage d’une quelconque formation adverse. C’est Mick qui nota la présence de deux cadavres derrière un buisson.
Les deux corps dégageaient une odeur nauséabonde. Les deux gobelins n’étaient pas entrés en putréfaction ce qui prouvait qu’ils étaient morts récemment. D’après les lieux et la position des corps, ils devaient y avoir eu une bagarre qui avait mal tourné.
-On a un problème, dit Franck, un archer.
-Que se passe-t-il ? Dit Neldirage du haut de son destrier.
-La mort remonte à une demi-douzaine d’heures !
-En es-tu sûr ?
-Oui, je suis formel ! Ca s’est passé pendant la nuit.
-Partons de ce pas ! Paniqua Neldirage ! Ils sont partis pendant la nuit ! Ils doivent déjà être arrivés !
Neldirage donna deux coups de talon à sa bête qui partit au galop. Normalement, les derniers soldats de la garnison étaient censés se cacher si les orcs arrivaient avant les guérilléros mais notre sergent aurait préféré qu’ils puissent rejoindre Phil et les réfugiés. Quelques minutes après, alors que Neldirage chevauchait a bride abattue, les autres membres du groupe le rattrapèrent. Ils traversèrent rapidement plaine, forêt et colline. En à peine deux heures, ils commencèrent à voir des traces fraîches de l’envahisseur.
Le sergent ordonna une halte. Les chevaux ralentirent doucement puis firent quelques mouvements de tête comme pour signifier leur gratitude pour ce repos bien mérité. Les éclaireurs étaient arrivés à la passe est. En face d’eux, il y avait le fort d’où montaient quelques colonnes de fumée.
-Nous ne pouvons rien faire ! Dit Neldirage dont le cœur s’était serré. J’espère qu’ils sont à l’abri… On va descendre au lac et vérifier que les alentours sont sûrs.
-Tu crois qu’ils sont morts ? Demanda Mick.
-Le lieutenant est avec eux, ça m’étonnerait ! Tu sais comme il a la tête dure…
Le groupe rit jaune. Ils se mirent en route sur leurs montures pour aller s’arrêter sous un bosquet d’arbres particulièrement discret. Les chevaux firent quelques pas avant de plonger leurs museaux dans l’eau fraîche que dispensait le lac.
-On s’arrêtera là pour la nuit, les montures sont fatiguées et nous ne pouvons pas prendre d’assaut le fort à seulement six. Tant qu’ils sont à l’intérieur, on ne bouge pas. Et faites attention, on peut tomber à tout moment sur un de leurs éclaireurs.
Comme pour illustrer ces dires, une créature à l’aspect répugnant émergea du buisson en criant. Elle hésita une seconde quand elle vit qu’il y avait autant de monde puis hurla une nouvelle fois de sa voix aigue puis lança un javelot au hasard. Par chance, et incompétence de la créature, il n’eut pas de blessés. Le gobelin, voyant qu’il n’avait plus aucune arme, décida de s’esquiver rapidement. Malgré la rapidité avec laquelle le gobelin avait disparu dans le buisson, Tom fut plus rapide et l’abattit d’une unique flèche dans le dos. Neldirage fit un mouvement de sourcil et dit :
-Comme je le disais, il va falloir faire gaffe…
Malgré cette attaque surprise, les créatures vertes semblaient ne pas vouloir sortir du fort. Neldirage avait préparé une embuscade sur le chemin qui menait du fort au lac mais aucune créature ne sortit. Les amis avaient caché les chevaux et attendaient derrière des rochers le long de la passe ouest. Ils discutèrent alors de choses et d’autres en attendant qu’une cible veuille bien apparaître. Ils devaient se trouver à moins de deux cents mètres de la forteresse. Toute la journée, ils avaient entendu des cris, des chants et des grognements. Neldirage se souvint soudain d’un détail : l’emblème qui frappait l’armure du petit gobelin était celui d’un bouclier… Comme ils l’avaient vu sur la créature solitaire qu’ils avaient abattu l’année d’avant. Elle s’était donc enfuie pendant la naissance de l’armée ne voulant pas partir au combat…
-Sergent ! Dit Franck en montrant la herse principale.
Neldirage regarda dans la direction montrée par l’homme et il put voir, sous l’épaisse herse métallique, un chef orc, d’après sa taille et sa musculature, qui chevauchait une sorte de loup mutant. Il sembla renifler l’air à la recherche d’une proie.
-On fait quoi, sergent ? Demanda Tom qui avait commencé à bander son arc.
-On laisse tomber … On ne va pas prendre le risque de le rater ! Imaginez ce que le loup pourrait vous faire…
-Ca marche patron ! Dit Mick en pensant aux crocs pointus de la bête.
Le loup avança de quelques pas puis l’orc lui fit faire demi-tour puis ils rentrèrent dans la forteresse.
-Vous inquiétez pas, on aura d’autres occasions !
Les hommes se remirent à couvert derrière leurs rochers respectifs et regardèrent l’astre solaire se coucher lentement. Les rayons commençaient à brûler sa rétine et Neldirage dut détourner le regard. Maintenant, il avait une tache sur l’œil qui cachait une partie de sa vision. Une fois qu’il revit parfaitement, il remarqua que plus aucun son ne sortait du fort.
-C’est étrangement calme… Dit Tom comme s’il lisait dans ses pensées.
-En effet, attendons encore un peu, et si rien ne se montre, on ira voir…
Après une bonne demi-heure à guetter le moindre signe d’un potentiel adversaire, les six compagnons montèrent la pente et se collèrent aux remparts.
-On va rentrer prudemment, faites attention et regardez bien de partout…
Les éclaireurs acquiescèrent puis passèrent la porte principale. Neldirage partit en direction de la taverne, de la maison du lieutenant et de la sienne. Autour de lui, les bâtiments n’avaient guère souffert… Ils étaient construits en pierre et ils n’avaient pas pu les faire brûler. Par contre, des édifices que croisa Neldirage, tous avaient été saccagés.
Il passa devant la taverne dont l’accès avait été restreint. En s’approchant, le sergent vit que les bêtes avaient essayé de la fracturer. Mais par mystère, une partie de l’encadrement de la porte s’était effondrée, la condamnant en grande partie. Neldirage lança à travers les décombres un grand appel :
-Il y a quelqu’un ?
Notre ami tendit l’oreille à une éventuelle réponse. Il renouvela l’appel qui eut cette fois-ci plus d’écho.
-On est là ! Qui est là ?
-C’est Neldirage ! Combien êtes-vous ?
-Neldirage ! Content de vous savoir en vie ! C’est Metos, nous sommes le groupe qui vous attendait. On vous a cru perdu, sergent, vous savez !
-Non, c’est bon, tout va bien !
-Vous avez des blessés avec vous ? S’inquiéta le sergent.
-Non, ça va ! Par contre, on est sans nouvelles du lieutenant ! Il a refusé de venir se réfugier avec nous !
Entre temps, les autres éclaireurs avaient rejoint Neldirage pour écouter la conversation.
-Tom, Franck, allez voir si vous trouvez pas le lieutenant. Est-ce que vous avez un moyen de sortir ? Demanda Neldirage pour les soldats qui étaient dans la taverne.
-Non, la porte s’est effondrée lorsqu’ils ont voulu la défoncer…
-Essayez de déblayer ce que vous pouvez de votre côté ! On va en faire de même ! Vous savez ce qu’ont fait les orcs ?
-Non, pas vraiment ! Ils sont partis il n’y a pas longtemps…
-Bon au travail, dit Neldirage, sortons-les de là !
Ils commencèrent un pénible travail de déblaiement. Ils durent aller chercher de lourds maillets chez le forgeron pour casser la pierre qui gênait l’entrée de la taverne. Neldirage leva son arme et l’abattit. Des roches fusèrent dans tout les sens mais seule une petite fissure s’en suivit. Un coup de Tom l’agrandit. Les trois hommes attaquaient la roche à tour de rôle. Au final, le pan de mur qui s’était effondré fut réduit en bouillie et les soldats purent se retrouver dans de grandes accolades de remerciement.
LA SUITE
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