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[WHR][WCR][VO] Warhammer Horror & Crime


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Bonjour à tous et bienvenue dans ce sujet dédié à la revue critique des ouvrages publiés par la Black Library dans les nouvelles séries Warhammer Horror et Warhammer CrimeSans surprise, ces segments, lancés en 2019 et 2020, se concentrent sur le caractère horrifique et/ou criminel des univers de Games Workshop, qui, si on est honnête, était déjà assez présent dans le type de littérature produit par la BL. Comme à mon habitude, je me concentrerai principalement sur les courts formats (nouvelles et recueils de nouvelles), même si une plongée dans un roman n'est pas à exclure, d'autant plus que certains d'entre eux (Castle of Blood et The House of Night and Chains) semblent être centraux pour les publications Age of Sigmar et Warhammer 40.000 estampillées Warhammer HorrorShérif (de Nottingham1 bien sûr), fais moi peur...

 

1: Je suis très fier de cette blague, vraiment.

 

Cliquez sur les couvertures pour accéder aux posts où ces ouvrages sont chroniqués :

 

maledictions.png;invocations.png;anathemas.png;no-good-men.png;warhammer-horror-week-2020.png;the-harrowed-paths.png

 

***

 

 

Bonjour à tous et bienvenue dans cette revue critique du recueil Maledictions ! Une fois n’est pas coutume, j’ai opté pour ouvrir un sujet dédié à une anthologie de nouvelles de la Black Library, car ce dernier présente plusieurs caractéristiques le différenciant clairement des ouvrages de ce type précédemment publiés par la maison d’édition de Nottingham.

 

La première d’entre elles, et probablement la plus intéressante, est qu’il s’agit d’un des tomes fondateurs de la section nouvelle-née Warhammer Horror, dédiée comme son nom l’indique à ce genre littéraire dans les univers de Games Workshop. Les franchises en question n’étant naturellement ni étrangères, ni avares, en situations « cherchant à susciter chez le lecteur l'angoisse et l'effroi, ou à tout le moins à le mettre mal à l'aise » (définition de l’Horreur en littérature de Wikipedia), j’étais curieux de voir si, et comment, les contributeurs de ce recueil allaient réussir à se démarquer des textes de leurs prédécesseurs. L’horreur étant un genre régi par ses propres codes, topoïs et stéréotypes, j’étais également curieux de voir si la BL choisissait de leur rendre hommage ou bien de s’écarter des sentiers battus.

 

Deuxièmement, Maledictions présente la particularité de mélanger nouvelles prenant place dans les ténèbres d’un lointain futur et celles se déroulant dans l’obscurité des Royaumes Mortels (voire parfois dans la zone grise entre les deux, au moins jusqu’à ce que l’auteur décide de trancher, comme on le verra par la suite). Du 40K et de l’Age of Sigmar réunis dans un seul ouvrage thématique, cela ne s’était – à ma connaissance – jamais fait auparavant, et cela a donc piqué mon intérêt de lecteur.

 

Enfin, la Black Library ayant pour l’occasion sollicité un contingent de nouveaux auteurs, dont beaucoup présentés comme des spécialistes du genre (Khaw, Gray, Kane…), je voulais prendre la mesure de la jeune garde de l’horreur, moi qui n’avais jusqu’ici pratiqué que des grands maîtres anciens (Lovecraft) ou contemporains (King).

 

Alors, cette compilation de Maledictions le serait-elle davantage pour les personnages mis en scène dans cette dernière ou pour les lecteurs ayant pris le risque de placer un billet sur cette curiosité littéraire. Lisez, si vous l’osez…

 

maledictions.png

 

Nepenthe – C. Khaw [40K]:

 

Le sommeil de Cornelius et Marcus, deux frères au service du Mechanicus et du Magos Explorator Veles Corvinus, a été troublé au cours des dernières semaines par les échos d’un chant qu’ils semblent être les seuls à entendre. Usant de la connexion 40G et de l’accès à Mechapedia dont ils disposent en tant que loyaux servants de l’Omnimessie, les frangins ont cependant réussi à localiser l’origine de leur émoi, qui se trouve être un Space Hulk répondant au nom de Nepenthe1, et dont la course l’amène hors du Warp pour une courte période de temps une fois tous les millénaires. Déterminés à percer à jour les secrets de ce mystérieux vaisseau, et celui de l’énigmatique cantatrice (sans doute chauve) qui leur roucoule dans le cortex depuis quelque temps, Coco et Markie réussissent à manipuler leur boss de manière qu’il décide d’envoyer une expédition aborder l’épave du Wild Wild Warp pendant sa brève transition de l’autre côté du périph’, vainquant au passage les protestations protocolaires de leur collègue de console, le procédurier Lupus.

 

Tout à leur excitation de rencontrer enfin leur Marsa Béranger personnelle, les Cog Brothers ferment les bioniques sur tout un tas de signes variant de l’étrange (le dock d’atterrissage qui a exactement la taille de leur vaisseau), au suspect (l’hologramme d’accueil qui leur conseille de décamper fissa), en passant par l’improbable (l’état de propreté clinique du Nepenthe, comme s’il avait été investi par les démons de Sheev’ha, la déesse du ménage à domicile – dans le Warp, tout est possible – ). L’arrivée soudaine d’une meute de Genestealers d’Ymgarl, astucieusement dissimulée aux yeux et senseurs des explorateurs par une technique de metachrosis diablement avancée, sonne toutefois le glas des espérances de Jules et Jim d’un premier rencard romantique, et c’est un sauve qui peut général qui est sonné après que les calculs de nos loustics aient établis de façon formelle que leur escorte de serviteurs et de skitarii n’auraient pas la méchadendrite haute dans l’algarade qui s’est engagée entre visiteurs et locaux.

 

Ayant choisi la fuite en avant au lieu de la fuite en arrière, nos héros parviennent néanmoins jusqu’au cœur du vaisseau, escortés par l’imperturbable hologramme de service, dont ils apprennent le nom au passage (MAUS), ainsi que celui de leur probable dulcinée (CAT). Et là, triple déception. Non seulement la DLC de la donzelle a expiré, tout comme elle, depuis des éons, en témoigne le squelette nécrosé qui barbote dans la cuve amniotique qui trône au milieu du pont, mais il se fait rapidement jour que leur speakerine fantasmée n’était qu’une intelligence artificielle un poil plus sophistiquée que la Siri de base2. Comble de l’infamie, les Magos Bros se font finalement éconduire par la b(i)elle, qui leur annonce brutalement qu’elle ne les a jamais appelés ici, et que tout ceci est un regrettable malentendu. Se prendre un râteau par un sex bot de première génération, il fallait le faire, et ils l’ont fait. La Fédération Martienne de la Loose (FML, un nom approprié à plus d’un titre) serait fière. En désespoir de cause, Marcus et Cornelius ravalent le peu de dignité qui leur reste, et se mettent humblement et totalement au service de cette garce de CAT, qui, pressentant qu’elle aura sans doute besoin d’un coup de main pour remettre en état le Nepenthe après le projet X initié par ses tentaculaires protégés, finit par accepter l’offre des adeptes. La nouvelle se termine par l’envoi d’une cordiale invitation au Magos Explorator Veles, prudemment resté à bord de son vaisseau, à visiter les merveilles du Space Hulk, décrit par les frangins comme parfaitement sûr. Il faut croire que CAT voulait finalement un peu de compagnie. Comme dit le proverbe « Souvent IA varie, bien fol qui s’y fie ».

 

Cette première soumission de Cassandra Khaw m’a laissé un goût d’inachevé assez marqué, tant au niveau des potentialités du récit laissés au stade d’ébauches (ce qui est dommage), qu’à celui du déroulé et de la conclusion apportée à la nouvelle, que j’ai trouvé confus au point de devenir imbittable (ce qui est grave). Pour commencer par le problème le plus critique, il m’a semblé que Khaw partait en roue libre narrative à partir de l’attaque des Genestealers, les péripéties s’enchaînant alors sans faire grand sens pour culminer sur une confrontation lunaire entre Marcus et Cornelius et CAT et MAUS, les premiers soutenant mordicus avoir été appelés sur place par la seconde, qui réfute catégoriquement leur version des faits. Pendant ce temps, Genestealers et skitarii font du charleston en arrière-plan, et Veles s’échine à tenter de rétablir la connexion avec ses sous-fifres. Plus que le fait que nos deux héros soient tombés dans un piège (ce que le nom du vaisseau laissait entendre de manière assez transparente), c’est le caractère fortuit de leur fin probable qui m’a laissé pantois.

 

Khaw ne donne en effet au lecteur aucune piste ou sous-entendu expliquant le dessein de CAT, qui se mure simplement dans le déni (« nan j’vous ai pas appelé j’vous dit, bande de gros mythos ! »), alors qu’il lui aurait suffi d’indiquer par exemple que l’IA a été corrompue par le Warp et considère les Ymgarls comme le véritable équipage du Nepenthe (ce qui est ébauché quelques lignes plus haut), et attire donc les vaisseaux aux alentours pour assurer la subsistance de ses protégés, pour que tout rentre dans l’ordre. Rien de tout ceci ici, et les revirements finaux de TOM et JERRY, qui acceptent de laisser leurs fans transis squatter à bord, sans encore une fois qu’aucune raison ne soit avancée à cela, puis coopèrent, ou en tout cas acceptent tacitement, au piégeage de Veles alors qu’ils ont clamé haut et fort deux minutes plus tôt que la maison était fermée, brouillent un peu plus le message. Bref, ce n’est pas une conclusion à twist, mais à bits, qui achève Nepenthe – comprendre que le lecteur est laissé libre de se forger sa propre opinion sur les tenants et les aboutissants de la nouvelle, en piochant dans les éléments narratifs laissés à sa disposition par l’auteur –.

 

À cela vient s’ajouter un certain nombre de questions sans réponses, qui auraient pourtant pu apporter à la nouvelle un cachet ou un intérêt supplémentaire si elles avaient été creusées par l’auteur. Par exemple, pourquoi Cornelius semble-t-il avoir un visage rituellement écorché ? Pourquoi les héros sont-ils les seuls à entendre la chanson de CAT ? Et qu’a-t-elle de si irrésistible ? À quoi « sert » le fait que le vaisseau soit décrit comme étant plus vieux que l’Imperium ? Comment le vaisseau arrive-t-il à s’adapter parfaitement à la taille de la navette et à se maintenir « propre » ? Pourquoi avoir « utilisé » spécifiquement des Genestealers d’Ymgarl ? À quoi sert MAUS ? On n’en saura malheureusement pas plus, et c’est assez dommage, d’autant plus que Cassandra Khaw, malgré les problèmes exposés ci-dessus, m’est apparue comme une auteur assez « stylée » (même si sa tendance à recourir à un champ lexical très technique peut s’avérer lassant à la longue), et ayant manifestement pris sur elle d’intégrer une bonne partie du fluff de 40K en préparation de cette première soumission, ce dont je lui en sais gré. Il faudra soigner le fond autant que la forme pour la suite, Miss Khaw.

 

: Un genre de plante carnivore dit « passif », qui piège les insectes en les attirant dans sa corolle avec un nectar aussi odorant que gluant. Pour vous épargner une recherche Google, disons que ça ressemble à un Empiflor. De rien. On peut remarquer que pour un expert en biologie comme Cornelius, ce nom aurait dû constituer une première alerte…

 

: Le truc est d’intégrer un psyker disséqué dans la carte mère. Le résultat est à la fois plus naturel et plus performant qu’une IA purement mécanique. Google est déjà sur le coup.

 

The Widow Tide – R. Strachan [AoS]:

 

Veuve éplorée et inconsolable d’un pêcheur de la côte de Shyish, Katalina éprouve les plus grandes difficultés à faire le deuil de son homme, peu aidée il est vrai par le fait que le corps de ce dernier n’a jamais été retrouvé. Alors qu’elle veille sombrement parmi les pierres tombales du cimetière local à la tombée du crépuscule (une activité des plus saines et naturelles), au grand désespoir du chef de village – et Chief Happiness Officer – (G)Radomir, son attention est attirée par une étrange lumière bleutée émanant de la plage toute proche, qui finit par l’amener jusqu’à une pierre brillante et un matelot mal en point, tous deux rejetés par la marée sur le littoral, après que le navire qui les transportait ait fait naufrage. Faisant fi de l’inhumanité manifeste du rescapé, ainsi que de son odeur de poisson pourri, Katalina empoche le diam’s et embarque le gonze jusqu’à son petit pied à terre, où elle essaie tant bien que mal de soigner son nouveau meilleur ami.

 

Réalisant de manière inconsciente que son acte de charité pourrait fort bien ne pas être perçu de façon favorable par les autres membres de la communauté, dont les réactions face aux débris du bateau retrouvés sur la plage le lendemain de cette nuit extraordinaire varient de la méfiance à l’effroi, Kat prend bien soin de cacher l’homme qui occupe désormais son lit des yeux inquisiteurs de ses voisins, à commencer par ceux de la vieille Agata, veuve comme elle et manifestement peu au fait des notions d’espace personnel et de respect de la vie privée. Ses soupçons ne sont que confirmés lorsque Radomir fait instaurer des rondes de la milice locale dans les dunes qui ceinturent le village, pour des motifs aussi vaseux que les crabes qui constituent le cœur de son régime alimentaire. Cela n’empêche pas notre Aelf-sitter de persévérer dans son œuvre, malgré les quelques tentatives faites par son hôte de lui fausser compagnie en dépit de son état lamentable1.

 

Malheureusement pour notre infirmière sans préjugés, il est impossible de garder des secrets dans un village de pêcheurs subsistant de ragots autant que de turbots. Quelques jours après le sauvetage, c’est donc la traditionnelle foule en colère qui vient délicatement taper à ses carreaux, demandant à ce que le naufragé lui soit remis, et sans doute pas pour l’emmener à l’office de tourisme local, si vous voulez mon avis. S’engage alors une course poursuite aussi poign(ard)ante que sanglante entre péquenots outrés et colocs outés, le nombre et la colère des humains ne faisant pas le poids face à la détermination et les talents meurtriers du Zoneille, assez rétabli pour envoyer une paire de vigilantes aller compter fleurette au Nag’. Pour Katalina, c’est également une page qui se tourne lorsque son protégé décide d’emporter un souvenir de ce long week-end de cure, et lui subtilise son âme à l’aide du caillou bleu qu’elle lui avait obligeamment rendu à son réveil. Moralité de l’histoire : ne jamais accepter les demandes de location d’Air BnB de la part d’Idoneth Deepkin, ça finit toujours mal.

 

 Courte nouvelle à l’intrigue cousue de fil blanc, The Widow Tide aurait gagné à bénéficier d’un synopsis un peu plus fouillé. Par exemple en faisant revenir le mari disparu comme entité maléfique, mais néanmoins aimée et protégée par Katalina ; ou en incorporant quelques exactions inexpliquées mais imputables à l’Aelf convalescent recueillie par notre villageoise au grand cœur, et dont on aurait au final découvert qu’elles avaient été commises par un autre Deepkin ayant survécu au naufrage. Cela aurait permis à Strachan d’exploiter plus facilement les codes du récit d’horreur2, au lieu de se retrouver avec un récit trop rapidement expédié pour que puisse s’y développer de manière satisfaisante l’atmosphère angoissante et dérangeante propre à ce type de littérature. La conclusion de The Widow Tide – le « meurtre » gratuit de Katalina par le Deepkin, qui n’avait aucune raison de s’en prendre à elle et dont l’éventuelle (et attendue, après tout les fils spirituels des Elfes Noirs ne sont pas des enfants de chœur) ambivalence vis à vis de sa protectrice n’a été préparée nulle part au cours des pages précédentes – exemplifie encore davantage la réalisation pataude de Strachan de son dessein. Si la nouvelle est un genre codifié, la nouvelle d’horreur l’est encore plus, et malheureusement pour le lecteur, The Widow Tide s’affranchit de trop nombreux éléments inhérents à ce dernier pour que l’expérience soit concluante.

 

1 : Il avait sans doute lu Misery de Stephen King.

 

2 : La possession d’un être aimé à la Simetierre pour la première piste, le « jumeau maléfique » à la L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde pour la seconde.

 

No Good Deed – G. McNeill [40K]:

 

Alors que lui et sa bande de djeuns zonaient tranquillement dans les terrains vagues qui entourent la Scholia Progenium Sainte Karesine classée ZUS qui leur sert de foyer, Cor & friends tombent sur un spectacle peu commun pour la périurbanité morne d’Osleon : un vieil homme gisant inanimé à côté d’une mare d’acide, salement amoché par ce qui a tout l’air de relever d’une chute de quelques centaines de mètres depuis les spires de la ruche toute proche, mais néanmoins vivant. Après avoir décidé de porter secours au malheureux plutôt que de mettre fin à ses souffrances, Cor & Cie transportent le patient X jusqu’à leur internat, où il bénéficie des bons soins de la dévouée sœur Caitriona, ange gardien des déshérités de ce trou perdu. Une bonne action ne pouvant être laissée sans châtiment dans l’univers anti-karmique de 40K, c’est la même Caitriona qui a la difficile mission d’annoncer à Cor la mort prématurée de son frère Nicodemus, emporté à l’âge déçu de onze ans par une poussée d’über-culose1.Il y a des jours comme ça.

 

De son côté rapidement remis sur pied, malgré une amnésie persistante causée par le méchant coup pris sur le crâne au cours de sa dégringolade échevelée (et pour cause, il est chauve comme un grox), Lancelot du Lac Marcel de la Mare, rebaptisé Oskyr par Cor, insiste pour rendre la pareil à ses bienfaiteurs, dont un grand nombre sont affectés par les conséquences délétères du recours massif au glyphosate et du taux anormalement élevé de particules fines qui sont le lot de toutes les agri-ruches de l’Imperium. Car Oskyr, bientôt affectueusement Papa Oskyr par les garnements de la Scholia, semble avoir des connaissances assez poussées en médecine, et se montre tout prêt à les mettre au service d’une cause aussi noble que la santé publique des nécessiteux de Gandor’s Providence.

 

Après quelques semaines de soins intensifs, les résultats sont bels et bien là : les pupilles de Sainte Karesine pètent tous la forme, augurant de lendemains qui chantent pour Osleon. Malheureusement, la success story de la Scholia trouve une fin aussi brutale que prématurée lorsque…

 

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Nouvelle soumission peu inspirée pour le gars McNeill, dont le pedigree laissait espérer un résultat un peu plus concluant que ce tristounet, mais aptement nommé, No Good Deed. Les reproches peuvent même commencer par ce choix de titre (que l’on peut traduire par Mauvaise Action), qui tue magnifiquement tout le suspense qui aurait pu/dû caractériser cette nouvelle. Certes, il n’aura pas échappé au lecteur un minimum attentif que quelque chose ne tournait pas rond dans cette histoire, la tonalité globalement positive et optimiste de cette dernière l’inscrivant totalement en faux avec le grimdark caractéristique de la BL (Warhammer Adventures mis à part – pour le moment – ), mais il aurait été élégant de la part du Mac de préserver les apparences sur ce point.

 

Le principal grief que je nourris à l’égard de cette nouvelle est toutefois autre. Que McNeill choisisse d’employer le topos, même plus éculé, mais carrément informe, du héros (prétendant être) amnésique au terrible passé2, soit. Mais qu’il ne se donne pas la peine de s’assurer qu’il ne commet pas d’impair fluffique dans la mise en place de son propos, c’est vraiment décevant de la part d’un auteur qui maîtrise à fond le background de la franchise3. Cela aurait pu, à la rigueur, être pardonné si la plume avait été tenue par l’un des rookies qui ont également participé au recueil Maledictions, mais la désinvolture confinant au je-m’en-foutisme pur et simple de Graham McNeill ne peut être passée sous silence. À côté de ça, le fait que sa soumission ne puisse être qualifiée d’horrifique qu’avec une extrême bienveillance de la part du lecteur (il a fait bien plus creepy par le passé, par exemple avec Three Knights) n’apparaît que comme un défaut mineur. Bref, beaucoup trop de complaisance pour cette fois, dommage.

 

1 : C’est comme la tuberculose, sauf que les yeux du patient se remplissent de goudron et qu’il crache des cendres et du sang.

 

2 : Les vieux de la vieille ne manqueront pas de faire le lien avec The Small Ones de C. L. Werner, au synopsis très similaire (un groupe d’enfants recueille un mystérieux inconnu trouvé dans la forêt qui borde leur village), et publiée en 2001 dans la première version d’Inferno !

 

3 :

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Crimson Snow – L. Gray [AoS]:

 

Alors que les osts du bosquet de guerre de Feuillehiver (Winterleaf) affrontent une armée chaotique lors du traditionnel match du dimanche après-midi, les jeunes Dryades Kalyth et Idrielle, assignées à la buvette et à l’infirmerie, attendent patiemment que l’empoignade se termine dans la sécurité de la lisière. Le service sèvique de nos deux tendres boutures manque toutefois de connaître une fin aussi tragique que prématurée lorsqu’une paire de combattants, aussi altérés de sang l’un que l’autre, titube jusqu’à leur position, avec des intentions pas vraiment amicales. Fort heureusement pour les jeunottes, c’est la liste EELV qui finit par l’emporter sur celle de la Frange Insoumise1, mais la situation reste toutefois assez tendue, car le vainqueur du duel n’est autre qu’un Paria au self-control des plus ténus. Tout finit pourtant par rentrer dans l’ordre, l’esprit enragé reprenant de lui-même la direction du champ de bataille sans trucider ses camarades de classe.

 

Quelques heures plus tard, alors que la troisième mi-temps bat son plein sous les frondaisons, Kalyth se rend sur le pré pour porter secours à ses confrères et sœurs pouvant encore être sauvés repiqués. Elle tombe par hasard sur le même Paria, toujours aussi écumant, mais dont la transformation avancée en pâte à papier rend l’approche plus facile que précédemment, et, reconnaissante des services rendus, l’assiste dans ses derniers instants, ignorant au passage les recommandations de ses aînés à propos de la quarantaine à laquelle il convient de soumettre les sujets chancrés.

 

Cette bonne action pourrait cependant avoir de graves conséquences, car dès le lendemain, notre bonne âme se trouve inexplicablement attirée vers le refuge de Parias le plus proche lors de la mission de reconnaissance à laquelle est assignée, et acquiert rapidement la certitude qu’un Lumineux (Bright One) et sa colonie de parasites a élu domicile sous son écorce. Alors que son emprise sur la réalité se fait de plus en plus ténu, et que les voix demandant que la sève soit versée deviennent chaque jour plus insistantes, Kalyth arrivera-t-elle à mettre la branche sur de la bouillie bordelaise pour traiter son affliction avant de commettre l’irréparable l’imbouturable ?

 

Soumission sérieuse et appliquée de la part de Lora Gray pour ses débuts au sein de la Black Library. Reprenant les codes de l’horreur psychologique (la présence maléfique que le héros est le seul à ressentir, et qui finit par le rendre fou), relevé d’une touche de gore assez graphique (automutilation notamment, le truc qui marche toujours avec moi), Crimson Snow explore avec réussite un des aspects les plus sombres de la faction Sylvaneth, les mystérieux Parias, dont les causes de la folie sanguinaire sont encore mal connues. N’étant pas vraiment familiers avec les subtilités du background de cette armée, j’ai eu un peu de mal à assimiler le rôle joué par les Lumineux (un terme qui n’apparaît pas, ou peu, dans les textes canons) dans la propagation du mal, d’autant plus que la « matérialisation » du parasite de Kalyth s’opère dans gélatineux (?) un flou artistique ne facilite pas la compréhension. Reste que la progression de l’intrigue vers sa funeste conclusion est suffisamment claire pour que tout le monde puisse s’y retrouver, néophytes comme vétérans. Pouce vert pour Gray, donc. 

 

: Les suivants du Chaos éprouvent des difficultés notoires à se coiffer. Pas évident de maintenir un brushing entre les casques intégraux et les mutations aléatoires.

 

Last of the Blood – C. L. Werner [AoS]:

 

La cousinade à laquelle le Baron Eiji Nagashiro a convié les membres de sa famille, et se tenant dans le faste de la forteresse du clan, commence sous de bien sinistres auspices. Comme tous les cent ans, en effet, cette noble lignée se retrouve la victime de l’antique malédiction qui la frappe depuis l’Âge des Cinq Princes, époque où le roi Ashikaga trouva malin d’asseoir son pouvoir en envoyant son bourreau personnel, Yorozuya, raser gratis les dissidents et toute leur famille, jusqu’au dernier beau-frère issu de germain par alliance. Ayant trouvé un moyen d’échapper à l’aristocide, les Nagashiro doivent cependant composer avec le retour régulier du fantôme de l’émissaire royal, qui traque les descendants du Baron Jubei, à raison d’une tête par mois, jusqu’à disparaître mystérieusement une fois sa rage immortelle assouvie (ou le coffre de sa Twingo rempli à ras bord, c’est selon). La saison de la prise de tête ayant commencé depuis maintenant quelques lunes, les cousins survivants se réunissent donc pour écouter la proposition du rusé Eiji, qui pourrait avoir trouvé le moyen de mettre en échec l’intraitable revenant.

 

Ayant fricoté plus qu’à son tour avec les secrets occultes de la non-vie1, Eiji convainc rapidement son auditoire, composé, entre autres parents, de sa mère, sa belle-sœur, une ribambelle de cousins et un petit cousin par alliance, de coopérer avec son plan, prétendument infaillible, qui permettrait à l’assemblée de feindre sa disparition aux yeux de leur bourreau, renvoyant ce dernier pourrir tranquillement dans quelque recoin humide du sous-monde. Malheureusement, si le décor mis en place par Eiji ne manque pas de cachet, l’efficacité de son rituel laisse toutefois sérieusement à désirer, et laisse notre apprenti nécromancien partagé quant à la suite à donner à son idée pas si géniale que ça. De leur côté, les Sacquet de Besace et autres Soucolline, considérablement refroidis d’avoir vu leur hôte perdre si soudainement la tête, s’égaient dans la demeure comme une volée de moineaux effarouchés, et constatent avec chagrin que feu le Baron a donné des ordres stricts à ses suivants pour que le couvre-feu soit appliqué. Il faudra donc, et c’est assez peu fréquent, éviter les flèches plutôt que de les suivre pour atteindre la sécurité toute relative de l’extérieure, ce fripon de Yorozuya ayant prouvé à maintes reprises sa capacité à rattraper les fuyards.

 

Coincés entre le marteau et l’enclume, ou entre le katana et les makiwaraya dans le cas présent, les invités optent pour différentes stratégies, plus ou moins couronnées de succès. Constatant que résignation, confrontation, tractation et invocation se sont toutes soldées par une décollation, le spirituel Toshimichi décide de tenter sa chance avec la réflexion, et passe en revue les éléments et évènements ayant pris place depuis son arrivée au château…

 

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À la lecture de cette nouvelle, comme d’autres avant elle, on peut soit décider que C. L. Werner ne se soucie guère du fluff d’Age of Sigmar, soit au contraire décréter qu’il est l’auteur ayant le mieux intégré toutes les libertés offertes par la nouvelle franchise de Games Workshop en termes de background. Les partisans de la première école mettront en avant l’absence quasi-totale d’éléments caractéristiques des Royaumes Mortels dans ce Last of the Blood, quelques mentions rapides à Nagash, Sigmar et Dracothion mises à part. Ceux de la seconde feront remarquer qu’avec huit Royaumes-Plans distincts à exploiter, et des milliers d’années à couvrir, il serait dommage de ne raconter que des histoires de Stormcast Eternals. Chaque approche peut être défendue, et pour ma part, je préfère saluer la fantasie de Werner plutôt que de m’outrer de son hétérodoxie manifeste.

 

Son trip japonisant a beau détonner fortement avec les péripéties métalliques d’Hamilcar, Gardus et consorts, il serait dommage de bouder son plaisir, d’autant plus que notre homme trousse ici une petite nouvelle d’horreur ma foi assez réussie, et proposant au lecteur un double twist final pour sa peine, ce qui est toujours agréable. Certes, le fluffiste acharné ne trouvera pas grand chose à se mettre sous la quenotte, la culture particulière présentée par Werner n’étant vraisemblablement pas destinée à apparaître dans d’autres publications, mais l’amateur de nouvelles fantastiques sortira assez satisfait de cet exercice de style, qui démontre une foi encore la versatilité narrative de l’homme au chapeau. Je vous tire donc le mien, Herr W.

 

1 : Après tout, de Nagash à Nagashiro, la nuance est tenue.

 

Predation of the Eagle – P. McLean [40K]:

 

Retour sur Vardan IV en compagnie des braves bidasses du 45ème Reslian, déjà croisées dans le No Hero du même auteur (Inferno ! #1), où nous suivons cette fois les déboires d’une Compagnie entière alors qu’elle tente de mener à bien une mission d’infiltration et de reconnaissance derrière les lignes ennemies1. Notre héros, le Caporal Cully, un vieux de la vieille à qui on ne la fait pas, se retrouve en effet confronté à une situation des moins banales. Les hommes (et femmes, car Reslian est un monde paritaire) de son unité sont victimes des attentions homicidaires d’un mystérieux traqueur, dont la conception du fun semble inclure l’éventration de soldats impériaux, et la mise en scène de leurs cadavres selon un rituel bien particulier, incluant la réalisation de l’aquila impériale par leurs doigts raidis par la mort (et tenus en place par des bouts de lianes tressées, parce qu’il faut pas déconner non plus, ça bouge sinon). Ah, et notre énigmatique chasseur n’est pas non plus contre se tailler un petit steak dans le gras de la barbaque de ses proies, pour peu qu’elles soient bien en chair.

 

Malgré la mise en place de précautions élémentaires, et le fait que la moitié de la Compagnie soit constituée de vétérans de la guerre de jungle, et donc plus que capables de veiller à leur intégrité physique même sous le fin crachin et la légère boue caractéristiques de Vardan IV, le décompte des victimes continue son inexorable progression, au grand désarroi et déplaisir de Cully et de sa vieille garde (Rachain, Gesht, Steeleye), qui, au fil des jours, doivent se rendre à l’évidence : leur bourreau n’est pas un Ork super discret et super instruit (la version officielle), mais quelque chose d’autre. Ou quelqu’un d’autre…

 

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Voilà une bien belle et glauque soumission pour l’ami McLean, qui confirme avec PotE (pour une fois que j’ai un acronyme pot-able sous la touche, autant l’utiliser) le pote-ntiel pressenti et espéré avec son initial No Hero2. Comme dans cette dernière/première nouvelle, l’atmosphère de combat de jungle, étouffante, humide, dangereuse et plus adaptée à l’Ork qu’à l’homme, est très bien rendue, avec toujours ce petit côté guerre du Vietnam, sans doute inévitable pour ce genre de parti pris littéraire, mais en rien désagréable. À cela vient s’ajouter le triple bonus d’une galerie de personnages beaucoup plus singuliers et intéressants que les survivants du peloton Beta (mention spéciale à la sniper Steeleye, authentique gueule cassée ayant eu le douteux privilège de se faire rouler une galoche par un Peau-Verte trop entreprenant, et dont la seule lecture des séquelles vous mettra mal à l’aise) ; une utilisation adroite des codes de l’horreur/gore par meurtres rituels interposés ; et l’inclusion d’une dimension thriller, certes rapidement évacuée par un McLean qui aurait pu continuer à laisser planer un peu de suspens sur l’identité de son boogeyman, lorsque le lecteur est invité à enquêter avec Cully sur les meurtres de son unité. Bref, un sans faute tant sur le fond que sur la forme, et dont l’inclusion dans un recueil de nouvelles d’horreur est tout à fait légitime, ce qui n’était pas évident pour une histoire de Gardes Impériaux. Qu’on se le dise, si elle ne se rend toujours pas, la Garde meurt en tout cas avec panache.

 

1 : À supposer que les Orks soient capables de tracer des lignes. Même juste un tout petit peu droites. Pas gagné.

 

2 : D’ailleurs cet impayable Lopata, alias Ogryn, fait un petit cameo en début de nouvelle. Le clin d’oeil, c’est toléré, tant que ça ne sombre pas dans l’auto-like.

 

The Last Ascension of Dominic Seroff – D. Annandale [40K]:

 

Eremus. Une planète poubelle (littéralement) comme l’Imperium en compte quelques centaines, un monde ruche en déréliction avancée n’accueillant que la lie des serviteurs de l’Empereur. Parmi ces derniers, nous faisons la connaissance d’un couple de vieille canaille, le Seigneur Commissaire Dominic Seroff et l’Inquisitrice Ingrid Schenk, unis par une détestation commune et sincère envers l’irréprochable Yarrick, responsable de la disgrâce de nos deux larrons. Dom’ a en effet eu la mauvaise idée de ne pas sentir le vent tourner autour du gouverneur Herman von Strab lorsque Ghazghkull, tel le facteur (X) qu’il est au fond de lui même, est venu sonner pour la deuxième fois à la porte d’Armageddon, et a gagné le droit de superviser le recrutement des forces armées d’Eremus (dont la valeur et le mérite approche celles de notre Burkina Faso) pour sa peine. Schenk a quant à elle été prise la main dans le sac à expérimenter avec une souche de la Peste de l’Incroyance dans la banlieue de Molossus et des conditions pas vraiment cliniques, par l’intraitable Commissaire, qui s’est découvert des prérogatives policières sur ce coup1, et a bouté la Ressuscitationniste hors de son laboratoire à ciel ouvert (façon de parler pour un monde ruche), direction Eremus également.

 

Alors que nos crapules portent un toast à la mauvaise santé de leur Némésis, en regardant les épaves recrachées par le point de Mandeville le plus proche s’écraser sur les spires décaties de leur planète d’adoption, ce qui passe pour un dîner aux chandelles sur Eremus j’imagine, une explosion particulièrement féroce vient rompre leur train-train habituel. Désabusés mais toujours prêts à faire leur devoir, Seroff et Schenk ne sont pas longs à prendre la direction de l’impact, qu’ils trouvent sujet à un émoi compréhensible mais très exagéré de la part des voisins, qui ont mis le feu au quartier dans leur panique et se comportent de manière très étrange. Ayant fait prisonnier un citoyen qui passait dans le coin, le Commissaire et l’Inquisitrice ont la surprise de le voir se changer en fleur de manière peu ragoûtante, puis en cendres de manière spontanée, sous leurs yeux incrédules. « Ce n’est certes pas un rhume des foins » étant le seul diagnostic que la docte Schenk est capable de poser suite à ce cas de biodégradation subit, décision est prise de retourner sur les lieux du crash, et d’installer le cordon sanitaire qui semble s’imposer à proximité de ce dernier.

 

Protégée par son scaphandre inquisitorial, Schenk arrive à approcher l’épicentre du problème d’assez près pour se rendre que ce n’est pas non plus la rhinite allergique qui est à blâmer sur ce théâtre, les diverses mutations affectant les quidams n’ayant pas eu l’intelligence d’aller voir ailleurs si l’Empereur y était ayant rapidement raison des nerfs de son escorte de Gardes Impériaux, tout comme de ses velléités d’étudier de plus près cette étrange épidémie, dans le but avoué de regagner la faveur de sa hiérarchie. Optant pour une application stratégique et immédiate du principe de précaution, Schenk se dirige donc aussi vite que sa chaudronnerie lui permet vers le piquet tenu par son compère, ce qui lui laisse largement assez de temps pour constater que la maladie, en plus d’être une zoonose indéniable, semble également avoir des propriétés naonoses, ce qui est à la fois tout à fait remarquable et terrifiant. En effet, ce sont bientôt des quartiers entiers d’Eremus qui commencent à muter, rendant la tenue d’un cordon sanitaire efficace aussi vaine qu’illusoire. Ayant opté pour la sécurité toute relative de leur HLM de fonction, Seroff et Schenke croient leur dernière heure arrivée lorsque leur loft décide d’embrasser une carrière de sauteur en hauteur, guère concluante il faut le reconnaître (en même temps, la coordination musculaire est complexe quand on est une tour de plastacier de 50 étages), et rapidement interrompue. Miraculeusement épargnés par l’effondrement consécutif à cette monumentale crise d’épilepsie, nos héros se réveillent dans la soute d’un vaisseau, où les attendait, avec la bonhommie légendaire qu’on lui connaît…

 

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Située en plein coeur de l’Annandal-ivers, The Last Ascension… permet à son auteur de convoquer deux des figures du fluff avec lesquelles les pontes de la BL l’ont autorisé à jouer, dans un cross-over par antagonistes interposés (je me comprends, peut-être que vous aussi), qui s’avère être davantage un délire personnel d’Annandale qu’une soumission intéressante à un recueil de nouvelles d’horreur. On peut ainsi reprocher à David son approche finalement très basique et peu inspirée des codes de l’épouvante, dont l’intégration à l’intrigue est aussi naturelle et appropriée que celle de navets dans une tarte aux fraises, pour tirer une comparaison culinaire. En faisant de l’horreur le vecteur de la peste qui frappe Eremus, Annandale répond certes au cahier des charges qui lui a été soumis, mais aux dépends de la cohérence et de la dynamique de son intrigue, qui était pourtant assez bien partie jusqu’ici.

 

Comme souvent avec la prose de notre ami canadien, une bonne et généreuse idée de base finit par s’effondrer sous le poids de sa propre kioulitude, fragilisée qu’elle est par l’incapacité de l’auteur à apporter des réponses satisfaisantes aux questions qu’un développement incontrôlé ne manque pas de générer. Ici, c’est donc la manière dont la peste se répand d’un hôte à l’autre qui fait débat, Annandale que c’est l’horreur générée par la vision des mutations qui propage l’infection. OK. Mais comment le patient zéro a-t-il attrapé cette vilaine grippe, si tout ce qu’il y avait à voir initialement était les ruines d’un crash aérien (un spectacle très commun sur Eremus) ? Et comment diable expliquer de manière un tant soit peu robuste que l’infestation puisse se propager à des bâtiments2 ? Bref, une soumission encore trop limitée pour prétendre à autre chose qu’à l’habituelle mention passable pour le sieur Annandale. De mauvaise augure quand on sait que la BL lui a demandé de participer à l’écriture du récit collectif The Wicked and the Damned en ouverture de la gamme Warhammer Horror.

 

1 : J’ai un peu de mal à comprendre comment un Commissaire, fut-il aussi célèbre et influent que Seb la Pince, a pu avoir gain de cause contre un Inquisiteur chevronné rosetté, dont la mission suppose qu’il soit au-dessus de toute autorité, Pépé mis à part. Comme Annandale a consacré une abondante littérature à Yarrick, laissons-lui le bénéfice d’une explication crédible mais non décrite dans The Last Ascension…

 

: Vous l’attendiez tous, par un magnifique TGCMLC (It’s the Chaos, stupid). Ça faisait longtemps tiens.

 

Triggers – P. Kane [40K]:

 

Le gouverneur du monde minier d’Aranium (ça ne s’invente pas), Tobias Grail, traverse une mauvaise passe. Alors qu’il jouissait paisiblement et profitablement des avantages conférés par son affectation à la tête de cette productive planète, en récompense d’une carrière distinguée au sein de la Garde Impériale, Grail est devenu la proie de rêves inquiétants, dans lesquels il a le pressentiment que quelqu’un cherche à lui dérober sa fortune. Une position telle que la sienne ne lui laissant pas le loisir de prendre quelques jours de RTT pour s’aérer la tête, notre héros prend donc sur lui et s’emploie à donner le change comme si de rien n’était, même si ses plus proches collaborateurs – à commencer par son bras droit/garde du corps/homme à tout faire/baby-sitter/ancien camarade de guerre Russart – commencent à remarquer et à s’inquiéter des sautes d’humeur et discours incohérents de leur supérieur.

 

Malheureusement pour Tobbie, la situation ne va pas en s’améliorant, aux cauchemars venant s’ajouter des hallucinations de plus en plus fréquentes et éprouvantes, dans lesquelles il assiste à des groupes de parole pour mutants et démons (comprendre que ces derniers se contentent de se réunir en cercle autour de lui pour l’encourager à continuer son bon travail, ce qui gonflerait sans doute son estime de lui, s’il n’était pas occupé à souiller son slip). Qu’il s’agisse de visiter un camp de travail une coopérative minière modèle, de superviser sa petite activité de contrebande de biens illicites d’import-export personnelle, ou d’aller aux p- de se détendre après une dure journée de travail au service de l’Imperium, Grail doit faire face à des crises dont l’intensité et la violence vont crescendo. Naturellement rendu un peu chafouin par ces épisodes psychotiques, le gouverneur finit par s’enfermer dans un isolement presque complet, dont seuls la tenue d’un grand bal masqué pour les notables d’Aranium, et la crise de paranoïa aigüe dans laquelle il sombre après une remarque malheureuse de Russart, le convainquent de rompre. Mais si l’évènement commence sous des auspices favorables et tout à fait normaux, il ne faut pas longtemps avant que Grail n’expérimente le biggest and baddest trip ever, qui l’envoie baguenauder au cœur des Royaumes du Chaos, comme un Marius Hollseher du 41ème millénaire. Fou de terreur, notre héros sonne la fin des festivités, de manière très cavalière et peu protocolaire, il faut le reconnaître, et s’enfuit vers ses quartiers…

 

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Franche déception que ce Triggers (dont le choix de titre continue de m’échapper à ce jour), au vu de l’expérience de son auteur dans l’écriture horrifique. Nul doute que Kane doit être capable d’écrire des textes d’épouvante tout à fait respectables, mais son incursion dans les ténèbres de notre lointain futur s’avère être un acte manqué, la faute à une maîtrise limitée du background et une utilisation pataude de ce dernier. On ne peut pas reprocher à l’auteur d’avoir souhaité terminer sa nouvelle sur un twist final, élément indissociable tant du genre que de la littérature horrifique, mais il aurait été plus inspiré de ne pas se frotter à un concept aussi complexe que le Chaos pour ce galop d’essai, dont l’utilisation satisfaisante requiert un niveau de connaissance du fluff sensiblement supérieur à celui de Mr Kane au moment de l’écriture de Triggers. Non qu’il ne se vautre dans des contre-sens grossiers, mais son exploitation du thème de la corruption s’avère tellement insipide et contre-intuitive qu’elle dessert in fine son propos. Dans un Imperium d’un million de mondes, une intrigue tout à fait « classique » aurait l’affaire, et sans doute permis à Paul Kane de survivre à l’enfer de 40K de manière plus convaincante. Où sont les éditeurs de la BL quand on a besoin d’eux ?

 

A Darksome Place – J. Reynolds [AoS]:

 

S’il est toujours compliqué de discuter des couleurs (surtout quand on parle à des figurinistes), l’égout peut-il, lui, être abordé de manière satisfaisante ? C’est en tout cas le postulat de Josh Reynolds, qui entraîne ses lecteurs dans les galeries souterraines de Greywater Fastness, métropole Ghyranite qu’il avait déjà explorée dans Auction of Blood. Une équipe d’égoutiers (underjacks1) sous le commandement du vétéran Tooms, est à la recherche de collègues portés disparus depuis quelques jours, ce qui n’augure rien de bon pour sûr. Alors qu’ils progressent vers la zone où leurs confrères se trouvaient lorsqu’ils ont cessé de donner signe de vie, les agents territoriaux de GF sont confrontés aux aléas classiques du métier, qu’il s’agisse de Troggoth en maraude, d’une infestation de champignons, ou de cadavres de catacombistes amateurs.

 

Il semble cependant certain que quelque chose de pas très sigmarite se trame dans les profondeurs des canaux, comme l’insinue la multitude de signaux que les Tooms Raiders ne manque pas de remarquer : d’où vient cette odeur de propre ? Pourquoi n’y a-t-il pas de rats ? Comment expliquer la prolifération de cet étrange fungus ? Qui diffuse le mystère des voix bog-lares dans le dédale des canaux ? Ajoutez à cela la disparition régulière et soudaine des membres de la fine équipe, jusqu’à ce que seul l’inébranlable Toto demeure, et vous obtenez un point d’alerte à remonter à la direction dans le rapport circonstancié de mission, pour sûr. Ce ne sont toutefois pas ces menues péripéties qui décourageront notre zélé héros d’aller au fond des choses, dans l’espoir, de plus en plus incertain, de retrouver son mentor – Agert – qui l’attend quelque part dans les profondeurs de Ghyran…

 

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Beaucoup d’atmosphère, mais finalement peu de contenu de la part de Reynolds dans cet A Darksome Place, son parti-pris de suspens autour des causes de la disparition des égoutiers, et de l’identité et motivations du responsable d’icelle, restant assez nébuleux d’un bout à l’autre du récit. Pour ma part, il a fallu que je me renseigne un peu sur Greywater Fastness pour comprendre les tenants et les aboutissants de la nouvelle, qui contient pour le lecteur averti une mini-révélation fluff assez intéressante. Il est dommage que les efforts consentis par l’auteur pour permettre une révélation spectaculaire à la fin de son récit (lieux oppressants, narration en flashbacks, catchphrase faussement bénigne – it’s a kindness // c’est une faveur – martelée à l’envie) n’accouche que d’une réalité que le lecteur avait sans doute percée à jour de lui-même quelques pages plus tôt, et d’une « bête » confrontation entre le héros et son antagoniste. Même le renoncement du premier, synonyme de victoire du second, à la toute fin de la nouvelle, se trouve affaibli par le peu de doute subsistant quant à l’issue finale de cette dernière. Bref, je m’attendais à mieux, et à « pire » de la part de Reynolds, qui une fois n’est pas coutume, ne tire pas le niveau général de l’anthologie vers le haut. Ca arrive Josh, ça arrive.

 

1 : On peut noter la fidélité de Reynolds envers cette noble profession, qu’il avait déjà mise à l’honneur dans une de ses nouvelles dédiées au très saint et très brutal ordre de Manann, Dead Calm.

 

The Marauder Lives – J. C. Stearns [40K]:

 

L’interrogatrice Monika a bien mérité de l’Imperium. Capturée et torturée pendant une décennie par l’Archonte Eldar Noir Kelaene Abrahak, aka la Maraudeuse1, après qu’elle ait réussi à attirer les forces de cette dernière sur une position tenue par une petite force inquisitoriale, et non occupée par une foule de réfugiés prêts à la cueillette, comme la Zoneille le pensait, elle a enduré les sévices physiques et psychologiques dispensés par sa cruelle maîtresse jusqu’à regagner enfin sa liberté, précipitant la fin de la Maraudeuse dans l’opération. Souffrant de nombreuses séquelles, dont des troubles de stress post-traumatique aussi compréhensibles qu’handicapants, elle a été placée en rééducation dans la maison de repos St Solangia, tenue par les Ordos sur une île située en plein milieu de la mer cressidienne. Recevant à intervalles réguliers la visite de sa mentor et amie, l’Inquisitrice Deidara, elle fournit à cette dernière de précieuses informations sur la société et la culture des ses anciens bourreaux, en tentant tant bien que mal de retrouver un comportement que le quidam moyen pourrait qualifier de normal.

 

Il est toutefois difficile pour une rescapée comme Monika de baisser sa garde, ses années de servitude lui ayant appris la valeur d’une méfiance absolue, confinant à de la paranoïa pure et simple pour un observateur extérieur, mais indispensable à la survie d’un résident de Commoragh. D’autant plus que sa maîtresse avait l’habitude de mettre en scène de fausses tentatives d’évasion au « bénéfice » de son animal de compagnie, pendant lesquelles Monika pouvait nourrir l’espoir d’avoir échappé à sa captivité, pour invariablement se rendre compte que cette farceuse de Maraudeuse avait tout organisé, et s’était jouée de ses efforts depuis le début. On comprendra aisément que cet innocent passe-temps ne favorise pas non plus la reprise d’une vie insouciance, car, au fond, qui pourra convaincre Monika que sa « liberté » retrouvée n’est pas la dernière manigance en date de sa tortionnaire, qui serait allée jusqu’à feinter sa propre mort pour convaincre son esclave de la réalité de la chose (après tout, quand on est une immortelle aussi sadique que friquée, on peut se permettre de réaliser ses lubies) ?

 

Alors qu’un ouragan s’apprête à s’abattre sur St Solangia, coupant l’institut du reste du monde pendant quelques heures, et que les signes d’une activité suspecte et maligne s’accumulent, Monika se retrouve confrontée à un dilemme aux conséquences potentiellement pires que la mort : et si la Maraudeuse était encore à ses trousses ?

 

Quelle plus grande horreur peut-il exister que celle de ne pouvoir faire confiance à son propre jugement ? Vous avez deux heures, le temps de – peut-être – regarder un des classiques2 exploitant le filon de la subjectivité narrative pour faire douter le héros, et avec lui, le spectateur, de ce qu’il v(o)it. Pour ma part, je considère cette approche de l’horreur, pour peu qu’elle soit réussie, comme la plus intéressante et, il faut bien l’avouer, flippante qui soit. Tout l’art du narrateur consiste à ménager les interprétations possibles, de façon à laisser planer un doute sur ce qu’est, au final, la vérité. Et, comme dans toute bonne théorie du complot, c’est encore meilleur si rien n’est laissé formellement tranché à la fin du récit !

 

Vous l’aurez sans doute compris à ce stade, j’ai adoré The Maraudeur Lives, qui a selon moi parfaitement réussi à se positionner sur le créneau horrifique précédemment décrit. L’absence de balise spoiler dans la partie résumant l’intrigue est une preuve supplémentaire de la maîtrise par Stearns de son propos : il n’y a pour ainsi dire pas de twist final à préserver, car c’est au lecteur de décider en son âme et conscience si Monika a sombré dans une crise de paranoïa aigüe, dont il est impossible de la tirer de manière rationnelle, ou bien si elle est effectivement pourchassée par l’élusive Maraudeuse, et a absolument raison de ne faire confiance à personne. Il est tellement rare d’arriver à des résultats aussi « satisfaisants » à la lecture d’une nouvelle de la Black Library que je me devais de souligner cette performance de l’ami Stearns, et irai même plus loin en justifiant l’achat du seul recueil Maledictions (en attendant que The Maraudeur Lives soit disponible à l’unité) sur la présence de ce texte au sommaire. Voilà une construction narrative qui mérite d’être étudiée dans les cours d’écriture, et qui viendra récompenser l’opiniâtreté et l’abnégation du lecteur BL, prêt à s’enquiller platitudes sur bof-erie (à ne pas confondre avec la beauferie, c’est très différent) à la recherche d’une des rares pépites que la maison reste capable de publier, de temps à autres. Profitez, profitez donc.

 

À ce déroulé impeccable vient en outre s’ajouter une « caractérisation » de Monika des plus fouillées et intéressantes, faisant bien comprendre au lecteur la profondeur du traumatisme subi, et en filigrane, les trésors de perversité dont sont capables les Eldars Noirs envers leur prochain. Si vous aviez besoin d’une nouvelle pour comprendre à quel point cette fin de race est infréquentable, c’est également votre jour de chance. Il n’y a qu’à suivre le déroulé d’une journée classique de Monika, depuis son réveil sous son lit (trop dangereux de dormir dedans), jusqu’à ses promenades aux aguets dans le parc de St Solangia, en passant par le contrôle régulier de l’absence d’injections intraveineuses, les caches d’armes improvisées et de nourriture à divers endroits de sa cellule, les repas qui prennent littéralement des heures à force de tests successifs d’innocuité, et l’entraînement rigoureux auquel elle s’astreint pour se maintenir au pic de sa forme, pour se rendre compte que Stearns a vraiment bossé son sujet, et s’avère tout à fait capable d’exploiter les bonnes idées qu’il a. Bref, une nouvelle à déguster et un nom à suivre au cours des mois à venir, si j’en suis seul juge.  

 

1 : Surnom donné à Kelaene par les autorités impériales après qu’elles aient remarqué la tendance de l’Archonte à effectuer des tournées de bienfaisance régulières sur les planètes humaines, où elle se fait un devoir d’offrir aux populations démunies tout le confort physique et spirituel pour lequel les Drukhari sont justement réputés. Des milliers de citoyens impériaux ont ainsi bénéficié d’un placement en centre d’accueil sur Commoragh. Bravo madame.  

 

2 : Psycho, Shining, Sixième Sens, Les Autres, Funny Games, Shutter Island… La liste est longue.

 

The Nothings – Alec Worley [40K]:

 

La tranquillité monotone mais heureuse du Berceau, une vallée isolée abritant un village l’étant tout autant, est sur le point de vole en éclats, condamnant les ouailles du Roi Cornu à un destin des plus incertains. Responsables involontaires de cette rupture du statu quo qui perdurait depuis des générations, le jeune chasseur Cade et la scribe rebelle Abigael ont en effet déclenché la colère des Riens (The Nothings), ces mystérieux croquemitaines qui sont réputés hanter les étendues sauvages au delà du Berceau. Pour leur défense, nos tourtereaux n’avaient que peu d’options à leur disposition, l’impertinence et les questions incessantes d’Abigael ayant fini par creuser un fossé infranchissable entre la forte tête et le reste de sa communauté, qui ne se montre guère surprise lorsque l’objectrice de conscience demeure introuvable alors que tous se préparent à la fête de la moisson. Problème, cela ne peut signifier qu’une chose : Abi a pour projet de partir à la découverte du vaste monde, ce qui va à l’encontre des lois les plus sacrées du Roi Cornu, qui retirera sa protection aux habitants du Berceau et les laissera vulnérables aux maléfices des Riens, si un seul de ses fidèles passe les pierres gardiennes délimitant son domaine. Dans le plus grand des calmes, les Bercelais décident donc de partir à la chasse à la gueuse, préférant de loin perdre une brebis galeuse que de risquer l’ire de leur dieu caprin.

 

Refusant de se rendre coupable du crime que fomentent ses concitoyens, Cade parvient à leur fausser compagnie à son tour, et, tirant profit de ses talents de traqueur, se lance à la poursuite de sa dulcinée. S’il arrive trop tard à la frontière pour dissuader cette dernière de commettre l’irréparable, il a toutefois la joie de la voir réapparaître peu de temps après, brushing défait et toilette dérangée, visiblement poursuivie par un chasseur dissimulé par les hautes herbes marquant le début des terres extérieures (Lands Beyond), et ne pouvant être qu’un Rien ! Ayant pu constater que ses fidèles hachettes de jet ne connaissaient pas leur succès habituel sur ce type de proie, klong métallique à l’appui, Cade cesse rapidement de faire le kéké et se laisse convaincre par Abigael de rejoindre la sécurité du Berceau. Malheureusement pour nos tourtereaux, la malédiction du Roi Cornu est bel et bien sur eux, comme l’explosion soudaine des pierres gardiennes le démontre bientôt. Seule consolation pour les gaffeurs, leur perception du monde extérieur semble se clarifier jusqu’à des niveaux inédits, montée de version certes utile quand on veut gagner des followers Instagram, mais de peu de secours lorsque les monstres des légendes locales viennent prendre de vos nouvelles.

 

S’en suit un long épisode de fuite éperdue, Cade et Abigael parvenant à trouver une galerie à travers les montagnes, débouchant sur un portail scellé qu’ils arriveront toutefois à ouvrir, sans trop savoir comment, pour au final parvenir une nouvelle fois dans les terres extérieures. N’ayant plus guère le choix que de pousser toujours plus avant, les Riens n’étant jamais très loin derrière eux, les amants maudits poursuivent leur course folle à travers champ (de maïs pour le coup), sans parvenir à distancer leurs poursuivants. En désespoir de cause, Cade se met à prier le Roi Cornu, l’implorant de protéger sa bien-aimée du péril qui les guette… et a la surprise de voir son souhait s’exaucer, par l’intermédiaire de la matérialisation de l’avatar de la divinité, le fameux Faune Follet (Faun Light) – en vrai c’est une grosse biquette verte, mais c’est moins la classe –. Juste le temps de remettre la donzelle aux bons soins de cet Uber bêlant, et Cade, en bon chevalier bouvier servant qu’il est, dégaine sa dernière francisque, Cabrelle1, et se tient prêt à vendre chèrement sa peau alors que les Riens convergent sur sa position…

 

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Cette longue nouvelle d’Alec Worley est intéressante à plus d’un titre. On pourra d’abord noter le soin que l’auteur prend de laisser hors de son récit tout élément pouvant le raccrocher de manière formelle et définitive à l’une ou l’autre des franchises de Games Workshop, jusqu’à la révélation qui prend place à la moitié de la nouvelle. Le suspens a ici fait long feu, du fait des balises placées en début de chronique, mais pour un lecteur découvrant The Nothings via Maledictions, la situation n’est clarifiée que tardivement dans l’histoire, ce qui est un parti pris digne d’éloges de mon point de vue. Cela permet en effet de rappeler que l’Imperium de Pépé est inconcevablement vaste, et que sur un nombre significatif de mondes, les connaissances que le Zhobbyisite moyen considère comme tout à fait triviales sur la situation du 41ème millénaire feraient tomber en syncope Mr et Mme Toulemonde. Worley s’amuse également à dépeindre les conséquences, souvent minimes mais parfois rédhibitoires, de l’éloignement et de l’isolement pour des planètes de second ordre, bien souvent laissées pour compte par l’Administratum une fois leur dîme payée. Ici, c’est l’Empereur lui-même qui en fait les frais, une couronne de lauriers mal dessinée et estompée par le temps ayant transformé le Maître de l’Humanité en Bestigor aux yeux des dévots Bercelais, sans que ces derniers soient conscients du terrible blasphème qu’ils commettent à leur insu.

 

La deuxième partie du récit, plus classique, permet toutefois à l’auteur de traiter quelques thèmes centraux du lore de 40K3, là encore avec une liberté et une fraîcheur de ton qui changent agréablement de l’ordinaire du lecteur de la BL. Même l’inclusion de factions bien connues de ce dernier prend une tournure assez particulière lorsque vu sous le prisme d’un couple de bergers naïfs, et pas d’une escouade de Space Marines ayant potassé leur Codex. À titre personnel, et pour faire le lien avec le thème du recueil dans lequel la nouvelle figure, j’ai apprécié le parti pris grinçant, mais fondé, de Worley sur ce qu’est l’horreur absolue pour le héros de sa soumission. Cade aura en effet de nombreuses opportunités de réévaluer sa position sur le sujet au cours de la nouvelle, et son ultime opinion risquerait fort de faire tiquer les Hauts Seigneurs de Terra, alors que notre chasseur stagiaire avait été un modèle de dévotion (un peu dévoyée il est vrai, mais pas de manière volontaire) à l’Empereur jusqu’à ce point. Que voulez-vous, toutes les vérités ne sont pas bonnes à connaître…

 

On pourra à la rigueur reprocher à The Nothings sa très (trop) longue séquence de course poursuite centrale, qui aurait gagné à être expédiée plus rapidement, ainsi que quelques WITJH4 commodes d’un point de vue scénaristique, mais assez délicats à justifier dès lors qu’on se penche sur la question. Sans doute un détournement professionnel, sans grande conséquence il faut le reconnaître, de la part de Worley, qui est auteur de comics à la base et connaît donc l’importance d’une narration rythmée. Reste que cette nouvelle demeure une lecture des plus satisfaisantes, qui changera agréablement le briscard de la BL de son ordinaire SF. C’est toujours mieux que… rien (pun intended).

 

1 : Ça veut dire chevreau en occitan. Je marque des points de style.

 

2 : Je n’invente rien en plus. C’est tout ce qu’il y a de plus canon.

 

3 :

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4 :

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***

 

En conclusion, et comme souvent dès que l’on se penche sur un ouvrage collectif, on trouve du bon et du moins bon dans ce Maledictions. Moi qui était de curieux de voir des « spécialistes » du genre opérer, j’ai dû me rendre à l’évidence que les meilleures soumissions provenaient de l’opposé du spectre, c’est à dire des auteurs récurrents et « généralistes » de la BL, ayant pour certains démontrés un talent indéniable à l’usage des codes horrifiques (Stears, McLean, Worley, Werner). À ce premier constat, il convient d’ajouter que c’est plutôt la « jeune garde » de la Black Library qui tire le mieux son épingle du jeu, les nouvelles de McNeill, Annandale et Reynolds n’étant pas les plus réussies du lot, pour autant que je puisse en juger.

 

Quoiqu’il en soit, et à quelques exceptions près (The Predation of the Eagle et The Maraudeur Lives, si j’en suis seul juge), le lecteur qui souhaite donner sa chance à la collection Warhammer Horror serait bien inspiré de ne pas s’attendre à des textes véritablement dérangeants, ni très différents d’une anthologie de courts formats Black Library non thématique. Comme dit en introduction, la nature intrinsèquement sombre et gothique des univers de Games Workshop (40K plus qu’AoS ceci dit, ce qui explique peut-être pourquoi le rapport de force est de 7 pour 4 en faveur des soumissions futuriste dans ce recueil) a toujours autorisé les auteurs qui le souhaitaient à flirter avec l’horreur, et certaines nouvelles publiées au cours des quelques trois décennies précédant la sortie de cet opus – eh oui, le temps file – s’avèrent être bien plus angoissantes que la présente collection. À titre personnel, je salue néanmoins la prise de risque de la Black Library, et suivrai avec attention les développements apportés à cette gamme nouvelle née, en espérant que Nottingham se donne (pour changer) les moyens de ses ambitions. À la prochaine !

 

[Comme d'habitude, ces chroniques ainsi que les élément fluff contenus dans chaque nouvelle sont à retrouver sur les sujets centraux dédiés: 40K // Age of Sigmar]

 

Schattra, "môôôôdits, vous serez tous môôôôdits..."

 

 

Modifié par Schattra
Mise à jour titre
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Merci pour ton retour sur cette nouvelle gamme, en espérant voir arriver celle-ci en VF très prochainement(ce que j'ai peu d'espoir) afin de voir un peu le "niveau".

Annandale, une des plus grosses blagues de la BL que je connaisse. À part son Yarrick le reste c'est très...disons moyen.

 

@The Marauder Lives – J. C. Stearns [40K]: Celle-ci vu ton retour, son synopsis et l'horreur recherché(psychologie)  donne vraiment envie. Puis de l'EN ^^

 

Modifié par Rhydysann
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Merci pour ton retour @Rhydysann! Je n'ai pas non plus grand espoir que la série Warhammer Horror soit traduite en français any time soon, mais tomorrow never knows. En tout cas je conseille vraiment The Maraudeur Lives pour les curieux et les aficionados BL. Très bonne "surprise" (j'avais déjà plutôt apprécié son The Turn of the Adder) de Stearns sur ce coup.

 

  Le 16/04/2019 à 15:19, Rhydysann a dit :

Annandale, une des plus grosses blagues de la BL que je connaisse. À part son Yarrick le reste c'est très...disons moyen. 

Développer  

 

Bon, ça voudrait dire qu'il a au moins fait quelque chose de correct, c'est déjà ça. Je n'ai pas eu la chance de lire ses bouquins sur Yarrick, je reste donc sur une suite d'impressions mitigées, mais au vu de la bibliographie importante du bonhomme, je ne sais pas si je suis systématiquement tombé sur des soumissions moins bonnes que le reste, ou si mon échantillon est déjà suffisamment représentatif tel qu'il est. Réponse dès que j'aurais terminé Roboute Guilliman: Lord of Ultramar de la série Primarchs.

 

Schattra, "dernière chance, David"

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@Schattra: Pour Annandale mes propos sont à nuancé, de façon personnelle j'en ai juste ras le bol de le voir très mis en avant alors que ces œuvres ne font qu'osciller entre moyen/ok et navrant. Ce n'est pas non plus le pire auteur de la BL qu'il m'a été donné de lire non plus, quoique parfois...

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Bonjour et bienvenue dans cette revue critique d’Invocations, le second1 recueil de nouvelles publié par la Black Library pour le compte de Warhammer Horror, segment horrifique de la GW-Fiction. Comme cela avait été le cas pour le premier ouvrage de ce genre (Maledictions), Invocations regroupe une douzaine de courts formats prenant aussi bien place dans les ténèbres du lointain futur que dans celles, tout aussi noires, des Royaumes Mortels. À titre personnel, j’espère bien voir l’Hérésie d’Horus et Blood Bowl faire leur entrée sur ce nouveau terrain de jeu dans les mois à venir, ces franchises n’étant après tout pas moins dérangeantes, glauques et effrayantes que les autres (surtout Blood Bowl, si vous voulez mon avis).

 

 

Un rapide coup d’œil à la liste des contributeurs de cette anthologie permet d’identifier un autre trait commun entre ce volume et le précédent, à savoir la participation d’habitués de la BL (Annandale – qui s’impose d’ailleurs comme le chef de file d’Invocations, avec pas moins de trois nouvelles à son actif – , Kyme et Werner), de représentants de la nouvelle vague de Nottingham (Hill et McLean), et d’un certain nombre de spécialistes du genre, dont les travaux pour la Black Library se sont pour le moment confinés à ce segment de la GW-Fiction (Gray, Strachan – qui ont tous deux eu une nouvelle publiée dans Maledictions – Sheil, Ozga et Cluley). Il est à noter que quatre des nouvelles incluses dans ce recueil ont été initialement publiées pendant la Warhammer Horror Week, le dernier événement DNC (daily new content) récurrent lancé par la BL, dans le cas présent sur la première semaine de Mai. On peut donc s’attendre à la sortie de nouveaux ouvrages similaires à celui-ci dans les années à venir si Nottingham maintient cette horrible semaine sur son calendrier.

 

Comme cela avait été le cas pour Maledictions, le but de cette revue sera d’identifier les soumissions les plus intéressantes et les plus réussies de ce second volume, en utilisant pour cela le cahier des charges, particulier et exigeant, de l’horreur en littérature. L’enthousiasme d’Annandale pour le genre est-il (enfin) récompensé à sa juste mesure ? McLean réussit-il à faire aussi malsain que son Predation of the Eagle ? Strachan a-t-il rectifié le tir de son trop gentillet The Widow Tide ? Sheil et Cluley ont ils une meilleure connaissance du lore de 40K et Age of Sigmar que Kane ? Autant de questions dont la réponse se trouve dans les pages d’Invocations. Lisez-donc, si vous l’osez…

 

1 : Troisième si on prend en compte la réédition du Silver Nails de Jack Yeovil.

 

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The Hunt – D. Annandale [AoS]:

 

the-hunt.png?w=301&h=462Il y a des réalisations qui peuvent déprimer même le plus optimiste et enthousiaste des individus. Dans notre morne quotidien grimdull, cela peut être le changement climatique, la corruption politique ou la 16ème place du DFCO1. Pour les hardis habitants des Royaumes Mortels, les raisons peuvent s’avérer un peu plus exotiques, comme c’est le cas pour notre héros, le Chasseur de Sorcières Bered Ravan. La déprime de notre fier Répurgateur est en effet causée par le constat implacable qu’une véritable marée de Spectres renfrognés, qu’il est le seul à voir et à entendre, se rapproche insensiblement de lui chaque nuit. À la tête de cet ost sépulcral, une Banshee fort en voix n’en finit plus de roucouler, empêchant Bered de jouir du sommeil réparateur auquel chaque honnête citoyen sigmarite a droit. Bien que notre homme ignore la raison pour laquelle Casper et sa famille élargie en ont après lui, il se doute qu’il a peu de chances de pouvoir plaider sa cause une fois que les ectoplasmes lui auront mis la main dessus, ou plutôt, au travers. Vivant sur du temps emprunté, et ne pouvant que constater à chaque crépuscule l’approche inexorable de ces hordes diaphanes, Bered tire logiquement une tête de six pieds de long, ce qui ne l’empêche pas de répondre à l’appel du devoir lorsque nécessaire.

 

C’est donc avec empressement que l’inquisiteur répond à la sollicitation de la marchande Thevana Pasala, une ancienne connaissance avec laquelle il a rompu toutes relations il y a de cela bien des années, et pour une excellente raison : alors que tous deux servaient dans la milice locale de leur cité natale, Everyth, soumise aux déprédations régulières des bandes chaotiques de la région avant que Sigmar ne lance sa fameuse royaumetada, Bered fit le choix de déserter son poste de défenseur de la forteresse de Grenholm, assiégée par les séides de Nurgle, pour aller rejoindre les Stormcast Eternals fraîchement matérialisés. Thevana, elle, fit honneur à son serment et combattit jusqu’à la chute du bastion, dont elle fut l’une des rares survivantes. Rongé par la honte et le remords, Bered s’est tenu à distance de son ancienne amie pendant des lustres, mais accepte volontiers d’aller lui rendre une visite professionnelle, découvrant avec un soulagement non feint par la même occasion que la belle ne lui tient pas rigueur de son parjure. Voila qui fait la journée de notre homme, la nuit étant, comme dit plus haut, une toute autre affaire.

 

Si Thevana l’a fait venir, toutefois, c’est avant tout parce qu’elle a des preuves de l’existence d’un culte chaotique local, comme l’illustrent les gravures profanes retrouvées au flanc des tonneaux de vivres qu’elle comptait expédier à Mhurghast pour soutenir l’effort de guerre. Comme on peut l’imaginer, ces dégradations païennes ont eu un effet délétère sur la nourriture contenue dans les fûts, et la catastrophe n’a été évitée que de justesse (on suppose que les procédures de rappel de marchandises sont aussi efficaces dans les Royaumes Mortels que dans notre bas monde). Sans piste sérieuse à exploiter, Bered décide de rendre une petite visite au tonnelier fournisseur de sa comparse, qui a la mauvaise idée de ne pas faire de discrimination à l’embauche, suscitant de fortes suspicions de la part de notre intolérant zélote. Ayant fait sortir tout le monde pour mieux pouvoir inspecter l’atelier, Bered se fait surprendre dans ses recherches par un cultiste empressé mais maladroit, que notre héros occit d’un bon coup de torche en pleine tête (le danger d’avoir des cheveux gras…). La fouille du corps révélant un double marquage de cultiste Slaaneshi et de milicien de la forteresse de Grenholm, c’est assez logiquement2 que le Répurgateur opte pour se rendre sur place, afin de se confronter à ce mystère en même temps qu’à son passé…

 

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Connaissez-vous Le K, amis lecteurs ? Cette nouvelle du grand Dino Buzzati met en scène un héros passant toute sa vie à fuir l’approche menaçante d’un gigantesque requin (le fameux K), pensant à tort que le squale cherche à le gober, mais réalisant dans ses derniers instants que ce dernier voulait juste lui remettre une perle de bonheur, dont il meurt avant de pouvoir faire usage. Un classique des classiques, que je ne peux trop vous recommander. Il ne vous aura donc pas échappé que The Hunt est la version aos-ée de ce texte fondateur, qu’Annadale adapte à sa sauce et avec malheureusement plus de bonnes intentions que de réussite.

 

Si l’idée de la marée de fantômes pourchassant le héros est ainsi excellente dans le cadre d’une nouvelle Warhammer Horror, car elle apporte une dimension indéniablement angoissante à l’histoire, le twist final est trop rapidement expédié pour que la révélation qui l’accompagne fasse vraiment effet. La faute à mes yeux au choix d’Annandale de rajouter un deuxième coup de théâtre, qui tient plus du coup d’épée dans l’eau, avec la trahison de Thevana, qui, elle faisait beaucoup moins mystère (mais avait été « préparée » de façon assez bancale également). Comme cela arrive parfois avec les auteurs de la BL, l’excès de bonnes choses, ou en tout cas d’idées intéressantes, est parfois un mal, et je pense sincèrement que The Hunt aurait été d’un tout autre calibre si Annadale avait simplifié sa copie. On retiendra également de cette nouvelle l’usage, assez rare mais très sympathique je trouve, de la seconde personne du singulier par le narrateur, qui décrit donc en direct toutes les actions du héros jusqu’à ce que ce dernier fasse sa connaissance. En définitive, et malgré les réserves exprimées plus haut, je crois que nous tenons le texte le plus marquant et abouti d’Annadale à ce jour, ce qui est somme toute logique au vu de l’attrait que notre homme a pour le genre horrifique. Il n’y a plus qu’à attendre le prochain recueil pour voir si les progrès se poursuivent…

 

1 : Au moment de l’écriture de cette chronique.

 

2 : Je suis assez généreux avec Annandale ici. Bered saute quelques étapes à mon goût en décidant de délocaliser son enquête sur la foi d’une coïncidence somme toute assez facilement explicable.

 

The Confession of Convict Kline – J. Hill [40K]:

 

Confesseur pénitentiaire rattaché à une prison de haute sécurité du monde ruche de Telken’s Rest, Thanaton passe ses journées à tenter d’extorquer des repentirs sincères de la part des condamnés les plus dépravés de la planète. Cette main tendue vers l’âme des misérables qu’il visite n’a beau pas être systématiquement saisie par ces derniers (en même temps, c’est ‘achement dur de saisir une main avec son âme, à moins d’être un psyker), et la pénibilité de sa fonction être chichement prise en compte par son régime de cotisation retraite, Thanaton sait que sa tâche est aussi noble qu’indispensable, la rédemption qu’il arrive (parfois/rarement) à offrir à ses charges faisant reculer d’autant le risque qu’un accident Warp ne se déclenche, la concentration de sociopathes meurtriers et de cultistes convaincus ayant tendance à fragiliser la frontière avec l’Immaterium. Accompagné de son Servo-Crâne Cithaeron et d’une paire de matons aussi amènes qu’une porte de leur lieu de travail, Thany enchaîne donc les visites privées, supervisant l’exécution sommaire des indécrottables païens et permettant aux pénitents convaincus d’embrasser l’utile et musicale carrière d’Arcoflagellants. Qu’il est beau de voir le monte-charge social à l’oeuvre.

 

Alors que nous suivons notre héros faire vaillamment son devoir au cours d’une journée classique, et traiter une cinquantaine de cas désespérés avec humanité et efficacité, nous arrivons à la dernière cellule du bloc Alpha, où attend un prisonnier particulier à deux égards. Premièrement, le condamné en question, Helleb Kline, est indubitablement et totalement rongé par le remords de ses crimes, et considère son châtiment comme totalement justifié – y compris l’amputation de ses mains et pieds et la fixation de ses moignons par des vis traversantes à sa chaise d’interrogatoire, c’est dire s’il l’a mauvaise. Deuxièmement, Kline, qui a terrorisé le quartier Ecclesiarchique de Telken’s Rest sous le nom du Nightkiller avant d’être appréhendé, servait sous les ordres, comme Thanaton, dont il désire ardemment recevoir le pardon.

 

Le confesseur, peu habitué à un tel accueil, se montre quelque peu soupçonneux envers le grox galeux qui lui fait face, et se livre à un interrogatoire serré du prisonnier afin de s’assurer de la sincérité du repenti. Ses demandes de précisions sur les meurtres commis par Kline, prêtre dévot ayant soudainement développé une hyperacousie psychotique qui l’a mené à massacrer ses bruyant voisins du dessous dans un accès de rage, puis, de portes qui claquent en acouphènes persistants, à devenir le roi de silence le plus tyrannique et sanguinaire jamais couronné ; mènent Thanaton à identifier des anomalies significatives dans le récit du prétendu Nightkiller. La preuve d’une monumentale erreur judiciaire, conduisant à la libération du malheureux mutilé ? Haha, bien sûr que non voyons. Simplement une nouvelle séance de torture pour Kline, qui se fait matraquer électriquement et consciencieusement par les argousins de Thanaton, afin de l’aider à mettre un peu d’ordre dans ses souvenirs. Cette méthode, pour douce qu’elle soit, ne donne pas les résultats escomptés, Kline s’obstinant à s’emmêler les pinceaux et à s’accuser de crimes plus vieux que lui. Son confesseur finit par perdre patience et menace l’hypocrite et/ou amnésique d’une euthanasie sommaire et damnatoire…

 

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Hill propose avec The Confession of Convict Kline une nouvelle plus inspirée et mieux réalisée que son seul autre travail précédemment lu par votre serviteur (The Battle for Markgraaf Hive), ce qui n’était, en soit, pas très difficile, mais démontre tout de même une dynamique positive. L’idée « horrifique » déclinée par l’auteur se révèle tout à fait valable et suffisamment clairement intégrée à la narration pour que le lecteur sorte de The Confession… avec une vision claire du but poursuivi par Hill. Comme tout le monde n’y arrive pas au sein de la BL, j’ai pensé qu’il était fair-play de ma part de le souligner ici. On pourrait à la limite regretter la manière un chouilla artificielle avec laquelle l’auteur prépare sa chute1, mais l’ambiance dérangeante propre au genre est bien au rendez-vous, et Hill fait étalage (à quelques reprises) d’une solide technique narrative – comme lors de la scène d’introduction, où la prisonnière que Thanaton finit par faire exécuter par ses gardes se révèle ne pas être Kline, malgré ce que le titre pouvait laisser penser au lecteur. Bref, je ressors de cette confession un peu plus rassuré par le potentiel de la recrue Justin Hill, à laquelle je pense pouvoir accorder, si ce n’est mon absolution, au moins une neutralité bienveillante pour ses prochaines soumissions. Use it well, dude.

 

1 : « Bon, sans transition aucune, qui est ce mystérieux Valgaast qui apparaît dans votre dossier, Mr Kline ? Vous fracasser la tête sur les montants de votre chaise en baragouinant en flamand n’est pas une réponse convenable, vous savez… ». À noter que le seul Valgaast qui apparaît dans la GW-Fiction à ce jour et à ma connaissance est la ville dans laquelle se trouve ‘The House of Night and Chain’ de David Annandale. Je penchais davantage pour une entité démoniaque, mais peut-être que tout est lié…

 

He Feasts Forever – L. Gray [AoS]:

 

he-feasts-forever.png?w=300&h=464Cuisinier employé à la cour du roi, Dedric mène une vie affairée mais heureuse dans le tumulte et la chaleur de sa brigade d’adoption. La seule ombre au tableau de son existence bien réglée est la relation tendue qu’il entretient avec son frère aîné, une sombre brute du nom de Hodge, qui sert sa majesté en qualité de chasseur. Alors que le roi et son armée, de retour d’une longue campagne, se préparent à faire bombance dans leur château, Hodge se présente avec une nouvelle prise, un jeune cerf que Dedric n’a d’autre choix que de caser tant bien que mal dans un garde-manger déjà plein à craquer, son frangin n’étant pas connu pour sa patience ou son empathie. Plus tard, alors qu’il prépare la carcasse (sur son temps libre), il est interrompu dans sa tâche par un garçonnet apparemment captivé par l’art de la marinade de jarret et de la préparation du bouillon à l’os. Les ravages de Top Chef. Intrigué par cet invité mystère, qu’il ne se souvient pas d’avoir croisé auparavant, Dedric s’entend dire par ce dernier qu’ils se sont pourtant déjà rencontrés sur la Route Orientale, ce qui dit vaguement quelque chose à notre héros. Cette conversion a au moins le mérite de faire réaliser au marmiton qu’il n’a bizarrement que peu de souvenirs de sa vie avant son arrivée dans le château. Les ravages d’Alzheimer.

 

Décidant d’en avoir le cœur net, Dedric s’ouvre à Hodge à ce sujet, récoltant une fraternelle clé de bras et une menace de mort pour sa peine (ce qui était à prévoir), mais également la confirmation tacite que ce dernier a également la mémoire qui flanche à propos de son origin story. Cette confrontation fait remonter d’autres souvenirs, assez déplaisants, à Dedric, qui revit des bribes d’une orgie de protéines crues, ingérées de manière contrainte en compagnie d’individus répugnants. Et, non, ce n’est pas d’une session de all you can eat dans un sushi shop miteux du 13ème arrondissement dont il est question ici… De retour dans sa cuisine, Dédé croise à nouveau le mystérieux garçon, qui se montre cette fois un peu plus prolixe dans sa conversation, et finit par cracher le morceau (ce qui est particulièrement dégoûtant dans un endroit où la nourriture est stockée) à son interlocuteur…

 

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Lora Gray poursuit l’exploration des côtés sombres des factions d’Age of Sigmar avec une nouvelle bien pensée et tournée, tirant le meilleur parti de la cruelle et terrifiante illusion collective qui frappe les Flesh-Eaters Courts. Comme dans Crimson Snow, Gray ne se montre pas avare en détails macabres et gores, ce qui est ce que l’on attend d’une nouvelle de Warhammer Horror, et donc tout à fait approprié (mais bien dégueu tout de même…). On pourra seulement reprocher à cette solide soumission que sa révélation centrale, le soit justement de façon littérale. La mindblowing révélation qui frappe Dedric arrive en effet aux deux tiers du récit, débouchant sur une longue « conclusion » qui à mon sens n’apporte pas grand-chose à ce dernier. Je fais ma fine bouche, mais s’il y a bien une nouvelle où cela est approprié, c’est sans doute He Feasts Forever (superbe titre, au passage).

 

Stitches – N. Kyme [40K]:

 

stitches.png?w=300&h=465Bucher est un médecin militaire rattaché au 66ème Valgaast, et, de son propre aveu, plutôt mauvais dans l’exercice de ses fonctions. Confronté à un afflux constant de blessés et de mourants, le Doc’ fait de son mieux pour sauver les patients placés sous sa charge, mais les résultats sont loin d’être à la hauteur. En plus des déficiences professionnelles et de l’alcoolisme patent de notre héros, le fait que les braves Gardes Impériaux de Valgaast soient confrontés à des cultistes de Nurgle n’augmente évidemment par leurs chances de survie, en plus de nécessiter des désinfections régulières à coup de lance-flammes. Ayant été témoin d’un cas désespéré de parasitisme infectieux, Bucher reprend ses fonctions quelques jours plus tard, toujours marqué par cette expérience traumatisante, mais également anxieux d’arriver à améliorer ses statistiques de mortalité, qui sont, justement, un peu trop mortelles (ce qui est plutôt une mauvaise chose, convenons-en). Le médecin redoute en effet que son incapacité chronique à sauver la vie des ses camarades de régiment ne pousse sa hiérarchie à le muter en première ligne et à donner son poste à l’un de ses sous-fifres, ce qui constituerait une évolution professionnelle regrettable.

 

Malheureusement pour lui, et en dépit de ses meilleurs efforts, l’incompétent Bucher (ou le très compétent boucher) termine sa garde sur un 0/7 peu probant, aucun des blessés transférés dans son bloc n’ayant survécu. Ce terrible constat d’échec est interrompu par un bruit particulier, semblable à un poisson échoué se débattant sur le sol. Une brève inspection des locaux permet au Dr Mamort d’identifier la source du problème : un poumon égaré derrière un brancard, qui, extraordinairement, semble respirer. Pris d’une inspiration subite, et allant à l’encontre de toutes les règles d’hygiène les plus élémentaires ainsi (et c’est beaucoup plus grave au 41ème millénaire) que de tous les enseignements du culte impérial, Bucher ramasse l’organe, et décide de le greffer sur le cadavre de son dernier patient, dont le décès a justement été causée par une insuffisance respiratoire. Bien évidemment, l’opération est un succès, et le soldat Gruemann revient d’entre les morts quelques minutes après la fin de l’opération, et est renvoyé au front par un Bucher incrédule mais ravi.

 

Persuadé d’avoir été béni par l’Empereur, et bénéficiant d’une réserve conséquente d’organes dans laquelle piocher grâce aux nombreux Valgaastiens tombés au champ d’honneur depuis le début de la campagne, Bucher se mue en Dr Strange du Militarum, réussissant à remettre sur pied tous les cas, mêmes les plus désespérés, qui lui sont envoyés, grâce l’animation miraculeuse des pièces détachées organiques qu’il conserve dans son cabinet. Ces brillants états de service attirent l’attention du Colonel Rake, qui remercie Bucher en affectant à son service un aide soignant du nom de Renhaus… ce qui est bien la dernière chose que notre héros souhaitait. Sans doute conscient au fond de lui même que ses nouveaux talents sont un chouilla suspect, Bucher jalouse également Renhaus, qui, lui, est véritablement compétent. La cohabitation entre Jekyll et Hyde ne dure cependant pas longtemps, Bucher assassinant, puis découpant, Renhaus alors que ce dernier cherchait la source d’un bruit particulier, que le bon Docteur ne voulait absolument pas qu’il trouve.

 

Cet équarrissage frénétique et psychotique terminé, Bucher réalise que la base est devenue très calme, les canons du poste de commandement s’étant tus pour la première fois depuis le début des opérations. Cherchant à comprendre la cause de cet armistice, il sort de son bloc et monte à la surface, où il ne peut que constater que le régiment n’est plus constitué que de Zombies de la Peste, Colonel Rake compris. Réalisant que ses opérations miraculeuses ont permis la propagation de l’infection que le patient 0 – celui colonisé par un immonde ver solitaire, et incinéré par ses camarades en début de nouvelle – portait, Bucher finit sa carrière et sa vie entre les mains de ses anciens patients, décidés à se faire une petite partie de Dr Maboul pour passer le temps. Comme quoi, l’acharnement thérapeutique peut avoir des conséquences vraiment négatives…

 

That’s it folks ! Après des années et des dizaines de nouvelles variant du moyen au comiquement mauvais, je pense que nous tenons avec Stitches le meilleur court format de Nick Kyme à ce jour, et, chose appréciable, il est plutôt bon en plus d’être supérieur à ses autres soumissions (ce qui n’était pas un gage de qualité intrinsèque, comme exposé ci-dessus). Cet huis-clos macabre et sanglant bénéficie en effet d’une atmosphère glauque particulièrement efficace, faisant la part belle aux illusions de grandeur d’un héros minable mais de bonne foi, auquel on peut simplement reprocher d’avoir fait passer son intérêt personnel avant le bien commun. Sans défaut manifeste tant sur le fond que sur la forme, et beaucoup plus inspiré que la moyenne Kymesque, Stitches est sans aucun doute la nouvelle de cet auteur que je conseillerais à tous ceux qui voudraient découvrir ce dernier (avant de leur recommander de ne pas aller plus loin, sauf peut-être pour Blueblood). Qu’il soit donc solennellement acté que je n’aurais pas dit que du mal de la prose de Nick Kyme dans mes critiques, ce qui démontre bien que la persévérance (et la résilience) est toujours récompensée. J’espère bien que je n’aurais pas à attendre 2024 pour tresser d’autres lauriers à notre homme, même si je me garderai bien de le considérer comme tiré d’affaire d’un point de vue littéraire. Pour rester dans la continuité de cette nouvelle, le patient Kyme est sorti des soins intensifs et a été placé en observation, dans un état grave mais stable.

 

The Healer – S. Shiel [AoS]:

 

Guérisseuse itinérante, Mère Zinka traverse le Great Parch dans sa petite roulotte, prodiguant des soins aux nécessiteux des villages et hameaux isolés qui parsèment sa route. Lorsque son aide est demandée par la jeune Adirene, dont le père a contracté une méchante bubonite, Zinka n’hésite pas une seconde à faire halte chez les affligés, où elle parvient à chasser le mal tourmentant le brave homme d’une imposition des mains parfaitement exécutée. Tout à leur joie de constater la rémission inespérée du moribond, les villageois ne remarquent pas que la guérisseuse repart d’un pas las se reposer dans son mobil home après s’être dissimulé le visage sous un châle1.

 

Témoins de l’efficacité de l’infirmière libérale, les Aqshyiens n’hésitent pas à la solliciter pour qu’elle les guérisse de leurs propres maux, ce que Zinka ne peut refuser de faire. Seul le forgeron Konrath fait figure d’oiseau de mauvais augure, questionnant tout haut la source des pouvoirs de leur hôte, et prévenant ses concitoyens qu’ils auront à payer le prix de ces soi-disant miracles.  Le séjour de la bonne Mère s’éternise donc, chaque session de thaumaturgie laissant la praticienne affaiblie, et nécessitant une nuit de repos complet dans sa caravane, d’où elle ressort fraîche et dispose le lendemain matin, prête à soulager la misère du monde. Cet échange de bons procédés trouve toutefois une conclusion tragique lorsqu’une famille provenant d’un village voisin arrive sans crier gare pour exposer son cas à la Mère Zinka. Profitant de l’absence de cette dernière, Adirene, fascinée par le personnage et convaincue que sa vocation est de devenir l’apprentie de Zinka, se glisse jusque dans la roulotte de la voyageuse, où elle est persuadée de trouver le secret de ses pouvoirs…

 

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Débuts réussis de la part de Steven Shiel avec cette histoire de pacte méphistophélique à la sauce Age of Sigmar, suffisamment bien exécuté pour que la non-surprise de sa conclusion (il est rapidement évident que Mère Zinka dissimule un lourd secret) ne vienne pas ternir le plaisir de lecture. En particulier, j’ai trouvé l’idée de la foi dévoyée en Sigmar de la protagoniste être une très bonne inclusion de la part de Shiel : il est somme toute logique que des Sigmarites cherchent à gagner les bonnes grâces de leur divinité tutélaire pour devenir des Stormcast Eternals, qui ne sont rien de moins que des demi-dieux immortels (ce qui est un statut intrinsèquement supérieur à celui du péquenot moyen), et que certains prennent des décisions un peu trop extrêmes dans leur quête de reconnaissance. La figure de Mère Zinka, guérisseuse totalement dévouée à sa cause et objectivement bonne, sauf à l’encontre du fils qu’elle a choisi de sacrifier pour le bien commun3… mais pas seulement, est particulièrement réussie, et met parfaitement en lumière l’impossible manichéisme du culte de Sigmar.

 

Cela aurait été gonflé de la part d’anti-vaxx de faire un procès en laïcité à leur sauveuse. Tous coupables aux yeux de la République vous êtes, mauvais citoyens.

 

Le sujet commence à se dévorer lui-même, en commençant par les morceaux les plus tendres, tels que les yeux. 

 

3 : Le syndrome de Münchhausen par procuration peut prendre des proportions invraisemblables dans les Royaumes Mortels.

 

Blood Sacrifice – P. McLean [40K]:

 

blood-sacrifice.png?w=312&h=477Après les événements traumatiques de Baphomet (Baphomet by Night, que votre serviteur n’a pas encore lu au moment où cette chronique est écrite), le Caporal Cully et le 45ème Reslian, respectivement héros et régiment préféré de McLean (No Hero, Predation of the Eagle) servent maintenant sur le monde ruche de Voltoth, où ils se préparent à défendre la ruche Lemegeton contre les assauts d’une Waaagh !. Pour le moment, et en attendant Godork, les braves bidasses s’occupent à creuser des latrines et autres activités réglementaires mais pas très fun, sous les ordres du Sergent Kallin, remplaçant (f)rigide du défunt Rachain. Au hasard d’une innocente discussion avec ce bon vieux Lopata, dans tous les bons plans (et pas uniquement parce qu’il est le trafiquant du régiment), et promu lui aussi au rang de Caporal, Cully se laisse embarquer dans une expédition clandestine à l’arrière des lignes impériales, où un contact de Loppy est prêt à mettre le prix pour obtenir la livraison à domicile d’un colis mystérieux. Notre héros endeuillé accepte donc de partir en balade après la fin de son service, en compagnie de quelques vétérans triés sur le volet, dont les têtes connues Varus (la scout la moins efficace du monde, aperçue dans No Hero) et Steeleye (la sniper défigurée et morveuse – mais ce n’est pas vraiment sa faute – de Predation of the Eagle).

 

Après une marche d’approche rapidement expédiée et sans grand intérêt, notre mauvaise troupe parvient sur les lieux du deal, qui se trouve être une sorte de clinique abandonnée, et donc absolument pas creepy pour commencer. Pas du tout. J’insiste. Prudence étant mère de sûreté, les livreurs Deliveroo approchent en formation de combat, et se font accueillir par un duo de Serviteurs aides soignants très possessifs de leur territoire. La rencontre se passe aussi mal que l’on peut l’espérer, et notre escouade subit ses premières pertes (dont le soldat Tarran, ce qui illustre bien le fait que le fluff est toujours la première perte à 40K), même si les coriaces Reslian parviennent à se débarrasser de leurs assaillants après une période de flottement initiale. Les choses ne se passant certes pas comme elles étaient sensées le faire, et avec déjà deux morts violentes à justifier auprès de l’état-major à leur retour, nos héros décident malgré tout de pousser leur chance un peu plus loin, et fouillent les ruines à la recherche du contact de Lopata. En chemin, alertés par des cris de souffrance déchirants, ils découvrent un malheureux citoyen de Legemeton en plein processus de transformation en Serviteur, sans lobotomie ni anesthésie préalables. Ayant mis fin au calvaire du quidam, les vertueux Gardes Impériaux décident de tirer cette sombre et sanglante affaire au clair, et de démanteler cette sinistre entreprise avant de repartir vers leur caserne. Des intentions louables, qui ne seront pas récompensées à leur juste valeur…
 

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Grimdark, vous avez dit grimdark ? Comme c’est put*in de grimdark ! McLean offre à ses personnages du 45ème Reslian une sortie de piste aussi brutale que sinistre, et donc tout à fait appropriée pour une soumission Warhammer Horror. On ne peut que compatir avec nos braves bidasses, dont la transition des aventures vers le nouveau segment horrifique de la BL, alors qu’elles avaient commencé classiquement par du 40K lambda, les a condamnés à un sort peu enviable. Leur auteur et bourreau met avec ce Blood Sacrifice un point final sanglant à ce petit arc narratif (sauf si Cully fait une apparition à la Agun Soric dans une prochaine soumission, ce que je ne lui souhaite pas), qui se sera révélé de bonne qualité et aura donné un contrepoint d’une noirceur et d’un nihilisme conséquents aux aventures, autrement plus héroïques, des Fantômes de Gaunt. Si on peut reprocher à Abnett de ne pas savoir tuer ses héros (une règle de base dans l’écriture romanesque), cette réprimande ne peut pas être adressé à McLean, preuve à l’appui. Je plains les futurs protagonistes de notre homme, en même temps qu’il me tarde de les connaître, car leurs vies ne risquent pas d’être de tout repos…

 

1 : Dans ce contexte, comprendre qu’ils transforment leurs patients en infirmes.

 

The Growing Seasons – R. Strachan [AoS]:

 

Dans un coin perdu de Ghyran, au fond d’une vallée isolée du reste du Royaume, une petite communauté humaine vit dans une simplicité heureuse et le respect des commandements vitaux (et pas des commandements de Vitoo, qui sont un peu différents, mais restent dans l’esprit1). Nous faisons la connaissance de la famille du chef spirituel de nos braves péquenauds, Fletch, alors que ce dernier se prépare pour aller prendre sa place dans ce qui peut être décrit comme le carnaval local : la Procession Féconde. Déguisé en Grand Chasseur Vert, qui semble être un cosplay très poussé d’Orion, Fletch mène ainsi les fidèles dans une balade autour de la vallée, jusqu’à arriver devant l’Arbre des Libations, qui doit être dûment arrosé2 afin d’honorer les traditions centenaires assurant à la Vallée Cachée sa prospérité. La cérémonie est toutefois interrompue avant son terme par l’arrivée d’un individu titubant et nauséeux, qui se trouve être Eilert, le fils fugueur de Fletch, ayant précédemment quitté la maison familiale et son village natale pour explorer le vaste monde, à la grande honte de ses parents. Le voici donc revenu en ce moment décisif, et si certaines voix s’élèvent pour que le déserteur soit chassé séance tenante (on a la rancune tenace dans les campagnes), Fletch et Hedda (femme d’icelui) se laissent convaincre d’héberger le fils prodigue, au moins le temps qu’il se refasse une santé. Dans la confusion, les ruraux s’en retournent à leurs masures sans avoir uriné sur arrosé l’Arbre des Libations, ce que Fletch prend plutôt à la rigolade. Evidemment, cet oubli aura des conséquences fâcheuses, et notre héros s’en voudra longtemps de ne pas avoir pris les cinq minutes nécessaires au respect de la tradition (je parie que sa vessie était pleine à ce moment, en plus).

 

Quelques mois plus tard, et alors que les récoltes sont prêtes à être lancées, Fletch est appelé à conduire un nouveau rituel pour débuter la saison de la Ferveur : le sacrifice d’une chèvre au milieu des champs en grains de la vallée. Préoccupé par la réintégration, pourtant assez réussie, d’Eilert dans la communauté, notre héros doit également composer avec, oh comme c’est étonnant, quelques cas d’une nouvelle maladie dont ni l’origine, ni l’antidote, ne sont connues. La cérémonie se passe cependant très mal, et pas que pour la chèvre, qui déverse un torrent d’asticots au lieu du sang attendu lorsque Fletch lui fait rendre gorge. Ce très mauvais présage, confirmé quelques jours plus tard par la perte de l’intégralité de la récolte, qui pourrit sur pied et se fait dévorer par des nuées d’insectes, n’est pas sans provoquer des remous parmi les villageois, d’autant plus que les cas de maladies se déclarent de plus en plus rapidement. Dépassés et effrayés par la situation, les bouseux souhaitent s’en remettre aux bonnes vieilles méthodes, comme l’incinération de sorcières (ils sont moyen chauds pour s’en remettre à un bouc émissaire, après le foin causé par le dernier), ou à défaut, le lynchage d’étrangers, Eilert dans le cas présent. Ayant réussi à calmer, au moins pour un temps, les velléités sanguinaires de ses concitoyens, et convaincu ces derniers que la meilleure solution à leur problème était de se mettre en quarantaine et d’éviter de prendre des douches (ce qui est à la fois merveilleusement altruiste et parfaitement suicidaire), Fletch n’a plus qu’à espérer que la situation va s’améliorer.

 

Spoiler alert. La situation ne s’améliore pas. Au contraire, la riante petite vallée se transforme petit à petit en Zombieland, forçant les rescapés, de moins en moins nombreux et de plus en plus paranoïaques, à prendre des mesures drastiques, comme enfermer chez eux les villageois trop atteints par le mal en attendant qu’ils crament leurs derniers PV. Dans ce cauchemar permanent, Fletch a au moins le réconfort de pouvoir compter sur une famille unie, jusqu’à ce que son deuxième fils, Peer, fasse une poussée de Nurglisme aiguë, annoncée par une thelaziasis de mauvais augure. Pour ne rien arranger, un groupe de péquenauds désespérés décide de purger l’infection en bastonnant les individus suspectés d’avoir provoqué cette dernière, ce qui n’exclut pas grand monde au final. Flecht parvient tout juste à épargner le gourdin à Eilert, mais doit se résoudre à s’appliquer sa propre médecine et à s’enfermer avec ses proches dans leur maison…

 

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Pour sa deuxième soumission pour le compte de la Black Library, cette fois dans un format un peu plus conséquent que son initial The Widow Tide, Richard Strachan livre une version pestiférée des Quatre Saisons, qui, si elle s’avère plus aboutie que son travail précédent, n’est pas non plus, à l’instar du mystérieux Eilert, exempt de tous soupçons. En sa faveur, retenons une narration maîtrisée, la descente dans l’horreur de la Vallée Cachée, vue à travers les yeux de Fletch, se déroulant avec une implacable logique, depuis les discrets signes avant coureurs négligés par les personnages jusqu’à l’annexion totale et définitive de ce coin de Ghyran par les promoteurs de Papy Nurgle. D’un autre côté, on peut se demander si tout cet espace était nécessaire – autrement que pour instiller au récit une ambiance désespérée, s’entend – à l’aune de l’intrigue simpliste qui sous-tend ce récit. Car, oui, celui que tout indique comme le coupable est coupable, et comme notre héros est trop borné pour remonter sa piste, cette pourriture d’Eilert aura la partie facile du début à la fin de la nouvelle. Cela aurait pu se comprendre si Strachan avait donné au lecteur autre chose d’intéressant, comme une explication sur la manière dont le cultiste s’y est pris pour contaminer toute la vallée, mais rien de tel ne sera explicité3. Bref, plus de forme certes, mais pour la substance, nous n’y sommes toujours pas.

 

1 : Comme tromper son mari/sa femme avec 16 personnes différentes. Très bon pour le brassage génétique.

 

2 : Comme Strachan décrit le tronc comme marqué par des centaines d’années d’offrandes et que la procession s’arrête tous les cent mètres pour que ses participants boivent un coup, on ne m’ôtera pas l’esprit que la consécration de l’arbre passe simplement par un coup de goupillon (procédé tellement peu naturel).

 

3 : La relecture de la nouvelle m’a de plus fait noter que des fleurs aux formes suspectes étaient présentes dans l’écosystème local (et connues des villageois, puisque leur guérisseur recommande de les suspendre à la porte des maisons pour combattre l’infection) avant le retour d’Eilert. Du coup, une explication sur qui a fait quoi et comment n’aurait pas été de trop.

 

Supplication – J. Ozga [AoS]:

 

Meet your hero, Jondo1 : esprit libre au sein d’une tribu de libres penseurs, il a rompu tous liens avec sa famille et ses amis pour aller vivre avec son crush dans une petite maison construite de leurs mains dans les profondeurs sauvages de Ghur. Protégés par les pouvoirs de dissimulation de la donzelle (Jando, du coup), le couple a vécu heureux pendant des décennies, jusqu’à ce que la maladie, puis la mort de sa femme entraîne chez Jon une crise existentielle bien compréhensible. Témoin des changements affectant la région, et de la progression d’une sorte de pourriture incurable, dont sa femme, plus sensible que lui à cette malédiction, n’est qu’une des victimes, notre héros décide d’aller rendre une visite de courtoisie à ses proches – qui ne le sont plus vraiment –, après avoir donné des funérailles dignes de ce nom à son aimée (il fout le feu à leur maison, égorge tous leurs animaux, et part avec le crâne de Jan à la ceinture : pretty brutal). Signe d’une démence déjà bien prononcée, ou des pouvoirs persistants de la défunte enchanteresse, Jon entend la voix de sa femme dans sa tête, et les deux peuvent dialoguer de temps à autre, comme au bon vieux temps.

 

Après quelques journées, et autant de pages, de trek bucolique dans un paysage de plus en plus marqué par ce que l’on ne peut qualifier que d’influence chaotique, Jon finit par rencontrer les premiers habitants de la vallée où le reste de sa tribu s’est installée, il y a de cela fort longtemps. Et, horreur et consternation, la procession qu’il voit déambuler sur la route est constituée de junkies Slaaneshi de la pire espèce, ce que notre hardi et vieux bûcheron ne peut supporter. Il faudra toute la diplomatie post-mortem de Jan pour le convaincre de ne pas foncer dans le tas avec sa cognée, combat qu’il aurait eu du mal à remporter malgré toute sa vaillance. Un peu plus tard, après avoir échappé à des arbres carnivores, Jon tombe sur une Démonette donnant une représentation du Lac des Cygnes au bord d’une rivière. Destiné à devenir le f*ckboy du démon et/ou à rejoindre son orchestre de choristes coralliens, il n’est sauvé que par l’intervention décisive (du crâne) de sa femme faisant comprendre à la petite débauchée démoniaque que Jon est déjà pris. La tentatrice laisse donc partir notre héros à regret et reprend ses entrechats, non sans lui avoir promis qu’un destin de toute beauté l’attendait. Mauvais cygne pour mauvais signe, si vous voulez mon avis…

 

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Pour ses débuts au sein de la Black Library, Jake Ozga choisit de s’écarter des chemins battus stylistiques de la maison, et de livrer une copie un peu moins « terre à terre » que la moyenne. Depuis les personnages non nommés jusqu’à la large part dédiée aux descriptions par rapport à l’action, en passant par le rythme contemplatif de la narration, Supplication est à mon avis assez proche de ce que pourrait produire Brian Craig s’il débutait dans la GW-Fiction de nos jours. Ayant un faible pour les mises en scènes intrigantes des Royaumes du Chaos, j’ai été plutôt gâté avec cette nouvelle, qui n’est pas avare en manifestations démoniaques et dérangeantes, bien qu’elle se déroule en théorie en Ghur. Seule la conclusion, que j’ai trouvé un peu faible, de cette histoire est venue ternir une performance autrement très solide de la part du nouveau venu Ozga, qui semble bien parti pour apporter un peu de variété aux récits autrement assez standardisés de la BL.

 

1 : Par convention, Ozga ne révélant pas les patronymes de ses personnages.

 

From the Halls, the Silence – D. Annandale [40K]:

 

Appelée au chevet du Prêcheur Tabin Garanthias, qui sent la mort arriver et souhaite faire une dernière confession avant rejoindre la droite de l’Empereur, l’Inquistrice Evenya Kaelstrop de l’Ordo Malleus parvient, après quelques difficultés1, à trouver la piaule du mourant. Cela est plutôt gentil de sa part, car, comme elle le fait remarquer à son hôte après être arrivée, ce n’est pas vraiment le boulot de la Sainte Inquisition d’écouter les auto-critiques des sujets impériaux, fussent-ils, comme pour notre ami Tabin, des saints en puissance. Mais Garanthias, après être passé par une phase de désorientation sévère relevant la gravité de son état2, a le bon goût de préciser que la confession qu’il a à faire est de celles qui intéressent les Ordos. Et notre homme sait de quoi il parle, ayant lui même servi comme acolyte inquisitorial au début de sa carrière.

 

Attaché à l’Inquisiteur Herod Nestyr de l’Ordo Malleus, dont toute trace a disparu de Winquipedia (le wiki spécialisé et ultra confidentiel de l’Inquisition), le Prêcheur accompagna son maître – dont il était le seul suivant, à croire que les restrictions budgétaires touchent aussi les hauts fonctionnaires impériaux – sur la planète de Solus afin d’investiguer sur des allégations anonymes de corruption de la famille régnante, les Strock. Une fois n’est pas coutume, Nestyr laissa son acolyte prendre connaissance du dossier afin qu’il se forge une opinion personnelle, donnant à Tabin une idée précise de l’affaire. À peine arrivés, les enquêteurs eurent la désagréable surprise d’être invités à dîner par une autre lignée locale influente, les Montfor, illustrant par là même que leur venue sur Solus n’avait pas été aussi discrète qu’ils souhaitaient qu’elle fût. Peu enclins à passer une soirée à discuter le bout de gras – qui est justement le plat typique de la planète, et une autre raison d’éviter les réceptions officielles de Solus – avec des hôtes à la réputation aussi sulfureuse que celle des Strock était immaculée, Nestyr et Tabin posèrent un lapin aux Montfor, et optèrent à la place pour un premier repérage de la demeure de leur suspect, la Gouverneur planétaire Garwinn Strock. Quand on sait que la bicoque en question s’appellait Malveil, et se situait dans la ville de Valgaast, on comprend rapidement que les choses vont mal se passer pour nos intrépides enquêteurs…

 

Les choses commencèrent en effet à tourner au vinaigre lorsque Nestyr, plus sensible, ou plus psychiquement affûté, que son sous-fifre, fût pris d’une crise d’angoisse au niveau du portail de la bâtisse. Revenu dans sa planque, il prit le parti de retourner seul à Malveil pour tenter d’y voir plus clair sur la nature du mal demeurant dans ces vieilles pierres, soupçonnant fortement une présence démoniaque de hanter la demeure. Et il ne parlait pas de Stéphane Plaza. Laissé seul comme un chihuahua dans le triplex de Paris Hilton, ou un enfant McCallister le lendemain d’un départ en vacances, Tab’ a attendu, attendu, mais Nestyr n’est jamais venu (il a pourtant sifflé tant qu’il a pu). Pour ne rien arranger, les affaires de son maître disparaissent subitement alors qu’il avait à son tour pris le chemin de Malveil (avant de réaliser que c’était complètement con de le faire à un moment où il ne pourrait pas dissimuler sa présence), et personne ne semble se souvenir que Nestyr ait été présent pour commencer…

 

Déterminé à retrouver la trace de son patron, Tabin finit par se rendre pour de bon à Malveil, où il réussit trois tests de Commandement successifs (un pour chaque signe flippant laissé par le démon domestique à son attention : un portail qui s’ouvre tout seul, la rosette, puis le manteau de Nestyr laissés en évidence sur son chemin) avant de craquer lamentablement et de s’enfuir en courant3. Cette fuite emmènera notre héros à quitter la planète, puis l’Ordo Malleus, sans tarder, et débuter une carrière dans le Ministorum à l’autre bout de la galaxie, sans jamais avoir la certitude que la présence maléfique de Malveil avait lâché sa piste pour de bon. D’ailleurs, la confession de Tabin n’est pas plutôt terminée que la porte du presbythère claque très fort, distrayant Kaelstrom juste assez longtemps pour que le vieil homme disparaisse corps et bien (il n’en avait qu’un : la rosette de Nestyr) à son tour dans un abominable hurlement d’effroi. À son retour dans la chambre du prêtre, plongée dans un silence de mort, l’Inquisitrice ne peut que constater la volatilisation de Tabin et de son badge de dresseur Pokémon, sans doute happés par un Fantominus made in Warp. Hello silence my old fiend…

 

Annandale s’exerce à un nouveau type d’horreur avec ce From the Halls, the Silence (très bon titre d’ailleurs), et met en scène une présence démoniaque dont on ne saura finalement pas grand-chose, et que l’on ne verra jamais à l’oeuvre, dans une nouvelle empruntant à des classiques tels que Le Horla (l’antagoniste invisible et omnipotent). Et bien que le premier réflexe du lecteur habitué de la BL (le mien en tout cas) soit de regretter que la nature du persécuteur de Tabin ne soit pas explicitée, ce qui aurait été logique pour un récit prenant place dans un univers où les démons sont aussi précisément connus que Warhammer 40.000 (alors que les écrivains du 19ème siècle pouvaient s’en tirer avec une vague mention du diable), j’en suis venu à considérer avec un peu de recul que ce mystère sert le propos d’Annandale plus qu’il ne l’affaiblit. En tout état de cause, il donne envie de lire The House of Night and Chain, auquel From the Halls… est intimement lié, afin de savoir si le destin, sans aucun doute funeste, de l’Inquisiteur Nestyr est révélé, et d’en apprendre plus sur le mal qui rôde dans Malveil. Bref, une soumission solide de la part de David Annandale, et d’autant plus si on l’aborde avec des yeux « neufs ». À bas les augmétiques, pour une fois.

 

1 : Il est probable que le monde de Caligo, où se déroule notre histoire, n’est pas encore passé à la 5G. En même temps, attendre une connexion rapide dans une ville qui se nomme Stagnum, c’est peut-être faire preuve d’un trop grand optimisme.

 

2 : Comment expliquer sinon qu’il s’inquiète que l’Inquisitrice ait des doutes à son égard… Alors qu’il est la personne qui l’a faite venir. Les ravages de la vieillesse

 

3 : En même temps, au vu de la tournure prise par les événements, les seules choses qui pouvaient attendre Tabin à l’intérieur étaient soit un démon sadique et assoiffé de sang, soit un Inquisiteur ayant terminé un strip tease intégral. Aucune option n’était tentante.

 

A Sending from the Grave – C. L. Werner [AoS]:

 

La petite ville de Sigmarograd vit dans la terreur d’un tueur mystérieux, laissant derrière lui les cadavres de ses victimes complètement carbonisés. Isolée dans un marais fétide dont les eaux saumâtres attirent (de façon assez peu intuitive je dois dire) les comètes d’Azyr, ce qui a fait la prospérité de la cité, Sigmarograd se retrouve fort dépourvue maintenant que le light gheist s’en est (re)venu. Après avoir branché un honnête chercheur de fer pour se faire la main, le disjonctueur s’est mis à hanter les rues de la ville, avec un attrait particulier pour les membres de la famille Petrovovich. Nous suivons les événements se dérouler aux côtés d’Ivana, la testeuse de métal (assayer) municipale, dont l’affection, réciproque mais contrariée par des parents peu amènes, pour l’un des Petrovovich (Vassili), va placer malgré elle au cœur de l’intrigue. Espérant toujours le retour de son promis, engagé dans les armées de Sigmar depuis maintenant dix ans, Ivana semble être protégée des déprédations électriques de l’esprit vengeur, que ni la milice locale, ni les arquebusiers Duardin envoyés par la Guilde Ironweld protéger ses fournisseurs (et ses intérêts, par la même occasion), ne parviennent à mettre hors d’état de nuire.

 

Quand le Knight-Incantor Arnhault (déjà aperçu dans Sacrosaint, et donc reforgé de frais) arrive à son tour à Sigmarograd pour poursuivre son enquête sur les effets débilitants de la Reforge sur les Stormcast Eternals, les pièces du puzzle ne tardent pas à se mettre en place. Le sagace Arnhault parviendra-t-il à mettre fin aux ravages de son « ancien collègue », sans que ce dernier ne fasse de nouvelles victimes civiles, et en apprenant un peu plus sur la déperdition d’énergie et de mémoire qui frappe les Elus de Sigmar à chaque passage à la case l’enclume départ ? Pas évident… Pas évident du tout…

 

A Sending from the Grave m’a laissé avec un sentiment mitigé. Si Werner – à présent lancé dans une parenthèse russophone, après ses péripéties japonisantes – sait toujours comment embarquer le lecteur dans ses récits, cette nouvelle aurait à mon sens gagné à être plus courte et plus directe dans son approche. En premier lieu, la présence d’Arnault au casting ne tombait pas sous le sens, et tient plus du caméo raté1 que de l’arrivée du chevalier blanc. D’autre part, cela aurait donné une chance à la révélation finale sur laquelle Werner a bâti son récit de surprendre le lecteur. Au lieu de ça, le suspens est grandement éventé au fil des pages, et des révélations et supputations que les personnages émettent au fur et à mesure que le bodycount progresse. Si on ajoute à cela le fait que l’auteur n’apporte aucun nouvel élément fluff sur la malédiction de la Reforge, qui constituait, ou aurait dû constituer, si nous sommes honnêtes, la partie la plus intéressante de la nouvelle, la déception l’emporte largement.

 

1 : Peut-être encore marqué par sa propre Reforge, le Knight-Incantor se plante dans les grandes largeurs, le piège qu’il conçoit pour attirer le light gheist à lui ne fonctionnant pas des masses, et conduisant son « appât » à une mort peu enviable, juste avant que le Stormcast déformé – plutôt que réformé – n’aille se suicider sur un tas de caillou.

 

Flesh and Blood – R. Cluley [AoS]:

 

La vie est dure pour les habitants de Broken Cove, ville portuaire des Iles Trois Fois Maudites (Thrice Cursed Islands) du Royaume de Shyish. En plus des émanations délétères qui recouvrent fréquemment la cité, et apportent la pourriture pulmonaire (lung-rot) aux malheureux qui les respirent, le voisinage est également un problème, les goules de l’Île Muette (Mute Island) toute proche considérant les dodus et juteux citoyens de Broken Cove avec un sinistre intérêt. C’est pour cela que les autorités municipales ont institué un système de redevance charnelle, à travers lequel les malades, infirmes et vieillards de Broken Cove sont envoyés en pension sur l’Île Muette afin d’apaiser les appétits carnassiers des Mordants qui y résident. Ce système, dont notre héros, Loukas, est une des chevilles ouvrières, du fait de son rôle de takerman, a fonctionné pour un temps, jusqu’à ce qu’un beau matin, les goules décident de partir en virée au supermarché d’en face (il y a de grandes chances qu’elles le voient de cette manière en tout cas), et débarquent au port de Broken Cove depuis le navire qui était censé leur apporter le dernier chargement d’invalides.

 

Surpris, comme tous ses concitoyens, de la tournure prise par les événements, Loukas n’a d’autre choix que de prendre ses jambes à son cou, s’il veut garder les unes comme l’autre intacts. Dans une reprise post-apocalyptique de « Oh ! J’cours tout seul » (William Sheller1), notre maton à mi-temps se battra (un peu, et autant avec des goules qu’avec une milicienne dont il a eu la mauvaise idée de « recruter » le paternel quelques semaines plus tôt) et se cachera (beaucoup), en essayant vaguement de trouver les deux seules personnes qui comptent à ses yeux : la vendeuse de fleurs Amberyn à laquelle il faisait du bringue, puis, par défaut, sa vieille môman malade, dont il a dissimulé l’état pour ne pas qu’elle soit elle aussi envoyée en cure sur l’Île Muette. Malheureusement pour eux, Loukas s’avère être plus doué en phrases de dragueur beauf qu’en maniement des armes, et l’arrivée d’un groupe de goules passablement affamées jusqu’à son appartement du second étage2 viendra mettre un terme à ces touchantes retrouvailles de façon définitive. They only hit until you die. // After that you don’t ask why… (cos u ded)

 

Bizarre et inaboutie nouvelle que ce Flesh and Blood, avec lequel Ray Cluley signe des débuts contrastés pour la Black Library. Si le propos est indéniablement horrifique, dans la frange gore du concept, le lecteur se retrouve face à de nombreuses questions sans réponses après avoir fini cette soumission, qui tient plus de la course poursuite (perdue par le héros) dans The Walking Dead que du récit d’aventures dans les Royaumes Mortels. Ainsi, on ne saura pas pourquoi ni, surtout, comment (les cartes montrant bien la distance entre les Îles Trois Fois Maudite et l’Île Muette3) les goules se sont rendues à Broken Cove, qui est la Matriarche qui mène ses troupes, et pourquoi elle tient tant à allaiter un enfant humain (ce qui ne se passe pas très bien, comme on peut l’imaginer), ou plus généralement, quels sont les tenants et les aboutissants de l’intrigue. Mis à part Loukas, les autres personnages convoqués par Cluley apparaissent et disparaissent sans avoir d’impact sur l’histoire, à l’image de l’évanescente Amberyn, que l’on ne verra jamais vraiment de la nouvelle, ou la milicienne (non nommée) qui se fritte avec et contre le héros pendant un tiers du récit, avant de se faire boulotter hors champ par la random ghoul. Bref, et à moins que Cluley ne se décide à approfondir un peu plus son sujet avec ses prochaines soumissions – ce qui risque d’être difficile, tous ses personnages finissant Flesh and Blood littéralement estomaqués – je reste franchement sur ma faim. Un comble.

 

1: S’il avait choisi « Je marche seul » (Jean-Jacques Goldman), la nouvelle aurait duré 3 pages.

 

2 : C’est forcément le second étage. La chanson est formelle.

 

3 : À moins que Cluley ait confondu les cannibales dégénérés d’Age of Sigmar et les piratesses de Requiem.

 

The Summons of Shadows – D. Annandale [40K]:

 

Hakob Maltenus est un adepte de bas niveau sur le monde ruche en déréliction de Fumus, vivant seul depuis vingt ans et le « recrutement » de sa femme (Velya) et de ses fils jumeaux (Ballan & Ulys) dans les rangs de… la Garde Impériale, je suppose – même si l’intérêt de cette dernière d’intégrer des gamins de 10 ans dans ses rangs reste à prouver – alors que lui a bénéficié d’une exemption en raison de son corps de lâche et sa santé fragile. Quand on vous disait que c’est tous des planqués à la fonction publique territoriale. Quoi qu’il en soit, 20 ans c’est long, et il ne se passe pas un jour pendant lequel Hakob ne pense à sa famille disparue (surtout à Velya pour être honnête, il n’arrive plus trop à différencier les jumeaux), entre deux compilations de rapports aussi inutiles qu’obsolètes. The Imperium Dream en quelque sorte.

 

Cette monotone mélancolie est interrompue de la pire des façons lorsque Hakob se met à ressentir la présence de ses êtres chers, et plutôt en mode Resident Evil que Casper. Distrait dans son travail par ces sinistres épiphanies à répétition, notre scribe asthmatique finit par mettre la main sur un document faisant état de la destruction du vaisseau dans lequel sa smala a embarqué il y a bien longtemps, victime d’une grossière erreur administrative ayant conduit à l’explosion de ses réacteurs plasma. Sans doute un travail bâclé par un vacataire peu concerné, moi je dis. En tout cas, cette réalisation laisse notre héros tout chose, puisqu’elle signifie que non seulement il ne reverra plus jamais ses femme et enfants (il continuait à espérer, le faible), mais en plus, que ces derniers sont morts de la façon la plus stupide et inutile possible, et pas en servant l’Immortel Empereur sur le champ de bataille, comme il se le représentait. Bref, grosse ambiance sur Fumus.

 

Alors qu’il rentre chez lui après avoir terminé son service, Hakob continue de voir apparaître ses chers disparus à l’angle des rues ou au détour d’un virage, toujours de manière vaguement menaçante et totalement angoissante. Les préliminaires s’arrêtent lorsqu’une présence indistincte mais indubitablement hostile commence à se rapprocher en grognant de notre héros, qui tape alors son meilleur sprint (ce qui ne doit pas être fameux) pour aller s’enfermer dans la chambre vide de sa maison vide, pas pour écouter une symphonie ou regarder passer les oiseaux servo-crânes, non, mais pour échapper à un destin qui finira pourtant par le rattraper… et le manger. Vous vous en doutez, le poursuivant de Hakob n’était autre que l’esprit vengeur de ses proches, fusionnés dans une triplette mutante assez grotesque, et assez peu satisfaite du pater familias. Les repas de famille alors, quelle corvée parfois…

 

Publiée à l’origine dans le White Dwarf de Mai 2019 (et traduite en français sous le nom de L’Appel des Ombres), The Summon of Shadows est un très court format (7 pages) où la forme prend assez logiquement le pas sur le fond. Pour une histoire d’horreur, cela veut surtout dire qu’Annandale a intégré à son texte le plus d’éléments creepy possibles, avec une thématique spectrale fortement mise en avant. Si on ajoute à cela l’auto-clin d’œil qu’il fait à The House of Night and Chain avec une mention de Valgaast, où se déroule l’intrigue de ce roman, il ne reste guère de place pour traiter des questions aussi importantes que : « Pourquoi/comment les esprits de la famille de Hakob lui apparaissent-ils subitement ? », « Pourquoi lui en veulent-ils, alors qu’il ne semble être responsable ni de leur conscription, ni de la destruction de leur vaisseau ? », ou encore « Si la « matérialisation » des esprits dans un corps matériel fait suite au souhait formulé par Hakob, cela veut-il dire qu’il est un psyker, ou bien y a-t-il une tierce partie maléfique (et un peu troll) à l’oeuvre ? ». En définitive, on peut sans doute affirmer qu’Annandale aurait mieux réussi son coup s’il avait disposé d’un peu plus d’espace pour cadrer son récit, le choix de la vague présente menaçante (From the Halls, the Silence) ayant ses limites. Petite consolation pour les anglophones, j’ai trouvé le texte un poil meilleur en VO, comparé à la VF proposée dans le White Dwarf en question, qui sonnait trop artificielle pour que l’ambiance dérangeante esquissée par l’auteur prenne vraiment. L’horreur est un genre délicat…

 

***

 

En guise de conclusion, reconnaissons à Invocations, et à travers lui, à la gamme Warhammer Horror, une progression nette par rapport au recueil initial (Maledictions). La qualité globale de cet opus m’a ainsi semblé sensiblement supérieure, et, si je dois confesser que J. C. Stearns détient toujours la palme de la nouvelle horrifique la plus réussie de la GW-Fiction avec The Maraudeur LivesInvocations contient de bien solides soumissions (He Feasts Forever, Stitches, Blood Sacrifice, The Healer, Supplication). Une autre qualité de ce second volet est l’absence de travaux « décevants », état de grâce dont son prédécesseur n’avait pas bénéficié. Ainsi, et contrairement à ce que le line up proposé me faisait craindre, Invocations n’inclut que des nouvelles variant du « respectable » au « réussi », et constitue de ce fait le choix le plus judicieux pour qui souhaite donner sa chance à la littérature d’horreur made in Black Library. Attendons de voir si le dernier tome de cette trilogie fondatrice (Anathemas, Mars 2020) relève encore davantage le niveau…

 

Autre signe d’une plus grande maturité, ou en tout cas, d’une plus grande ambition de la BL par rapport à son nouveau terrain de jeu, les liens, plus ou moins évidents, établis entre les histoires se déroulant dans l’univers de Warhammer 40.000 (les mentions faites à Vargaast, où se trouve The House of Dark and Chain de David Annandale) et celles prenant place dans les Royaumes Mortels (Mhurghast, le Castle of Blood de C. L. Werner). Il est trop tôt pour établir si nous en resterons au stade du simple clin d’œil, ou si un effort éditorial plus conséquent sera entrepris par la Black Library pour créer une sorte de « meta-univers » horrifique dans chacune de ses franchises majeures, mais nous sommes quoi qu’il en soit en présence d’une initiative que je trouve louable.

 

Plus solide sur le fond et doté d’une (pour le moment positivement) intrigante unicité, Invocations marque donc une progression nette par rapport à son prédécesseur. On ne peut qu’espérer que l’ouvrage fera lui aussi l’objet d’une traduction française dans les mois à venir, comme cela a été acté pour Maledictions, afin que le public francophone puisse poursuivre son immersion dans les eaux troubles et glauques de Warhammer Horror.

 

Schattra, "let's call it a year"

 

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@Lami Pour pas trop polluer l'autre poste je te réponds ici. J'ai déjà commencé à m'attaquer à la lecture des romans en anglais mais n'empêche que je préfère largement lire en français quand c'est possible. Après oui j'ai plus trop d'espoir pour la traduction en VF du recueil mais j'ai espoir, la trilogie kal jerico est bien en train d'être traduite contre toute attente.

 

Sinon pour malédictions va voir sur la Fnac ou Amazon les deux sites donnent les sorties VF bien avant que la BL ne le signale, soit jamais.

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Et moi je réponds là. :P 

 

  Le 03/01/2020 à 15:35, Lami a dit :

Heu Malédictions a été traduit? oO J'ai pas vu et je ne le trouve pas sur le site de la BL. T'es sur de ton coups?

Développer  

 

Il sortira en VF à la fin du mois de Février (précommande disponible sur Amazon). Comme le dit @Rhydysann, ce n'est pas vers la BL qu'il faut se tourner en premier pour avoir les prochaines sorties françaises de la BL. Les grandes plateformes de distribution sont en position de force par rapport à un "petit" fournisseur comme la Black Library, et ne se soucient pas de respecter leurs modalités et planning de communication. Si tu vas sur le premier post du sujet ci-dessous, tu pourras cliquer sur deux bannières qui mènent sur le site d'Amazon et te donneront les infos les plus fraîches.

 

 

Schattra les bons tuyaux

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Impressionnant travail critique ! J'ai beau être fan avant tout des auteurs classiques de l'horreur (Lovecraft, King, Jean Ray...), les incursions répétées de la BL dans ce domaine sont louables. Même si ton compte-rendu m'a laissé une impression globale en demi-teinte sur la qualité de ces recueils, l'initiative reste à saluer. ^^

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  • 2 mois après...
  Le 06/01/2020 à 16:11, Oberon a dit :

Impressionnant travail critique ! J'ai beau être fan avant tout des auteurs classiques de l'horreur (Lovecraft, King, Jean Ray...), les incursions répétées de la BL dans ce domaine sont louables. Même si ton compte-rendu m'a laissé une impression globale en demi-teinte sur la qualité de ces recueils, l'initiative reste à saluer. ^^

Développer  

 

Merci pour ton retour @Oberon! Comme tous les recueils de la Black Library, il y a du bon et du moins bon, et il faut accepter d'être déçu par certaines nouvelles, mais c'est assez sympa globalement. And without further ado...

 

Jamais deux sans trois dit le proverbe, qui se trouve vérifié une fois encore par la sortie de ce troisième recueil de nouvelles de la gamme Warhammer Horror, faisant suite aux Maledictions et Invocations proférées quelques mois auparavant. Cette nouvelle publication démontre l’intérêt que la Black Library porte au segment horrifique, qui a bénéficié d’un suivi conséquent depuis le lancement de cette franchise l’année dernière. En ces temps de confinement où les distractions se font rares, un peu de lecture est la bienvenue, d’autant plus qu’il y a de fortes chances que les nouvelles contenues dans cette anthologie nous fassent relativiser notre situation. En matière de VDM, les Royaumes Mortels et le 41ème millénaire placent en effet la barre très haut, comme nous allons le voir plus loin.

 

Comportant 14 courts-formats, pour la plupart inédits à ce jour, Anathemas convoque quelques habitués de la gamme (Gray, Annandale, Werner, Strachan), qui signent avec ce volume une terrifiante passe de trois. D’autres figures connues (Hill, Hinks, Ozga) contribuent également à cet ouvrage collectif, mais, comme pour Maledictions et Invocations, l’attention du lecteur devrait se porter en premier lieu sur les nouveaux auteurs recrutés par la Black Library pour cette compilation, et en particulier sur les spécialistes du genre que sont Tim Waggoner et John Goodrich. Ce troisième volet s’affirmera-t-il comme le meilleur du lot? Nous n’allons pas tarder à le savoir, j’en ai bien peur.

 

anathemas.png

 

 

Hab Fever Lockdown – J. D. Hill [40K] :

 

anathemas.pngArvid et Tarja, couple de prolos de la cité ruche de Panxir, vivent une vie relativement heureuse dans le futur dystopique du 41ème millénaire. Lui travaille comme mineur de détritus dans les sous-sols de la cité, elle fait les 35 heures (par jour) à l’usine. Ils crèchent dans un appartement presque neuf et pas trop moisi d’une nouvelle spire résidentielle, où les refoulements de canalisation ne sont pas encore quotidiens, et où l’ambiance entre voisins est bonne1. Bref, si on fait abstraction de leur oppression absolue par un système productiviste totalement inhumain, les choses vont plutôt bien pour notre couple. Malheureusement, cela ne va pas durer.

 

Rentrant du boulot après une rude journée de labeur à piocher dans les sacs poubelles et les cartons usagés, Arvid trouve Tarja alitée dans leur piaule, victime d’une morsure de rat bilieux. « Quelle gourde » pense notre héros, qui, gentleman, rassure toutefois sa chère et tendre sur l’issue heureuse de ce mal passager. Après tout, personne n’est jamais mort de ce genre de petit tracas. L’état de Tarja ne s’améliorant cependant pas pendant la nuit, Arvid résout d’aller chercher du désinfectant et de l’ibuprofène à la pharmacie du coin, même si cela va dangereusement grever le budget, extrêmement serré, du couple. Qu’importe, il fera une double rotation à la mine pendant quelques temps, et avec un peu de chance, tombera sur un objet de valeur qu’il pourra revendre sur le marché noir, comme une portière de Clio par exemple2. Malheureusement, cette course chevaleresque est tuée dans l’œuf par l’imposition par les autorités d’une quarantaine pour raisons sanitaires (si vous lisez cette chronique en Avril 2020, vous devez l’avoir mauvaise). En effet, des sujets porteurs d’une maladie infectieuse grave ont débarqués sur la planète il y a quelques jours, et contaminés la population locale malgré les mesures drastiques prises par le gouvernement3, comme la dépressurisation sauvage du spatioport affecté (20.000 morts tout de même). Devant la progression du virus, le confinement a été décrété, et les citoyens sommés de rejoindre leurs habitations dans les dix minutes, sous peine d’une amende de 135€ de mort. Simple, efficace.

 

Ayant réussi à regagner ses pénates en esquivant les balles, Arvid est néanmoins bien embêté. La fièvre de Tarja empire, et le frigo est déjà quasiment vide. Après un jour à piétiner dans son 8m2 sans fenêtre, il n’y tient plus et décide de sortir pour aller chercher un remède chez un revendeur de ses connaissances, deux étages plus haut. Si l’aller se passe sans problème, et que l’apothicaire/barman accepte de lui fournir de l’antiseptique sans rechigner, le retour est beaucoup plus compliqué. D’une, Arvid réalise avec horreur que son interlocuteur, ainsi que les clients du bar clandestin que ce dernier opère, ont tous attrapé la fameuse maladie dont les autorités font mention. De deux, il doit s’accrocher à une gouttière à 487 mètres au dessus du sol pour éviter de se faire repérer et abattre par une patrouille d’Enforcers faisant sa ronde dans le quartier. Lorsqu’il arrive enfin à bon port, il croit pouvoir profiter d’un peu de répit auprès de son aimée…

 

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Petite nouvelle d’ambiance sympathique de la part de Justin D. Hill, qui parvient en quelques pages à brosser un tableau saisissant et désespéré de la vie dans une cité ruche… et ce avant même que l’horreur fasse son entrée dans son récit (ce qu’elle fait à travers le twist final de la nouvelle). Le lecteur ressort de Hab Fever Lockdown avec un rappel sans frais que, finalement, la vie « normale » des sujets de l’Imperium n’est guère éloignée d’un scénario de film d’horreur, particulièrement pour les masses laborieuses se tuant littéralement à la tâche dans les cauchemardesques cités-ruches du 41ème millénaire. Un job abrutissant et très dangereux, un proche qui tombe malade à la suite de la morsure d’un parasite, des forces de l’ordre qui imposent une quarantaine à coup de chevrotine, une maladie contagieuse et sans doute mortelle qui se répand de blocs en blocs… Pour nous, millenials fragiles, ce serait la descente dans la psychose assurée, alors que pour le stoïque Arvid, c’est simplement un jeudi4. Le style sans fioritures de Hill sert très bien son propos, et facilite l’entrée dans le quotidien sordide de nos héros, et si l’usage de la deuxième personne du singulier (déjà mis en œuvre par David Annandale dans The Hunt // La Traque) n’a ici pas de conséquences en termes d’intrigue, l’effet fonctionne efficacement et renforce encore l’impression du lecteur d’assister en direct à la scène. D’ailleurs, je vous conseille vivement de lire cette nouvelle pour vous en faire une idée, le résumé ci-dessus ne rendant pas vraiment justice à l’atmosphère que l’auteur parvient à insuffler à son récit. Bref, une soumission des plus solides de la part de Hill, qui démontre qu’il est aussi à l’aise avec les affaires civiles qu’avec les choses militaires (Cadia TiendraCadian Honour…). Voire peut-être plus.

 

1 : La preuve, il y a toujours une bonne âme pour répandre du sable sur la chaussée pour éviter que les gens glissent. C’est ce genre de petits détails qui font le charme du quartier.

 

2 : 38 millénaires après l’arrêt de sa production, il s’agit toujours du modèle véhicule le plus volé dans l’Imperium. Une preuve indubitable de qualité.

 

3 : Pas assez sévèrement appliquées cependant, les nantis ayant pu se rendre dans leurs maisons de campagne avant que le confinement ne soit mis en place. Les leçons du lointain passé n’ont apparemment pas été retenues.

 

4 : Et je parie qu’après avoir réglé son problème conjugal, il est allé retourner bosser comme si de rien n’était à la levée du confinement. Ces factures d’eau ne vont pas se payer toutes seules !

 

Suffer the Vision J. Ozga [AoS] :

 

anathemas.pngDans les collines de Ghur, un chasseur de sorcières anonyme accompagné de trois mercenaires barbares locaux (Grar, No’Grok et Rhunkhal) tombe sur les restes mutilés de la bande de cultistes chaotiques qu’il traquait depuis quelques temps. Victimes d’une attaque d’ours ronchon, les proies de notre zélote masqué (il se balade avec un casque intégral imitant celui d’un Stormcast Eternal, en bon fanboy de Sigmar qu’il est1) ne sont plus en état de corrompre qui que soit, mais lorsque ce dernier détermine qu’un enfant les accompagnait, sans pouvoir trouver son cadavre dans le campement ravagé, sa conscience professionnelle le force à pousser les recherches jusqu’à un village tout proche. Arrivant dans un véritable havre de paix, dont les habitants vaquent paisiblement à leurs occupations sans crainte des déprédations des tribus chaotiques qui écument pourtant la région, nos pisteurs se persuadent rapidement que le tableau est bien trop idyllique pour ne pas dissimuler une vérité hideuse. Appliquant ce bon vieux principe de précaution persécution, le héros décide donc de réduire la paisible communauté en cendres. On n’est jamais trop prudent. Cette bonne résolution prise, il tombe en syncope, expérimente quelques visions fiévreuses, et revient finalement à lui au milieu d’une situation tendue.

 

Le moment de faiblesse de leur boss a en effet mis les mercenaires sur les dents (taillées en pointes), les menant à considérer la nourriture que leur avaient apporté les anciens du village comme empoisonnée. Ce possible malentendu (le héros ayant un passif de migraines débilitantes, qu’il considère comme la preuve que Sigmar s’intéresse à ses faits et gestes) a déclenché un affrontement en règle entre les locaux et les visiteurs, remportés de haute lutte par les seconds, mais au prix de la vie du fidèle Rhunkhal, abattu d’une flèche. Les villageois s’étant repliés dans les bois, le chasseur de sorcières a tout le temps de juger les trois anciens capturé par ses comparses. Et plutôt que de s’embêter à mener un interrogatoire serré des suspects (boring !), il préfère les paratonnerriser – c’est comme une crucifixion, sauf que les mains de la victime sont maintenues au-dessus de sa tête par un pieu métallique les traversant. Le principe est très simple : il suffit ensuite d’attendre qu’un orage se déclare, et qu’un éclair frappe la tige de métal. Si le foudroyé voit son âme confisquée par Sigmar, c’est qu’il était innocent. Sinon, il était coupable. Dans tous les cas, il est mort, mais on ne va pas s’arrêter à ce genre de petit détail, pas vrai ?

 

La nuit passe donc dans une ambiance électrique, les trois suppliciés étant tous reconnus coupables, l’un après l’autre, sans avoir cependant confessé grand-chose d’utile au Torquemada des Royaumes Mortels. Au moins, le spectacle est au rendez-vous car l’incendie qui s’étend depuis l’arbre où sont poinçonnés les suspects jusqu’aux maisons aux alentours produit des flammes de couleur pas vraiment réglementaires. Sans doute enragés de voir leurs aînés finir en marshmallow et leurs logis partir en fumée, les villageois font cependant une autre tentative pour chasser les intrus, sonnant méchamment notre héros et provoquant une commotion cérébrale sévère chez No’grok. Devant cette fronde et ces frondes, le vertueux trio décide de se replier dans la tour abandonnée qui se trouve à l’entrée du village, seul bâtiment en pierre et défendable aux alentours, grâce à la diversion procurée par la pétoire enchantée du héros. Le répit que lui et ses sbires trouvent à l’intérieur est toutefois de courte durée, les Primozoulinois en délire venant mettre le siège au refuge des vertueux défenseurs de la foi. Sans d’autres options à leur disposition, ces derniers en sont réduits à emprunter les escaliers menant vers les sous-sols, d’où le sorceleur masqué à cru entendre monter une voix d’enfant.

 

Laissant No’grok faire tampon dans une embrasure de couloir trop étroite pour sa carrure d’Ogor, Grar et son patron finissent par déboucher, après avoir parcouru des kilomètres de galeries, dans la tanière de l’ours responsable du massacre du début de la nouvelle. Tout est dans tout, et inversement2. Le plantigrade, aussi maussade que muté3, fait mauvais accueil aux intrus, blessant à mort Grar avant de tomber sous la balle (il ne lui restait plus qu’un tir) du héros. C’est alors que le récit, déjà assez obscur, atteint un nouveau niveau de cryptisme (certes assez poétique). Notre chasseur de sorcières découvre qu’une jeune fille – celle qu’il cherchait depuis le début de la nouvelle – cohabitait avec le monstre. Elle lui touche le front et son mal de crâne persistant disparaît miraculeusement. Après avoir réalisé que son père, qu’il tenait pour un saint homme, était un vrai salaud (il n’est jamais trop tard pour une petite thérapie), il décide de la prendre sous son aile, et les deux compagnons partent à travers un portail qui semble déboucher sur le Labyrinthe de Cristal de Tzeentch. The f*ck did I just read ? En tout cas, c’est sur cette image poético-tragico-nonsensique que se termine notre récit. Charge au lecteur de faire sens de tout ça.

 

Fidèle à son approche de la GW-Fiction, Jake Ozga livre à nouveau un récit envoûtant, mais loin d’être exempt de tous reproches d’un point de vue strictement narratif, ce qui affaiblit quelque peu ce Suffer the Vision. L’auteur convoque en effet plus d’éléments (potentiellement) importants pour l’intrigue qu’il ne se donne la peine d’en justifier la présence, laissant le lecteur combler les vides et les non-dits du scénario de la nouvelle. Quel est le rapport du narrateur avec ses parents et avec le chasseur de sorcières qui l’a recueilli (et qui semble être finalement un très sale type) ? Pourquoi ce dernier collectionnait-il les apprentis ? Cela a-t-il un lien avec les migraines sanglantes qui affligent le héros ? Et peut-il vraiment convoquer des orages pour rendre ses jugements (ou est-il l’esclave des bulletins météo pour faire son travail) ? Qui les habitants du village vénèrent-ils (il semble que cela soit Tzeentch, mais ce n’est confirmé nulle part) ? Sont-ils conscients/responsables de la création de l’ours-garou, qui semble les protéger du monde extérieur ? Quel usage font-ils des enfants qu’ils placent dans les souterrains ? La nouvelle se termine-t-elle sur le départ du héros et de son acolyte vers les Royaumes du Chaos (je l’interprète comme ça en tout cas) ? Bref, beaucoup de questions laissées sans réponses, ou de manière trop cryptique pour moi. C’est dommage car Ozga a vraiment du style, et que l’on suit avec plaisir les errements du chasseur de sorcières épileptique qui lui sert de héros. Mais si la forme est satisfaisante, il faudrait que le fond ne laisse pas trop à désirer non plus.

 

1 : Son but dans la vie est d’ailleurs de devenir un Stormcast lui-même, en attirant le regard du Roi Dieu sur ses actions prosélytes et souvent meurtrières. Notice me Sigmar-senpai! 

 

2À ce stade, j’avais arrêté de me poser des questions, mais les principales sont listées dans le paragraphe ci-dessous, si vous le souhaitez.

 

3La description qu’Ozga en fait m’a rappelé la faune divine de ‘Princesse Mononoke’, influence que je n’ai pas retrouvé ailleurs dans la nouvelle.

 

A Threnody for Kolchev – D. Hinks [40K] :

 

anathemas.pngAppelé à son chevet par le compositeur Johann Kolchev, interné d’office dans le sanatorium pour gens riches et puissants dont la famille n’a pas intérêt à ce qu’ils meurent trop vite du bon docteur Morfran, le musicien Varamis se rend sur place. Après quelques négociations avec le docteur en question, et une bonne heure de marche pour se rendre devant la cellule de son ancien mentor (pensez à installer des tapis roulants les gars !), il est – enfin – introduit en la présence du maestro. Ce dernier, sujet à une cure d’électrochocs sensés lui inculquer la crainte de l’Empereur, a été horriblement défiguré dans l’incendie de son domicile, événement ayant provoqué son internement. Tiré de son douloureux coma par Morfran, le compositeur déchu peut enfin délivrer son message à Varamis.

 

Il s’avère que Koko a très mal vécu la dernière représentation donnée par cet arriviste de Zelter au théâtre de Valgaast (wink wink), le génie manifeste de la composition de son jeune rival l’ayant douloureusement confronté à sa propre nullité (supposée). Pensez à Saliari découvrant Mozart dans le film de Milos Forman et vous aurez une bonne idée de la situation. Après s’être descendu trois fois de suite la spire de la soif – ce qui nécessite une certaine endurance – pour noyer son chagrin, Kolchev finit par atterrir dans la boutique d’un luthier minable, où il fait l’acquisition d’un dulcimer1 en argent à vil prix auprès d’un individu louche, après avoir été frappé par l’inspiration en jouant ‘Bali Balo’ sur l’instrument.

 

Rentré chez lui avec son précieux sous le bras, Kolchev passe les jours qui suivent à composer fiévreusement sur son dulcimer, persuadé d’avoir retrouver l’inspiration qui lui avait valu ses premiers lauriers. Satisfait de son œuvre, il finit par inviter Zelter à dîner pour lui jouer sa nouvelle création, à l’émerveillement non feint de son hôte. La joie de Kolchev à la suite de ce succès retombe cependant brutalement lorsque Zelter prend le micro les marteaux pour jouer à son tour un petit air, qui s’avère être bien supérieur à la ritournelle du vieux maître. Désespéré, ce dernier fait mine de jeter son dulcimer dans la cage d’escalier pour s’en débarrasser (les ravages de la jalousie), ce qui provoque la mort accidentelle de Zelter lorsqu’il tente de rattraper le précieux instrument au vol, et va s’écraser avec lui en contrebas. Au moins, le clavecin portatif n’a pas souffert de la chute.

 

Paniqué par la tournure tragique prise par les événements, Kolchev dissimule le cadavre dans une pièce secrète de son manoir, avant de recommencer à jouer sur l’instrument, pris d’une inspiration qu’il ne peut totalement expliquer. Ayant réalisé que le dulcimer avait mémorisé la composition de Zelter, il finit par suspecter que l’objet n’est pas ce qu’il semble être, mais se trouve dans l’incapacité de se soustraire à son emprise néfaste. Pire, comprenant que le dulcimer se nourrit du génie de qui en joue (et étant complètement à sec de ce côté depuis longtemps), il finit par inviter un autre compositeur reconnu, Demetrias, auquel il arrive également un fâcheux accident au moment du dessert.

 

Réalisant enfin qu’il se trouve sur une mauvaise pente, qu’aucune orchestration novatrice de Wonderwall ne pourra jamais justifier, Kolchev se résout à faire disparaître les corps et les cordes en y mettant le feu, mais s’y prend tellement mal qu’il finit lui-même en torche humaine, tandis que le dulcimer échappe au brasier grâce à ses pouvoirs démoniaques et ses propriétés ignifuges. Jugeant qu’il est de sa responsabilité que l’instrument maléfique soit détruit une fois pour toutes, Kolchev implore son ami d’aller finir le travail en se rendant à son domicile (ou plutôt celui de son père, Koko n’ayant toujours pas pris son indépendance malgré ses 60 ans bien tassés), ce que Varamis accepte…

 

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Hinks fait des débuts cultivés (pouce vert si toi aussi tu as dû googler « threnody » (thrène en français) pour savoir ce que ça voulait dire) et classiques dans la gamme Warhammer Horror avec cette nouvelle reprenant le thème bien connu de l’objet maléfique conférant à son possesseur des pouvoirs extraordinaires, mais au prix d’actes ou de conséquences maléfiques (La Patte de Singe, Le Veston Ensorcelé). En choisissant de décliner cette intrigue dans le registre musical, peu commun pour Warhammer 40.0002, Hinks donne à son propos un exotisme certain, et, même si la chute de la nouvelle ne surprendra pas grand monde, on doit tout de même reconnaître à l’auteur une soumission propre et nette, à défaut d’être originale et véritablement angoissante.

 

1 : Ca ressemble à ça. Peut-être que Hinks a choisi cet instrument en raison de sa proximité avec ‘Lucifer’ ?

 

2 : On se souviendra de ‘The Carrion Anthem’ de David Annandale, qui a également exploré le sujet (et les dangers) de l’orchestration dans les ténèbres amusiques et amusées du futur lointain.

 

These Hands, These Wings – L. Gray [AoS] :

 

anathemas.pngSi vivre dans un donjon n’est pas facile quand on est une fille de onze ans qui a la pneumonie, vivre dans une ferme de Shyish quand on est un garçon de treize ans, orphelin de père et de mère et recueilli par un oncle sociopathe et alcoolique, n’est pas non plus aisé. Frappé par ce sort peu enviable, notre héros, Myles, essaie tant bien que mal de s’adapter à la dureté de son nouveau quotidien, entre brimades incessantes de la part de son tonton Ourii et conséquences, variant du morose au mortel, du dernier nécroséisme provoqué par ce fripon de Nagash.

 

Victime des conditions climatiques détestables des derniers mois et d’une pénurie de main d’œuvre inquiétante, Ourii envoie un beau violet matin son neveu faire mission d’épouvantail1 dans son champ de maïs, afin d’en éloigner les corbeaux qui picorent les maigres récoltes en devenir, les pièges installés aux alentours ne s’étant pas révélé très efficaces. Myles, qui de son propre aveu est encore un grand bébé, accepte la mission plus par peur de sévices corporels que par gaieté de cœur, et se découvre une certaine sympathie pour la gent emplumée, dont la solidarité collective contraste douloureusement avec sa situation de paria. Ayant passé la journée à observer et baptiser les membres de la volée de corbeaux contre laquelle Ourii l’avait envoyé, il finit même par partager avec eux son maigre déjeuner. Revenu à la ferme le soir venu, et dans l’attente que son oncle lui apporte les restes de son dîner, comme il en a l’habitude, Myles se perche sur une branche et se met à rêver de devenir Corax. Mal lui en prend car lorsqu’Ourii finit par sortir lui donner royalement la carcasse de poularde rôtie qu’il a englouti pour son souper, l’attitude proprement volage de l’adolescent lui vaut une bonne raclée, tellement sévèrement appliquée que Myles en perd une dent (qu’il garde toutefois contre son oncle).

 

Levé avant l’aube le lendemain pour aller retrouver ceux qu’il considère comme étant ses nouveaux amis (les drames de l’enfance malheureuse), Myles brave un brouillard de mauvais augure pour aller rejoindre son poste, et a la douleur de découvrir que le Vieux Borgne, patriarche protecteur de la volée, s’est pris l’aile dans un collet, et gît en piteux état à proximité du champ. Déterminé à intervenir, notre héros décide qu’un bon petit-déjeuner réglera sans doute le problème et va cueillir un épi pour nourrir l’oiseau blessé. Malheureusement, les rejets non contrôlés de magie nécromantique par la Nagash Corp. ont eu un effet délétère sur les cultures alentours, et au lieu de grains de maïs, ce sont des dents qui garnissent la rafle2. Cela ne décourage cependant pas le Vieux Borgne de déjeuner sur le pouce, ou la serre dans son cas, en béquetant l’intérieur de la tige qui lui est proposée, et se révèle être convenablement protéinée. Les vegans en rêvaient, Nagash l’a fait : de la viande végétale. Ça mérite un prix Nobel.

 

Collation et découverte sont cependant interrompues par l’arrivée impromptue d’Ourii et de sa fidèle pelle, qui scellent le sort du pauvre corbeau estropié, à la grande horreur de Myles. Guère touché par le souci que son oncle semblait se faire pour lui, l’ado rebelle attaque au contraire son tuteur après que ce dernier ait fracassé le crâne de l’oiseau. L’histoire se serait mal terminée pour notre héros, auquel le sanguin Ourii n’aurait pas hésité à rouler une pelle pour lui apprendre la vie, sans l’intervention du reste de la volée de corbeaux, qui fond sur le paysan furibard et commence à lui prélever des échantillons de tissus mous (mouchoirs, cravate, oreille et œil). Myles profite de cette distraction salutaire pour récupérer la bêche qu’Ourii a laissé bêtement tomber pour terminer proprement le travail, réduisant son oncle en engrais biodégradé en quelques minutes. Voilà qui devrait améliorer les rendements. Ceci fait, il ne reste plus à notre apprenti Raven Guard qu’à suivre sa famille d’adoption en battant des bras et en croassant à plein gorge, signe manifeste d’un équilibre mental parfaitement préservé. Comme quoi, les Anglais ne se sont pas trompé en appelant un rassemblement de corbeaux murder

 

Gray signe à nouveau une très satisfaisante nouvelle horrifique, se concentrant cette fois-ci sur l’atmosphère de sa pièce plutôt que sur son intrigue (comprendre que, contrairement à He Feasts Forever, le récit se termine sans grande surprise ou révélation pour le lecteur). À rapprocher de La Petite Marchande d’Allumettes d’Andersen, conte tragique avec lequel These Hands, These Wings (encore un titre d’une classe folle à mettre au crédit de Gray !) partage son schéma narratif : un héros innocent et en grande difficulté, et qui sera condamné plutôt que sauvé par les rares événements positifs se produisant au cours de l’histoire. Oui, cette nouvelle tire un peu sur la corde du pathos, mais une fois de temps en temps, on ne va pas s’en plaindre. Comme c’est le cas avec les nouvelles d’ambiance de la gamme Warhammer Horror, je ne peux que vous recommander de lire These Hands, These Wings (en espérant que la BL traduise le recueil un de ces jours/mois/années), auquel cette critique humoristico-factuelleTM ne fait pas honneur. Pas étonnant que les éditeurs d’Anathemas ait choisi de baser l’illustration de couverture de l’anthologie sur cette nouvelle, qui se révèle être l’une des plus abouties du lot.

 

1 : Les véritables épouvantails ayant une fâcheuse tendance à s’animer et à attaquer leurs propriétaires dans le merveilleux royaume de Shyish (particulièrement à proximité de Murghast, que Gray n’oublie pas de citer au détour d’un paragraphe), Ourii a pris la sage et luddiste décision de remplacer la machine, ou en tout cas l’artefact, par de la main d’œuvre.

 

2 : Un mal pour un bien vraiment. Ourii n’a plus qu’à devenir prothésiste dentaire, ou producteur d’ivoire, deux activités sans doute plus rentables que le maraîchage.  

 

Vox Daemonicus – J. Forster [40K] :

 

anathemas.pngExerçant la noble et utile profession de boucher (ou groxier, 41ème millénaire oblige) sur un monde ruche, Josun rentre du travail avec son jeune fils Markus lorsque le système sono que l’Ecclésiarchie a installé dans les rues se fait soudainement hacker, provoquant la surprise des passants. Après quelques secondes du concerto d’épée tronçonneuse en si bémol, une voix sinistre salue les seigneurs de la nuit (Ave Dominus Nox) avant d’annoncer aux citoyens bouche-bée qu’ils arrivent. L’identité de ces « ils » n’apparaissant pas clairement à nos braves civils – tout le monde n’a pas la chance d’avoir accès à la Black Library – ces derniers décident sagement de déclencher une émeute pour retourner à leur domicile dans une fuite éperdue. Choisissant dans un premier temps de se planquer dans leur échoppe le temps que les choses se calment, et ayant échappé à une arrestation sommaire de la part d’un duo d’Enforcers1, s’étant miraculeusement trouvé des priorités plus pressantes que le coffrage de deux quidams coopératifs, comme aller au secours d’un collègue pris en embuscade par une bande de black blocks vindicatifs, père et fils laissent ainsi passer quelques jours, avant que le manque d’eau et de nourriture2 ne les contraigne à reprendre la route de leur appartement.

 

Malgré le soin pris par Josun pour éviter les mauvaises rencontres, nos deux héros se retrouvent pris malgré eux dans une opération de maintien de l’ordre brutalement exécutée par une patrouille d’Enforcers, qui n’hésitent pas à abattre les civils prisonniers d’une bande d’affreux casseurs après avoir réglé leur compte à ces derniers. Motif : l’Inquisition ne veut pas prendre de risque avec les auditeurs du Vox Daemonicus (le podcast pirate des Night Lords), dont la simple écoute peut suffire à corrompre même l’âme la plus vertueuse (un peu comme Despacito). Sans autre option que la légitime défense, Josun et Markus parviennent à se débarrasser des apprentis Judges Dredd, permettant au père de récupérer l’uniforme de l’un des officiers pour faciliter leur progression dans l’enfer urbain qu’est devenu la cité-ruche. Enfin arrivés devant leur tour d’immeuble, le duo doit encore négocier un trio de cambrioleurs occupés à fouiller leur F3, avec l’aide providentielle d’une Enforcer démissionnaire du nom d’Yronne Lam (celle-là même qui avait tenté de les arrêter quelques jours plus tôt). Les charognards refroidis, Josun, Markus et Yronne prennent le chemin de la Cathédrale de l’Aube, où la Chanoinesse Haunild organise une journée porte-ouverte au bénéfice des nombreux nécessiteux touchés par cette crise. Prévoyant un afflux d’indigents supérieur aux stocks constitués par les bonnes sœurs, Haunild a toutefois précisé dans son faire part radiophonique que l’offre ne s’adressait qu’aux familles avec enfant, ce que Markus est (à son grand agacement) encore…

 

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Les débuts de James Forster dans la GW-Fiction ne sont malheureusement pas à marquer d’une pierre, ou plume, blanche. Bien que son idée de départ (les méthodes de recrutement particulières des Night Lords) soit intéressante3, sa mise en œuvre pêche sur plusieurs points, faisant de Vox Daemonicus une lecture dispensable. Premièrement, le duo de personnages principaux ne m’est pas apparu comme particulièrement attachant, ce qui est rédhibitoire pour le genre horrifique, où une certaine empathie doit être ressentie envers le héros.  Deuxièmement, la préparation de la conclusion de l’histoire est réalisée de façon assez grossière, la petite dédicace balancée par les Night Lords en début de nouvelle éventant une grande partie du suspens, et l’absence de participation active de ces maîtres de la guerre psychologique apparaissant comme une occasion manquée dans une histoire Warhammer Horror. Troisièmement, les péripéties occupant Josun et Markus entre le déclenchement de l’émeute et leur arrivée au couvent, si elles ont chacune leur utilité pour l’intrigue, m’ont semblé s’enchainer avec une certaine indolence, ce qui ne contribue pas à faire monter la pression pour le lecteur. Au final, Vox Daemonicus se termine sans avoir vraiment mis ce dernier mal à l’aise (en tout cas en ce qui me concerne), ce qui est dommage au vu du passif des forces en présence.

 

1 : Au motif du non-respect de la « quarantaine intellectuelle », entre autres crimes haineux. C’est 25 ans de colonie pénitentiaire minimum, ça.

 

2 : Apparemment, on ne peut pas faire de tartare de grox, sinon ils auraient pu attendre M42 peinards.

 

3 : À défaut d’être totalement originale, Peter Fehervari l’ayant déjà exploité dans son ‘Nightfall’ (‘Heroes of the Space Marines’).

 

Skin Man – T. Waggoner [40K] :

 

anathemas.pngLa fraîche et accorte Marceline (oui, Marceline) se fait un sang d’encre pour son époux Cole, qui a déserté le logis depuis maintenant 6 jours, la laissant, elle et les deux jeunes enfants du couple, dans une situation précaire. Cole est en effet archéologue/ferrailleur/récupérateur de stuff dans la cité de Lowtown, et son métier le pousse à explorer les quartiers en ruines de la ville à la recherche d’objets de valeur qu’il pourra ensuite revendre sur le marché local. La planète sur laquelle Lowtown est située ayant été construite avec des cloisons (sur le Warp) très fines, l’occupation est des plus périlleuses, car une bonne partie de la cité est hantée par des entités démoniaques aux oreilles sensibles et au caractère grincheux. Cole ne s’étant jamais absenté plus de trois jours consécutifs dans ses virées de chinage, Marceline décide d’aller rendre une visite à l’acquéreur habituel – Darrick – des trouvailles de son époux à la Croisée des Chemins, le Carrefour de la communauté.

 

Sur place, elle ne reçoit malheureusement pas de nouvelles fraîches sur les faits et geste de son homme, mais seulement une proposition de mise en ménage brutalement honnête de la part du grossier grossiste, dont la réputation de tout régler cash n’est pas galvaudée. Cette situation gênante est toutefois interrompue par l’arrivée de la vieille folle du cru, qui met Marceline sur la piste de Cole. Ce dernier aurait en effet confié à la bigote édentée qu’il ne pouvait pas prendre deux minutes pour discuter de son seigneur et sauveur l’Empereur de l’Humanité1, car il avait une course à faire sur la Black Lane, soit littéralement l’endroit le plus mal famé et dangereux de tout Lowtown, où rôde notamment l’infâme Skin Man… Il en faut cependant plus pour décourager notre héroïne, qui décide d’aller tirer son mari du mauvais pas dans lequel il s’est très probablement fourré.

 

Une fois engagée sur la funeste rue, qui suinte tellement le vice que même le macadam en est tout chose, il ne faut pas longtemps pour que Marceline fasse une mauvaise rencontre, en l’occurrence une bande de petites goules faméliques, bien décidées à ne pas sauter leur quatre heures, comme elles ont dû le faire les 28 millénaires précédents. Au terme d’un sprint parfaitement négocié, elle parvient toutefois à les semer en se précipitant à l’intérieur d’une bâtisse décrépite, où est entreposé du matériel médical à la propreté douteuse. Et pour cause, elle vient d’entrer dans l’officine du Skin Man, qui, après l’avoir complimenté sur son chrono et son finish, s’approche doucement pour discuter affaire. À l’origine médecin militaire2 dans le conflit local ayant opposé l’Imperium au Chaos, il fut corrompu par les Puissances des Ténèbres pour devenir une créature démoniaque, combattant sa gangrène tenace en remplaçant les parties défectueuses de son organisme avec celles des malheureux lui tombant sous la main. Malheureusement pour Cole, sa séance de lèche vitrine sur Black Lane le mit nez à nez avec le Skin Man… qui lui en préleva un bout (c’est d’ailleurs comme ça que cette physionomiste de Marceline comprend ce qu’il est arrivé à son époux), ainsi qu’un œil, la lèvre supérieure, et peut-être la pommette gauche. Bref, Cole a été dispersé façon puzzle et ses bits mis à profit par l’ancienne entité, qui se montre toutefois ouverte à un marché : remettre le malheureux sur pied en échange d’une juste compensation, bien sûr.

 

Prête à tout pour voir revenir son épars époux, Marceline accepte le deal, et donne la main (gauche) à pépé patchwork, qui s’empresse de la lui arracher (les scies, c’est pour les lopettes) afin de remplacer son propre appendice, arrivé en bout de course. Une cautérisation au prométhéum plus tard, il n’y paraît presque plus rien. Se réveillant quelques minutes plus tard à la sortie de la Black Lane, Marceline doit maintenant ramener au Skin Man les composants nécessaires à la restitution des éléments constitutifs de Cole, ce qui revient à trouver une nouvelle victime au dépiauteur de Lowtown…


 

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Très bons débuts de Tim Waggoner dans la GW-Fiction avec ce positivement malaisant Skin Man, qui permet à cet auteur établi de donner sa vision des (forcément) difficiles relations qu’entretiennent les habitants du Materium et de l’Immaterium. Il est plaisant de lire un récit d’horreur écrit par un spécialiste du genre, qui arrive en quelques lignes à instiller une atmosphère lourde et tendue à son histoire (mention spéciale à l’arrivée de Marceline dans la Black Lane, que j’ai trouvée vraiment bien mise en scène), en suggérant plus qu’en ne décrivant les périls guettant l’héroïne. Une autre bonne trouvaille de Waggoner aura été de faire du Skin Man, non pas une abomination décérébrée écumante de rage, mais un personnage, certes intrinsèquement dangereux et maléfique, doué de parole et de raison, avec lequel il est possible de marchander. La conclusion macabre de la nouvelle est également très bien trouvée, en ce qu’elle permet de remettre en question l’interprétation du lecteur de l’horreur de la situation de Marceline et de sa famille : au fond, ce n’est pas la mutilation qu’elle a subie, ou le retour de son mari sous forme de zombie qui est le plus terrible, mais sa décision de faire comme si tout cela était normal. Les enfants du couple en seront quitte pour des années de thérapie, s’ils survivent jusqu’à l’âge adulte, s’entend. Efficace, maîtrisé et bien intégré dans le lore de 40K (plus que les soumissions des autres auteurs spécialisés sollicités par la BL pour Warhammer Horror en tout cas), Skin Man mérite le détour et la lecture pour tous les amateurs de récits dérangeants.

 

1 : Si vous vous étonnez du manque de considération que les Lowtowniens ont pour la chose religieuse, sachez qu’ils ont une bonne raison pour cela. Leurs ancêtres sont les colons malheureux laissés sur place par l’Imperium après que les démons de la planète se soient faits botter les fesses… malheureusement pas de façon définitive. Le syndic s’est montré injoignable depuis, Malcador ayant laissé un faux numéro.

 

2 : Médecin d’un genre un peu particulier, puisque chargé de rafistoler les blessés en prélevant des organes aux vivants (et non aux morts).

 

A Deep and Steady Tread – D. Annandale [AoS] :

 

anathemas.pngC’est jour d’exécution publique à Everyth, ville de Ghyran où la vie ne gagne donc pas toujours à la fin. La liesse populaire, bien compréhensible, n’est cependant pas partagée par Velaya et Beretice Navaan, respectivement fille et femme de la victime de l’assassin qui répondra de ses crimes aujourd’hui. Le meurtre du brave Mr Navaan, retrouvé en train de barboter dans un caniveau quelques jours plus tôt, leur pèse en effet lourdement, bien que la veuve semble moins affectée que l’orpheline par cet odieux forfait. Coupable avoué de ce dernier, Jerek Holforn, scion d’une autre puissante famille de la ville avec laquelle les Navaan sont en bisbille depuis des temps immémoriaux, est amené au bloc par nul autre que Krentz Navaan, fils du défunt et bourreau de circonstance, après avoir servi de tortionnaire pour extorquer au scélérat ses aveux circonstanciés. Après tout, l’adage dit bien que quand on veut que les choses soient bien faites…

 

Sanglé dans une bride porcine l’empêchant de prêcher son innocence de façon intelligible, le malheureux Jerek finit la journée raccourci d’une bonne tête, après que Krentz ait accompli son sanglant office – il lui aura fallu deux tentatives tout de même, preuve que la décollation est un art délicat –. Plus sensible que sa parentèle, Velaya a bien du mal à se réjouir que justice ait été rendue, quand bien même le maire d’Everyth a promis à sa mère à la fin de la cérémonie de poursuivre les investigations portant sur le reste des Holforn. Une des clauses du jugement rendu dans cette affaire condamnant en outre les Holforn à céder leur manoir à la partie lésée, Velaya a toutefois l’occasion de se changer les idées en accompagnant son frère à la remise des clés, prévue le lendemain de l’exécution. Surprise : l’état des lieux révèle que les précédents propriétaires se sont tous entre-tués, servants compris, ce qui n’a pas l’air de toucher ni surprendre beaucoup l’impitoyable et imperturbable Krentz. Sa sœur se sentant indisposée par l’odeur de charnier se dégageant de la bâtisse, et prétendant de plus entendre des chuchotements de mauvais augure en provenance de la cave à vin, notre homme à tout faire accepte galamment de prendre en charge seul le nettoyage des locaux, prouvant ainsi qu’il est tout à fait bon à marier.

 

De retour dans le manoir familial, où l’attend la froide Beretice, Velaya attend une journée entière le retour de son frère, en vain. Inquiète par cette absence prolongée – Krentz est d’habitude le prince de la serpillière, il faut croire – elle finit par retourner chez les Horlorn, malgré le conseil appuyé du maire d’Everyth de ne rien en faire…


 

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Le retour d’Annandale à Everyth (la ville où se déroulait La Traque, autre nouvelle Warhammer Horror signée de sa main) se passe malheureusement de façon mitigée. Plus classique dans sa construction, cette histoire de vendetta entre deux familles nobles manque de suspens, l’implication des Navaan dans la déchéance et l’anéantissement des Holforn ne faisant guère de doutes après quelques pages parcourues. Dès lors, la vengeance d’outre-tombe des innocents assassinés tient plus de la chronique factuelle, matinée de mise en avant commerciale2, que du récit d’angoisse, et le « pas lent et régulier » de justice divine se mue en pénible traînement des pieds3. Comme quoi, il ne suffit pas de convoquer l’esprit et la substance des morts sans repos pour accoucher d’une nouvelle d’horreur réussie.

 

1 : D’ailleurs, ce n’est pas très logique : les Nighthaunts sont tous des culs de jatte. J’imagine que Krentz frappe deux crânes l’un sur l’autre pour faire le bruitage, Monty Python style.

 

2 : Sentiment particulièrement renforcé lorsque Annandale fait le choix d’identifier Krentz comme Lord Executioner (une entrée spécifique de l’armée Nighthaunt), ce qui fait basculer la nouvelle dans la publicité romancée plus que dans l’histoire d’horreur.

 

3 : Mention spéciale à Krentz qui attend poliment une heure devant la chambre de sa sœur qu’elle sorte, au lieu de se frayer un chemin à la hache comme il l’a fait précédemment… Quel farceur !

 

The Thing in the Woods – P. Kearney [40K] :

 

anathemas.pngSur Carcanis, planète sauvage recouverte d’impénétrables forêts, la missionnaire Dynah, dernière survivante du groupe d’évangélistes envoyés par l’Ecclésiarchie apprendre les bonnes mœurs et le respect de Pépé aux farouches tribus locales, a depuis longtemps passé l’âge d’aller crapahuter par monts et par vaux. Retirée dans l’aptemment nommée Retraite dans laquelle sa congrégation s’était établie il y a des décennies, elle passe ses journées en prières, dégustation de thé (très important) préparé par sa dévouée servante Bruni – Carlos de son prénom – et menus travaux de calligraphie. Ayant été témoin de l’avènement, long, complexe et meurtrier, du culte impérial sur Carcanis, elle se remémore souvent l’existence de ses camarades de culte, dont peu d’entre eux ont eu la chance de mourir dans leur lit. La faute à l’animisme fondamentaliste qui constituait la religion dominante au moment où les prosélytes sont arrivés sur la planète, et le très mauvais œil avec lequel ses fidèles ont vu, non pas les efforts déployés par les nouveaux-venus pour les rallier à leur cause, mais bien le défrichage du terrain autour de Retraite. Car sur Carcanis, couper un arbre, c’est vraiment mal élevé1. Le premier qui en fit les frais fut d’ailleurs le jovial frère Gunnor, écorché vif (mais avec le sourire) par les khmers verts après un fâcheux malentendu ayant impliqué sa hache et un bosquet de feuillus.

 

Cependant, à force de persévérance, de sermons enflammés, et, parce que la même  la meilleure volonté de la galaxie a ses limites, de quelques massacres d’indécrottables païens, le culte végétal des indigènes fut souplement supplanté par la seule vraie foi, celle de l’Empereur. C’est la satisfaction que tire Dynah de son service de longue durée sur la planète, elle qui se trouve à présent reléguée au second plan par les seigneurs locaux, mais accepte tout de même de lire gentiment le courrier aux chefs de tribus locaux, tous complètement illettrés. Elle reçoit ainsi la visite du Hastman Trivos des Trevassi, venu avec trois enveloppes dans sa besace. Évacuées les factures et offres de marabouts, la nouvelle tombe : les margoulins de la tribu Gurun de Yar Godoris sont sur le pied de guerre, et il revient à Trivos de les bouter au-delà de la rivière Timari. Devant l’acceptation un peu trop enthousiaste de cette mission de pacification par son interlocuteur, qu’elle ne peut de toutes façons pas blairer, Dynah décide de rédiger un courrier de dénonciation au castellan d’Ab Suren, afin qu’il vienne mettre au pas le louche Trivos. Trop vieille pour aller porter elle-même la missive à qui de droit, l’aïeule charge sa brave Bruni de cette tâche, séparation douloureuse, et pas uniquement parce que Dynah n’aura plus personne pour lui préparer sa tisane le matin…

 

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Retour gagnant de Paul Kearney avec cette nouvelle bien construite et bien écrite, qui illustre parfaitement l’axiome bien connu de tous les amateurs d’horreur : ce qui fait le plus peur, c’est l’avant. En terminant son récit au moment où notre pauvre mémé commence à entrevoir sa Némésis, l’auteur laisse toute latitude à l’imagination de son public pour se représenter ce mystérieux dieu des arbres aux commandements si sanglants. Avant cela, Kearney avait réussi à entraîner le lecteur dans son histoire en dépeignant la situation de Dynah et de Carcanis de façon réaliste et prenante, ce qui lui permet en outre de mettre en avant la dureté de la fonction de missionnaire au sein de l’Imperium. Accepter de passer sa vie à convertir des foules pas forcément très jouasses à la vérité impériale, et se dans le meilleur des cas isolé sans espoir de secours sur des planètes de troisième ordre, voila qui nécessite un caractère bien trempé et une vie intérieure riche.

 

Au-delà des considérations d’ordre géo-politiques et des échanges doux-amers entre Dynah et sa bonniche, qui forment le gros de la première partie de la nouvelle, Kearney prend bien soin d’insérer des passages violents et crus (le triste destin de Gunnor, suivi de celui de Bruni), narrés de façon concise et percutante, pour une efficacité maximale. C’est là aussi une preuve de savoir-faire de la part de l’auteur que d’user de son « crédit gore » avec parcimonie, quand certains de ses collègues ne se gênent pas pour en tartiner leurs pages. Les tortures et mises à mort graphiques sont tellement fréquentes dans la GW-Fiction que le lecteur vétéran aura sans doute développé une résistance à ces dernières : croyez-moi, Kearney réussit bien à rappeler qu’il s’agit de pratiques barbares et choquantes, un exemple sanglant à la fois. Bref, The Thing in the Woods démontre de façon admirable qu’une bande de rednecks pagans peut être tout aussi flippante qu’une incursion démoniaque ou une invasion tyranide. Cette bonne vieille chaleur humaine…

 

1 : Ce qui explique pourquoi la population de castors locaux est proche de zéro.

 

2 : Comme toutes les personnes âgées, l’Empereur supporte mal que l’on fasse le zouave devant ses fenêtres à des heures indues. Si vous n’arrêtez pas, il n’hésitera pas à envoyer les Custodiens.

 

Mud and Mist – J. Goodrich [40K] :

 

anathemas.pngSur la planète boueuse de Forlorn Hope, le 33ème Hephaestus tient ses tranchées (boueuses aussi) contre la menace tyranide. Éprouvés par les assauts, pas incessants mais réguliers (15 en trois mois), des hordes chitineuses, les Gardes passent le temps comme ils peuvent dans l’attente de la prochaine attaque. Pour nos héros, les servants de lance-flamme lourd Constantine Panas et Dimitri Hiondros, cela revient à respectivement faire la liste des choses et gens qu’il déteste, et faire des blagues de mauvais goût, comme gueuler ‘Ils arrivent !!!’ alors qu’il ne s’est rien passé. Nos deux bidasses se retrouvent toutefois unies dans la crainte et la détestation commune du sadique Commissaire Heston1, toujours à la recherche d’une nouvelle victime à exécuter pour faillite morale. Dimitri s’étant racheté de sa bourde initiale en ne rapportant pas la saute d’humeur – compréhensible – à l’officier, l’ambiance se réchauffe quelque peu entre les deux partenaires, jusqu’à ce qu’un barrage d’artillerie se déclenche, annonciateur de l’assaut tant redouté.

 

Cependant, au lieu de nuées de biomorphes agressifs, c’est un épais nuage de brume2 qui se présente à l’horizon, ce qui ne rassure pas le moins du monde la première ligne impériale. Ayant raté leur test de stupidité, les Gardes ne réalisent cependant pas qu’il serait judicieux d’enfiler leur masque à gaz jusqu’à ce que l’appelé Padbol tire une bonne latte du brouillard suspect, et tombe raide mort (toujours dans la boue). Inspirés par son contre-exemple, ses camarades se hâtent de s’équiper, et c’est alors que Constantine réalise que son matos a été rendu défectueux par une fissure mal placée. La tuile. N’ayant pas le temps d’appeler Carglass, notre pyromane patenté prend la seule décision logique : apprendre à son camarade comment se servir de son ar– piquer le masque de Dimitri. La sélection naturelle à l’œuvre, dans toute sa tragique beauté ! Malheureusement, si son comparse a l’obligeance de mourir sans faire d’histoire ni essayer de récupérer son bien, le forfait de Constantine a attiré l’attention de Heston, qui se délecte d’avance du bolt qu’il va coller dans la nuque du camaricide. Mis à nouveau au pied du mur, et aidé par la diversion fournie par un tir de laser ami, ‘Tantine arrive toutefois à maîtriser son bourreau, et à le noyer dans la boue après une petite séance de pugilat.

 

Avec tout ça, on en aurait presque oublié que les cafards ont sonné la charge. Et c’est un paisible Toxicrene qui se présente finalement devant les fusils lasers de la Garde, qui ne donnent pas les résultats escomptés face à la carapace renforcée de la monstruosité. Bien que son brasier se révèle plus efficace contre la créature, Constantine se trouve fort dépourvu quand cette dernière arrive à portée de tentacules. La suite et la fin de la nouvelle voit notre malheureux survivant se faire violemment hentai-er et entailler par Toto, et balancer comme un sac de patates dans la… boue. Où il sombre à son tour après avoir eu la bonne idée de décéder. Eh, what did you expect ?

 

Goodrich signe une nouvelle absolument classique de Gardes Impériaux engagés contre une flotte ruche tyranide (ici réduite à son plus simple élément, le gros monstre hentai), dont la valeur ajoutée en termes d’horreur reste franchement à démontrer. À titre personnel, j’aurais tendance à lier ce hors-sujet à l’absence de connaissance probable de l’auteur de la littérature 40K3, qui regorge de textes similaires4 et dont certains sont, assez ironiquement, bien plus angoissants que la soumission de John Goodrich (cette conclusion de The Fall of Malvolion, alors…). Si la Grande Dévoreuse est intrinsèquement terrifiante, son utilisation comme antagoniste identifié dès le départ retire toute sensation de surprise – un composant clé d’une bonne histoire d’horreur – aux propos de Goodrich, dont le lecteur n’a guère de difficulté à se représenter la fin de l’histoire à partir de ce moment. Les confrontations entre bidasses impériales et cafards galactiques sont en effet généralement à sens unique ! Ce constat posé, il ne reste plus que les relations entre Constantine, Dimitri et le Commissaire Heston pour mettre un peu de suspens dans cette nouvelle, et si l’auteur arrive à dépeindre les dilemmes de son héros, qui doit choisir à deux reprises entre sa vie et son devoir, le calvaire vécu par notre servant de lance-flamme lourd ne me l’a pas rendu très sympathique pour autant. Au final, Mud and Mist se révèle être une erreur de casting pure et simple, même pas sauvée par une intrigue ou une narration particulièrement réussies. Il faudra revoir cette copie.

 

1 : Qui pour tous ses défauts, connaît tout de même ses hommes par leurs prénoms et noms

 

2 : C’est une nouvelle technique Tyranide, qui nécessite de nourrir tous les Carnifex de l’essaim de fayots pendant une semaine.

 

 

3 : Sentiment renforcé par la mention en cours de nouvelle des regrets des personnages de ne plus revoir leurs familles… Mais c’est le lot de la Garde ça, les gars.

 

‘The Fall of Malvolion’ (Abnett), ‘Sector 13’ (Mitchell), ‘Voidsong’ (Zhou), ‘Fear Itself’ (McKenna), ‘The Enemy of my Enemy’ (Crowley)…

 

The Shadow Crown – C. L. Werner [AoS] :

 

anathemas.pngSortie crépusculaire et secrète pour la Dame Cualli, qui brave la mauvaise foi réputation nocturne de sa cité de Maktlan, en Aqshy, pour aller écouter, non pas aux portes, mais aux fontaines. Faisant fi des rumeurs de monstres, de malades et de monstres malades sensés errer dans les rues désertées à la lune tombée pour se repaître des passants malchanceux, notre aristocrate a été dépêchée par son mentor et suggar daddy Ekurzakir, saint homme très bien en cour depuis qu’il a sauvé le fils du roi Tlanextli1, espionner la rencontre entre le chancelier disgracié Icnoyotl et un autre conspirateur, pour le moment inconnu. Bien qu’elle n’ait aucun scrupule à dénoncer le fourbe fonctionnaire pour s’attirer les faveurs de son influent patron, l’ambitieuse Cualli se retrouve confrontée à un dilemme cornélien lorsqu’elle s’aperçoit que le date d’Icnoyotl n’est autre que son propre frère Tochtli, le capitaine de la Garde Jaguar de Sang du roi. D’autant plus que ce dernier avoue qu’il n’a accepté de rencontrer le chancelier que pour tirer sa sœur de l’emprise d’Ekurzakir, qui l’inquiète au plus haut point.

 

Tiraillée entre sa carrière et sa famille (comme beaucoup de femmes, il faut le reconnaître), Cualli finit par trouver une solution tierce : balancer Icnogood et prétendre qu’elle n’a pas vu le visage de son interlocuteur. De retour dans les appartements du prêtre, que ce dernier a tapissé des plans du métro de Mhurghast – c’est un style – elle patiente un bon moment sur le canapé défraîchi de son hôte en se servant des petits coups à boire (malgré le malaise que lui provoque le regard fixe que lui jette le serviteur contrefait d’Ekurzakir2), jusqu’à ce que ce dernier finisse par faire son entrée depuis l’escalier de service. Et là, c’est le drame : ce fragile de chancelier a craqué sous la torture, et balancé tous ses complices, y compris Tochtli, qu’Ekurzakir a fait fissa arrêter à son tour. Peu content de la traîtrise de sa subalterne, le prêtre la punit en la mettant littéralement en face (via un miroir) de la décrépitude qui l’a gagnée. Victime de la même maladie que le prince, Cualli avait en effet jusqu’ici été épargnée de ses effets délétères et bubons disgracieux par la magie d’Ekurzakir, qui lui est désormais retirée. Chassée par son thérapeute, l’intrigante n’a plus qu’à aller se jeter dans la fontaine de lave la plus proche pour abréger ses souffrances.

 

La caméra se braque alors sur le malheureux Tochtli, jeté dans un cachot après une séance de torture plus intense qu’un WOD de crossfit. Résigné à mourir avec dignité, le capitaine a toutefois la surprise de voir la porte de sa prison s’ouvrir, et apparaître le visage amical de son second, le fidèle Xochipepe. Les Jaguars de Sang se sont en effet cotisés pour soudoyer le geôlier, et permettre à leur bien-aimé officier d’échapper à son triste destin. Touché par ce geste, Tochtli demande d’abord à ce qu’on l’autorise à aller chercher Cualli pour l’emmener avec lui, et apprend du même coup que this girl was on fire, toussa toussa. Tristesse. Déterminé à venger cette mort, dont il tient – à raison – Ekurzakir responsable, il convainc Pepe la grenouille jaguar de lui prêter son macuahuitl pour qu’il aille obsidienner la gu*ule du prêtre, et qu’importent les conséquences…

 

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Après le Japon (Last of the Blood, Reflections in Steel) et la Russie (A Sending from the Grave), Werner poursuit son œuvre « civilisatrice » des Royaumes Mortels en mettant en scène une histoire d’Incas dans la chaleur torride d’Aqshy. Il s’agit malheureusement du seul aspect mémorable de The Shadow Crown3, dont l’intrigue et le déroulé se révèlent d’une platitude décevante pour un contributeur de la trempe et de l’expérience de C. L. Werner. Signes révélateurs de cet échec, les deux partis pris narratifs forts (le changement de personnage principal en milieu de récit et la révélation de l’identité d’Ekurzakir4) de l’auteur desservent la nouvelle plutôt qu’ils ne la renforcent ; quant à la dimension horrifique de cette dernière, on peine à bien la discerner. Certes, l’histoire se termine mal pour les héros, qui ne parviennent pas à contrecarrer les manigances pustuleuses des Skavens, mais il y avait tellement moyen de faire plus trash avec ces antagonistes – ce que Werner a déjà fait par le passé – qu’on ne peut conclure qu’à une occasion manquée. Retenons simplement que les hommes rats sont apparemment capables d’infiltrer très facilement les sociétés humaines (et sans doute celles des autres races, il n’y a pas de raison5), ce qui écorne sérieusement au passage l’utilité du clan Eshin, et passons à autre chose.

 

1 : Qui n’est pas un hommage à la cité gallosie de Llanelli. Je suis formel.

 

2 : Le bougre a du trop regarder de vidéos avec des filles sur des canapés.

 

 

3 : Dont je réalise après coup qu’elle n’a même pas été identifiée à coup sûr par l’auteur… Rien à voir avec la babiole d’Alith Anar, ceci dit.

 

4 : Chose (heureusement) rare, Werner prend limite son lecteur pour une buse à ce sujet. On avait compris, Clint.

 

5 : Après tout, on commence toujours par tester les nouvelles technologies sur les souris. Depuis le temps, ces dernières doivent maîtriser la transfiguration sur le bout des moustaches.

 

Runner – A. Bao [40K] :

 

runner.png?w=300&h=465Sur un monde ruche inconnu1, un peloton de Gardes Impériaux envoyé défendre une spire en avant du gros de son régiment est sur le point de se faire peloter jusqu’à ce que mort s’en suive par les hordes décérébrées de Papa Nurgle. Alors que Zombies de la Peste et autres Portepestes progressent, lentement mais sûrement, vers la dernière redoute tenue par l’Imperium, avec un bon gros reggae en fond sonore (avouez que ça le ferait), un vieux Sergent du nom de Vieux Sergent envoie notre héros, le Caporal Machinchose2, faire une course jusqu’au camp de base impérial, situé à quelques 200 miles de l’avant-poste pestiféré, afin de porter la mauvaise nouvelle au haut commandement. Car oui, le gros reggae des pesteux a brouillé les communications des bidasses jusqu’à les rendre inutilisables. Cette mission n’a pas été attribué au Caporal Petit Gars – c’est comme ça que l’appelait son copain de régiment Bullard, avant de disparaître à moitié en fumée (les cités ruches de grande solitude, tout ça…) – par hasard : notre homme est en effet connu sous (l’autre) surnom de Coureur, non pas à cause de son amour des jupons des autochtones, mais parce qu’il est doué d’une endurance peu commune. Le genre de type à finir un marathon en deux heures trente, et repartir aussi sec en sens inverse pour aller chercher sa voiture sur le parking du départ. Bref, Coureur prend ses jambes à son cou et commence à tracer la route, seulement chargé d’une gourde et de sa foi en l’Empereur (son fusil laser lui a été repris sur la ligne de départ, so-disant parce que ça pesait trop lourd).

 

Le terrain sur lequel il progresse, sorte de toundra gelée recouverte de cristaux aiguisés, pour bucolique qu’il soit, n’est pas sans poser de gros problèmes matériels à notre héros, dont les godillots n’ont pas été pensés pour résister à ce type d’environnement. Il ne faut donc pas longtemps avant que le brave Coureur se retrouve avec les pieds en lambeaux et les chaussures en sang (ou l’inverse), ce qui commence, lentement mais sûrement, à miner son enthousiasme jusqu’ici intact. Se raccrochant à son endoctrinement martial, il récite des prières pour se maintenir motivé, mais le poison du doute (et de la déshydratation) commence à le tenailler. Ajoutez à cela les voix de ses camarades défunts qu’il commence à entendre dans sa tête, et la méchanceté de la faune locale, qui refuse de se faire manger alors qu’il crève la dalle, et vous aurez une bonne idée de la situation peu brillante dans laquelle le Caporal Wanlek – au moins, il se souvient maintenant de son nom – se trouve…

 

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Alan Bao signe un nouvelle inaugurale placée sous le double signe de Papa Nurgle et du respect du fluff, ce qui fait de The Runner une expérience de lecture doublement sympathique (wholesome, comme disent les Anglais), nonobstant sa conclusion sans grande surprise. C’est dommage car je pense qu’il aurait pu laisser planer un chouilla plus de suspens dans le dernier tiers de son récit, plutôt que de changer son héros en héraut sans aucune équivoque. Ceci dit, la bonne mise en contexte préalable du côté jovial et affectueux de Nurgle, mis en perspective de la dureté et vacuité (apparente) du credo impérial, permet à la nouvelle de se terminer de façon tout à fait satisfaisante, même si convenue. Bref, si vous avez apprécié l’approche « pus & love » de la faction telle que mise en scène par Chris Wraight (‘Les Seigneurs du Silence’‘Endurer’) et dans une moindre mesure Andy Clark (‘Croisade’), ne boudez pas votre plaisir et venez assister au dernier trail du Caporal Wanlek avant une retraite bien méritée.

 

1 : Et volontairement en plus, ce qui n’est tout de même pas commun. Ca vous pose le jemenfoutisme du héros.

 

2 : Vous allez rire, mais il commence vraiment la nouvelle en ne souvenant plus de son prénom. C’est plus du jemenfoutisme là, c’est un Alzheimer précoce.

 

Miracles – N. Wolf [40K] :

 

miracles.png?w=299&h=463Ouvrier dans une usine fabriquant des chargeurs de fusils laser sur le monde ruche d’Entorum, Jacen Hertz vit le rêve américain impérial dans son petit appartement de fonction, en compagnie de sa femme aimante (Myra) et de ses trois enfants (les jumeaux Markus et Arden et la petite Sophya). N’eut été son amour légèrement immodéré pour la dive bouteille, héritage d’une enfance traumatique qui le laissa orphelin de mère (évanouie dans la nature à la suite de visions psychotiques) et de père (mort de chagrin après le départ de cette dernière), et la fatigue chronique résultant de ses journées de travail de 16 heures, Jacen serait parfaitement heureux. Certes, les rumeurs insistantes de disparitions mystérieuses de citoyens de Praxis (la ruche où habite la famille Hertz) ont créé un climat de suspicion et de paranoïa parmi la population locale, en plus de multiplier les patrouilles – et donc les bavures – d’Enforcers, mais Entorum n’est pas sans connaître son lot de bonnes nouvelles, comme la guérison miraculeuse du mendiant et ex Garde Impérial Guryn Mansk, ayant retrouvé la vue un beau matin après qu’un ange lui ait rendu visite dans son sommeil. Loués soient Saint Jude et l’Empereur.

 

Un peu plus tard, nous retrouvons notre héros, un peu fatigué par le rythme de travail éreintant que nécessite la réalisation (où la limitation de la non-réalisation) des quotas de production fixés par l’Adeptus Terra, surtout depuis que les disparitions se sont multipliées, et ont forcé l’institution d’heures supplémentaires obligatoires pour compenser l’absentéisme galopant qui touche les forces vives de Praxis. Bref, Jacen a beau faire de son mieux pour produire ses batteries, il est lui-même presque à plat. Ces soucis de productivité deviennent cependant soudainement secondaires lorsqu’une surcharge critique du réacteur à plasma de l’usine se déclare, avec des conséquences catastrophiques pour cette dernière et ses milliers d’ouvriers. Pris dans le souffle de la conflagration, Jacen est visité par une vision, où un ange ayant pris les traits de sa mère lui annonce que l’Empereur l’a choisi pour mener à bien son dessein sur Entorum, et que sa vie sera donc préservée. En échange de cette protection divine, Jacen devra prouver sa dévotion à son Sauveur en sacrifiant sa petite dernière à la cause, seul moyen d’empêcher la planète de sombrer dans l’apocalypse. Les voies de l’Empereur sont décidément des plus impénétrables.

 

À son réveil dans les décombres de son lieu de travail, Jacen découvre que l’ange a tenu parole, lui seul ayant été épargné par l’explosion qui a réduit l’usine en ruines et ses collègues de chaîne d’assemblage en chiche-kebab. Cette exception statistique lui attire toutefois la suspicion des forces de l’ordre, qui l’interrogent sans ménagement afin de comprendre comment il a pu échapper au funeste destin de ses camarades. Peu convaincu par son explication angélique, l’Enforcer en chef laisse toutefois le bénéfice du doute au témoin assisté, et, au lieu de l’exécuter séance tenante comme son mandat impérial le lui permet (voilà qui doit désengorger les tribunaux et les prisons d’Entorum), le laisse partir avec la vie sauve. Notre héros se trouve toutefois en proie à un dilemme insoluble: exécuter la mission que lui a donné l’ange, dont les chuchotis motivateurs le suivent désormais où qu’il aille, ou prendre le risque de voir sa planète réduite en cendres, comme révélé dans le teaser visionnaire auquel il a assisté?

 

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Fort belle soumission de la part de Nicholas Wolf que ce Miracles, qui parvient, à la différence de beaucoup d’autres histoires estampillées Warhammer Horror, à distiller une atmosphère réellement oppressante et angoissante, en exploitant quelques tropes du genre (la vision angélique dévoyée, les chuchotements/apparitions que seul le héros perçoit, le dilemme insoluble dont la résolution fait sombrer dans la folie…) de façon très efficace. De la même façon, le choix de l’auteur de choisir un citoyen lambda de l’Imperium comme protagoniste, et de le confronter à toute l’horreur gothique de Warhammer 40.000, donne des résultats convaincants. Cerise sur le gâteau, la petite révélation finale sur l’identité de l’entité qui a pris Jacen sous son aile permet de clôturer le récit de fort dérangeante manière, en plus de souligner l’un des concepts forts du fluff de la franchise, que Wolf maîtrise assez pour exploiter avec talent ses caractéristiques les plus dérangeantes et morbides. Bref, une vraie réussite que cette seconde nouvelle (la première étant Reborn1) du nouveau venu Wolf, qui mérite d’être suivi au cours des mois à venir.

 

1 : Et la troisième, encore une fois fuitée par la biographie de l’auteur à la fin de l’e-short, Negavolt.

 

Voices in the Glass – R. Strachan [AoS] :

 

anathemas.pngEnvoyé prendre la relève et des nouvelles de son collègue et ami Yollin, Prêtre Guerrier sigmarite affecté à la difficile paroisse de Shadespire, en Hyish, Gilvar peine à prendre ses marques dans la cité des miroirs, malgré l’accueil enthousiaste qui lui a été réservé par l’amicale des fidèles. Travaillé par la disparition mystérieuse de l’ancien chargé de culte, et les notes intrigantes faisant état de voix sépulcrales et de verre maudit que son prédécesseur lui a laissé, notre héros ne tarde pas à être victime d’étranges et angoissants phénomènes auditifs, qui lui font également entendre les lamentations bruyantes d’âmes en peine non identifiées. N’ayant pas pensé à ramener ses boules quies depuis Hammerhal, Gilvar passe des nuits agitées, tombant à l’occasion de son lit, et a donc bien du mal à entraîner sa congrégation sur le chemin d’une foi pure et vertueuse, d’autant plus que les membres de son conseil d’ad…juration1 lui jurent leur grand dieu Sigmar qu’ils n’entendent absolument pas la moindre voix du tout.

 

N’ayant pas désespéré de retrouver la trace de son compagnon d’armes, Gilvar se met à errer dans la banlieue littéralement morte de Shadespire pour mener son enquête et occuper ses soirées, loin du tapage qui semble affliger particulièrement sa résidence. Il a ainsi l’occasion d’échanger quelques banalités avec le jeune Prentiss, qui a choisi de s’installer dans un manoir lors de son arrivée dans la cité (qui a beaucoup de problèmes, mais où l’immobilier est apparemment donné). Malgré l’invitation de ce dernier d’aller prendre un dernier verre dans sa chambre, Gilvar, sans doute traumatisé par ces histoires de miroir, refuse tout net la proposition de son hôte. Sur le chemin du retour, cependant, il est de nouveau assailli par un barrage de plaintes tourmentées, dont celles d’une petite fille à laquelle on a manifestement refuser d’acheter un poney, si on en doit en juger par le caractère strident et insupportable de ses pleurs. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le bénitier pour Gigi, qui s’en fuit en courant pleurer dans sa chambre, comme le gros fragile qu’il est, en fait.

 

Le lendemain, mis très en colère par sa propre incapacité à mettre sa vie en ordre, il livre un sermon aussi bref (quatre phrases) que culpabilisant à ses ouailles, qui repartent de l’église la tête dans le culte. Cette crise de colère a au moins eu l’effet de débloquer la parole de la vieille Lizabet, la bonne de Gilvar, qui révèle à ce dernier que sous leurs airs nonchalants, les Shadespiriens sont également victimes des vocalises d’outre-tombe qui affligent le prêtre. Résolu à faire cesser ces nuisances sonores, ce dernier empoigne son marteau pour aller briser la glace, ce qui est un comportement tout  à fait pertinent en cas d’urgence, comme chacun peut en témoigner…

 

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Si Shadespire est un décor rêvé pour une histoire d’horreur se déroulant dans les Royaumes Mortels, Richard Strachan ne réussit malheureusement pas à tirer la substantifique moelle, ou glace, du potentiel angoissant de la cité des miroirs. La faute à une intrigue insuffisamment développée, qui consiste principalement en une virée destructrice du héros après que ce dernier ait fait les frais de quelques manifestions spectrales. Si l’imposante galerie de personnages présentée par l’auteur (pour une nouvelle de quinze pages) avait sans doute pour but de mener le lecteur sur une fausse piste quant à l’identité de l’antagoniste, ce but louable est toutefois contrarié par la mauvaise exposition du problème auquel Gilvar se retrouve confronté. Sans rire, je n’ai compris que ce dernier était engagé dans un scénario PvP que dans les dernières pages, étant auparavant persuadé que le caractère maléfique « natif » de Shadespire constituerait la Némésis de notre Prêtre Guerrier malchanceux. La conclusion du récit, pour attendue qu’elle soit, est pour finir amenée sans finesse par Strachan, qui fait one-shoter son héros, qui devrait pourtant être familier des choses de la guerre, par un antiquaire armé d’un coupe papier. L’entrainement des recrues laisse vraiment à désirer à Azyrheim. Il est en outre dommage que l’auteur n’ait pas choisi de développer davantage les aspects les plus intéressants (à mes yeux) de son histoire, comme la présence de non humains dans le culte de Sigmar, ou la raison qui pousse les paroissiens de Shadespire à faire comme si la situation était normale, alors qu’ils sont tout à fait au courant de la précarité de leur situation (comme la confession de Lyzabet le révèle). Bref, une soumission assez décevante compte tenu de ce qu’elle aurait pu être, et qui n’ajoute même pas un peu de guimauve shadespirienne à moudre au moulin du fluffiste acharné.

 

1 : Le Duardin Dunnot, l’Aelf Amyrillis, le fat Dunceyn, le grabataire Brenton et le « normal » Prentiss.

 

The Funeral – D. Hinks [40K] :

 

anathemas.pngL’Inquisiteur Rabbath est mort. Et, chose tragique, ce noble servant des Saints Ordos n’a pas rencontré son destin en luttant bravement contre les hérétiques, mais a été emporté par une démence sénile après avoir été excommunié pour faute déontologique grave. Qu’importe cependant la fin ignominieuse connue par son bien-aimé maître pour le fidèle Croisé Voconis ! Seul parmi les membres de la suite de Rabbath à l’avoir accompagné en exil, et à s’être occupé de lui pendant ses derniers jours, ce fonctionnaire et factotum modèle a décidé de marquer l’occasion en invitant tous ses anciens collègues à l’enterrement de l’Inquisiteur, qu’il a tenu à organiser dans la basilique d’Eremos, où la carrière de Rabbath s’est définitivement arrêtée.

 

Ne s’attendant pas à ce que quiconque fasse le déplacement pour honorer la mémoire et l’œuvre du héros disgracié, Voconis est surpris de voir arriver d’abord l’Interrogateur Tashk (qu’il n’aime pas vraiment), puis le Frater Arzen (qu’il ne peut pas tellement blairer non plus), suivis par tous les acolytes, prestataires, fournisseurs et vacataires employés par Rabbath de son vivant, Ogryns compris. Enchanté par le tour pris par les événements, notre Croisé prend alors la parole pour prononcer un panégyrique des plus émouvants, avant d’inviter ses hôtes à échanger leurs souvenirs de service. Attiré dans un groupe de parole par le sagace Arzen, Voconis est encouragé par ce dernier à raconter sa version du désastreux procès de Voldori, qui a coûté à Rabbath sa rosette, sa réputation et au final, sa vie. Le Croisé s’exécute volontiers, et, alcool1 aidant, retrace l’historique de ce cas peu banal…

 

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Cet enterrement était pourtant si bien parti pour Darius Hinks… En quelques pages, l’auteur avait réussi à poser une atmosphère prenante et à exposer un sujet des plus intéressants : la difficile cohabitation des membres d’une suite inquisitoriale après la mort de leur patron. Le vertueux Voconis, d’abord persuadé du manque de gratitude de ses anciens collègues, se retrouvant agréablement surpris et sincèrement touché par leur venue inespérée, et commençant à révéler, fragment par fragment, les détails de la triste fin de Rabbath, dont la démence terminale a été en bonne partie causée par ses méthodes d’interrogatoire peu orthodoxes (on s’en fout) et peu efficaces (beaucoup plus grave). La descente dans la cellule où le présumé hérétique s’est noyé préparant la révélation finale qui ne pouvait manquer de conclure le récit… Et là, pouf, un TGCM de bas étage juste avant le rideau de fin. Quel dommage ! Si Hinks avait pris la peine d’expliquer comment le véritable interlocuteur de Voconis avait pu se trouver sur place, ou au moins suggérer un début d’explication plausible2, cette nouvelle aurait été la plus réussie signée de sa main. Au lieu de ça, le lecteur se trouve confronté à une impossibilité de premier ordre, qui vient sérieusement écorner la sacro-sainte suspension d’incrédulité qui permet à la GW-Fiction d’opérer normalement. Malgré ce final décevant, The Funeral demeure cependant une lecture agréable, qui, j’espère, servira de nouvelle référence aux productions de Darius Hinks.

 

1 : Un cépage des plus fins, en provenance des fameux terroirs de Valgaast…

 

2 : Bon, il y a bien cette micro mention de Rabbath ayant trempé dans l’occultisme et la nécromancie sur ses vieux jours, et qui aurait pu expliquer le retour de Mr. V., mais la piste est tellement ténue que j’ai du relire la nouvelle pour l’identifier.

 

***

 

Au final, Anathemas se positionne davantage comme un successeur de Maledictions que d’Invocations, en ceci que ma préférence globale reste au second tome de la série, le plus réussi des trois à mes yeux. Cela ne veut cependant pas dire que je déconseille la lecture de cet opus aux curieux et amateurs de Warhammer Horror, bien au contraire, mais s’il n’en fallait qu’en retenir qu’un, mon choix serait sans appel. Avec ses 14 nouvelles, Anathemas remporte cependant la palme de l’ouvrage le plus conséquent de cette (pour le moment) trilogie, et comporte quelques histoires méritant vraiment le détour, telles que Skin Man, The Thing in the Woods, Runner et surtout Miracle pour le 41ème millénaire1, et These Hands, These Wings pour les Royaumes Mortels. Le reste des soumissions, pour moins mémorable qu’il soit, est néanmoins fort correct, et il y a fort à parier que vous ne regretterez pas d’avoir passé quelques heures à vous plonger dans cette anthologie si vous êtes un habitué de la BL. À l’heure où je termine cette chronique, nous ne savons pas encore ce que l’avenir – et les éditeurs de Nottingham – réservera à Warhammer Horror, aucune nouvelle sortie n’étant annoncée pour le moment. Cela dit, si la BL donne une suite à sa Warhammer Horror Week au début du mois de Mai, il y aura sans doute matière à sortir au moins un nouveau recueil de nouvelles, comme cela a été le cas avec Invocations en fin d’année dernière. D’ici là, portez vous bien et, surtout, restez sur vos gardes…

 

1 : Cela tombe plutôt bien car ces deux dernières nouvelles sont disponibles à l’unité sur le site de la Black Library.

 

- Comme d'habitude, les critiques de ces nouvelles, agrémentées d'éléments fluff pertinents, peuvent être retrouvées dans les sujets centraux dédiés (Age of Sigmar et Warhammer 40.000). -

 

Schattra, le croque mort sonne toujours trois fois

Modifié par Schattra
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  • 3 mois après...

Toujours aussi bonnes, ces chroniques sur les récits Warhammer, versant horreur ! Par contre, je te préviens, ton humour dévastateur a tendance à désamorcer illico la maigre tension qui pourrait émaner de ces histoires ; )

 

  Citation

si vous lisez cette chronique en Avril 2020, vous devez l’avoir mauvaise

Développer  

 

Je lis cette chronique en Juillet 2020... et je l'ai mauvaise^^°

 

  Citation

si l’usage de la deuxième personne du singulier (déjà mis en œuvre par David Annandale dans The Hunt // La Traque) n’a ici pas de conséquences en termes d’intrigue, l’effet fonctionne efficacement et renforce encore l’impression du lecteur d’assister en direct à la scène.

Développer  

 

Argh... J'ai jamais supporté cette technique narrative dans une fiction, pas de bol. Autant les "VOUS" des LDVELH ne m'ont jamais dérangé, après tout il s'agit de livres-jeux, autant les "TU" dans une histoire... ben ont tendance à me TUER ladite histoire. Vieille technique au demeurant, déjà employée dans les années 30 par des auteurs de Weird Tales... mais qui m'a toujours insupportée.

 

Curieuse nouvelle que ce Threnody for Kolchev, qui m'aura au moins permis d'étendre ma culture antique. C'est effectivement un ressort classique du fantastique qui est ici remanié à la sauce 40K, mais ton résumé donne l'impression que l'histoire se déroule dans notre monde au XIXème siècle ^^

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Merci pour ton retour et soutien @Oberon! J'avoue que j'ai tendance à dédramatiser les atmosphères dans mes résumés (je n'arrive pas à faire autrement, je l'avoue), mais il ne faut surtout pas hésiter à découvrir cette série, qui contient quelques histoires bien trouvées et tournées.

 

  Le 13/07/2020 à 17:38, Oberon a dit :

Je lis cette chronique en Juillet 2020... et je l'ai mauvaise^^°

Développer  

 

À titre personnel, j'ai l'impression que ma consommation importante de littérature grimdark m'a permis de vivre le confinement et la pandémie plus facilement que certains de mes collègue et proches. Je me dis toujours que ça pourrait être pire, bien pire... :P 

 

  Le 13/07/2020 à 17:38, Oberon a dit :

Argh... J'ai jamais supporté cette technique narrative dans une fiction, pas de bol. Autant les "VOUS" des LDVELH ne m'ont jamais dérangé, après tout il s'agit de livres-jeux, autant les "TU" dans une histoire... ben ont tendance à me TUER ladite histoire. Vieille technique au demeurant, déjà employée dans les années 30 par des auteurs de Weird Tales... mais qui m'a toujours insupportée.

Développer  

 

Avec parcimonie, je trouve que ça change agréablement. Peut-être que si je l'avais lu en français, le résultat aurait été moins abouti, comme c'est parfois le cas avec certaines techniques de narration. 

 

  Le 13/07/2020 à 17:38, Oberon a dit :

Curieuse nouvelle que ce Threnody for Kolchev, qui m'aura au moins permis d'étendre ma culture antique. C'est effectivement un ressort classique du fantastique qui est ici remanié à la sauce 40K, mais ton résumé donne l'impression que l'histoire se déroule dans notre monde au XIXème siècle ^^

Développer  

 

C'est l'effet que donne la nouvelle (sauf l'ouverture dans l'asile, qui est plus "contemporaine" dans l'esprit). Il y avait des idées intéressantes mais l'exécution n'a pas suivi, dommage.

 

Schattra, qui espère qu'il y aura un quatrième tome (pour accompagner 'Reverie')

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Bonjour et bienvenue dans cette chronique de la première anthologie de nouvelles dédiée à Warhammer Crime, le nouveau parc à thème ouvert par la Black Library dans l’univers de Warhammer 40.000. Comme le nom de cette nouvelle gamme le laisse percevoir, il sera ici question de meurtres, disparitions, rackets et autres joyeusetés. Adios donc à la violence légitime, dont l’Imperium a le monopole (comme aurait pu dire le Servo-Crâne de Max Weber), et bonjour aux chicanes en tous genres entre citoyens lambda, au mépris du Lex-Alecto/Imperialis. De tels crimes ne pourront bien évidemment pas restés impunis.

 

‘No Good Men’ marche sur les traces des recueils sortis pour Warhammer Horror (‘Maledictions’‘Invocations’ et ‘Anathemas’), mais contrairement à ces derniers, est centré sur un seul lieu, la cité ruche de Varangantua, sur le monde d’Alecto, qui nous est présentée comme un territoire sans foi ni loi, où les plus forts et les plus corrompus triomphent, et où l’altruisme et la droiture sont portés disparus depuis quelques millénaires. D’où le titre de l’ouvrage, très certainement. Pour en terminer en matière d’association d’idées, évoquons l’incontournable Necromunda, qui aurait pu sans problème candidater pour être ville-hôte de Warhammer Crime (vous ne me ferez pas croire que l’ordre règne dans la cité de l’araignée), mais également les travaux inquisitoriaux du tout aussi incontournable Dan Abnett, qui ont été les premiers à relater des enquêtes « policières » dans la « normalité » de l’Imperium, c’est à dire ailleurs que sur un théâtre d’affrontements. Il suffit de lire ou relire ‘Missing in Action’‘Backcloth for a Crown Additional’ ou ‘The Strange Demise of Titus Endor’ pour s’en convaincre1. Enfin, accordons une pensée au pionnier Matthew Farrer, dont la trilogie ‘Enforcer’ sur la dure à cuire Shira Calpurnia pourrait tout simplement être republiée sous la riante rosette de Warhammer Crime, comme les écrits de Jack Yeovil l’ont été pour Warhammer Horror.

 

Ayant suivi de loin les premières sorties de Warhammer Crime, je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre au moment de m’atteler à la lecture de ces sept nouvelles, majoritairement écrites par des plumes éprouvées de la BL, à commencer par Chris Wraight et Guy Haley, tous deux recrutés pour un roman se déroulant dans ce nouveau décor et cette nouvelle ambiance. Avec des vétérans comme McNeill, Hinks et l’auteur-éditeur Nick Kyme également à la manœuvre, on peut raisonnablement penser que Nottingham sait de quoi il en retourne, et espérer en conséquence une expérience comparable à celle apportée par les recueils de Warhammer Horror (assez positive, pour ceux qui n’ont pas lu les compte-rendus de votre serviteur sur le sujet – iciici et  -). Comme pour ces derniers, on constate également la présence de relatifs nouveaux-venus au casting, sans doute à cause de leur familiarité avec l’écriture de polar (car c’est bien de cela dont il s’agit ici): Marc Collins et Gareth Hanrahan. Souhaitons leur bonne chance pour leur participation à ce projet intrigant, et soulevons la rubalise des Arbites pour commencer à inspecter notre première scène de (Warhammer) crime…

 

1La série consacrée à Valentin Drusher est également riche en investigations à teneur biologique (‘The Curiosity’, ‘Gardens of Tycho’).

 

no-good-men.png

 

 

Aberrant – C. Wright :

 

 

Agusto Zidarov, Probator gras du bide, marié, un enfant, est mis sur un sale coup par un prêtre aussi influent qu’extrémiste, Yvgen Asparev. L’Ecclésiaste a en effet eut vent par son réseau de fidèles de la présence d’individus peu amènes, et probablement un peu mutés sur les bords, dans une zone industrielle d’Urgeyena. Bien que moins chaud que son indic’, qui lui brûle littéralement d’impatience, d’aller à la chasse aux mutants dans les bas-fonds de Varangantua, Zidarov se rend sur place pour faire sa contre-enquête, obtenant la confirmation de la part des témoins identifiés par Asparev que quelque chose de pas très impérial se trame dans l’entrepôt proche de la gare locale. À la nuit tombée, notre héros se glisse discrètement à l’intérieur du bâtiment en question, et ne met pas longtemps à tomber sur le « dortoir » de travailleurs détachés d’un genre un peu particulier. Très grands, très costauds, avec une peau diaphane, des yeux noirs et trois slips à se partager pour deux cents individus, les humanoïdes enchaînés dans le sous sol du site industriel répondent parfaitement au cahier des charges de l’abhumain de contrebande, venant voler les emplois et le slab des honnêtes Alectiens.

 

Cette découverte ethnologique majeure ne peut toutefois être reportée aux autorités compétentes et/ou incandescentes, car Zidarov se fait surprendre par une bande de gorilles bourrés de stimms, qui se montrent assez peu impressionnés par son badge d’office. Il faut l’intervention salvatrice de la directrice de l’usine, Alissya Gordova, pour empêcher que le Probator n’aille rejoindre le panier à salade de l’Empereur. Cette dernière explique posément à son « invité » que les opérations du site sont placées sous la protection et la direction du vladar Aista Fyodor Meleta, qui, en sa qualité de sous-gouverneur planétaire, se contrefiche royalement de l’avis et des principes d’un flicaillon comme Zidarov. Reconduit sans ménagement à l’entrée, avec ordre de ne pas revenir de sitôt, notre héros s’exécute de bonne grâce, et parvient à poser un mouchard sur un véhicule de transport qu’il devine justement servir à l’acheminement de la main d’œuvre spécialisée qui trime dans les profondeurs.

 

Cette intuition le mène jusque dans la juridiction voisine de Korsk, sur les traces du semi-remorque en question, qui se gare au milieu de la pampa pour réceptionner une cargaison livrée par une navette spatiale banalisée. Le doute n’est à ce stade plus permis, mais Zidarov fait du zèle en rendant une visite de courtoisie au gros lard ayant supervisé l’opération dans la cabane minable qu’il occupe à proximité du site d’atterrissage clandestin, une fois le convoi reparti. Ayant menotté et bâillonné son hôte pour pouvoir explorer sa piaule en paix, Zidarov a la surprise et l’horreur de découvrir une femelle de la race des abhumains entraperçus dans l’usine d’Urgeyena attachée sur un lit. Gras double est en effet un petit pervers, qui aime jouer du fouet pour se sentir puissant (ce qui est somme toute moins dégoûtant que d’autres explications à cette situation particulière). Dilemme profond pour notre héros, qui ne sait pas trop s’il doit tuer la mutante de sang-froid, ou la libérer de son tortionnaire. Pris de doute, il commence à dialoguer avec la grande godiche, et se rend vite compte qu’elle est plutôt à plaindre qu’à exterminer. En définitive, il décide de la remettre en liberté, scellant du même coup le sort de l’Indiana Jones en surpoids qui se dandine sur la moquette de la pièce d’à côté, et donnant à la rescapée les informations nécessaires pour qu’elle puisse tenter d’aller libérer ses congénères de leur camp de travail.

 

La nouvelle se termine par la confrontation entre Zidarov et Asparev, durant laquelle on apprend qu’un regrettable accident s’est déclaré récemment dans l’usine du vladar, la réduisant en cendres et provoquant la mort d’une bonne partie de ses ouvriers. On n’a par contre pas trouvé trace du moindre mutant sur les lieux du drame, et d’ailleurs les Probators n’ont même pas été mandatés pour enquêter sur l’origine du sinistre, ce qui est assez bizarre quand on y réfléchit… Voire même aberrant.

 

Chris Wraight nous sert une nouvelle bien pensée (et mettant en scène son héros de Warhammer Crime, Agusto Zidarov, également au sommaire de ‘Bloodlines’), explorant le thème du rapport à la mutation – et donc à la différence – d’un Imperium dont la diversité intrinsèque devrait pousser à la tolérance sur le sujet, mais qui se complaît au contraire dans son obscurantisme. Dans les ténèbres d’un lointain futur, on n’est pas à un paradoxe près. S’il n’a pas été le premier à exploiter cette ficelle (je pense en particulier à Barrington J. Bayley et à son ‘Children of the Emperor’ et à Gav Thorpe avec ‘Suffer Not the Unclean to Live’), Wraight est un des rares auteurs contemporains de la BL à remettre l’idée au goût du jour, y ajoutant de façon (à mon avis) délibérée et pertinente des similitudes avec la situation des migrants fuyant la misère et la guerre de leurs pays pour finir exploités en Europe ou aux Etats-Unis. La réalisation de Zidarov que les êtres qu’il considère comme des animaux sont en fait des humains, au même titre, voire davantage, que lui et ses concitoyens de Varangantua, pourrait amener le lecteur à réfléchir à son tour sur la gestion actuelle de la crise migratoire, si le cœur lui en dit. C’est en tout cas l’un des textes les plus actuels et « réalistes » publiés par la Black Library depuis un bout de temps, et il mérite à ce titre largement la lecture.

 

Autre point fort de cet ‘Aberrant’, la réussite de Wraight au moment de dépeindre son héros comme un individu moralement ambigu, et loin d’être exemplaire. Les protagonistes de l’anthologie ‘No Good Men’ ont en effet tendance à avoir plutôt un bon fond, malgré leurs tendances auto-destructrices/associales, alors que Zidarov est, lui, objectivement compromis. La difficile décision qu’il prend de libérer celle qui est, selon toute évidence, une victime d’une exploitation sans vergogne de la part de Varangantua au sens strict, et de l’Imperium au sens large, fait de ce personnage une véritable incarnation des « types pas bien » que nous promet le titre du recueil. À côté de cela, le fait que Zidarov ne soit pas le flic/détective privé solitaire et alcoolique qui revient avec d’infimes variantes dans les autres nouvelles de l’ouvrage, mais un citoyen assez normal, intégré, rationnel et avec une famille, renforce encore la ligne de faille entre ce qu’il apparaît être et ce qu’il faillit devenir. Bref, si le suspens n’est ici pas au rendez-vous, cette nouvelle a bien d’autres qualités à mettre en avant, et est sans doute l’un des premiers classiques de Warhammer Crime.

 

Exit Wound – D. Hinks :

 

Lorsque son colocataire fait une crise d’angoisse carabinée, persuadée qu’une certaine Ravin est sur le point de défoncer la porte pour venir lui faire sa fête, le premier réflexe de Judah est de… manger une poignée de criquets. Et de vomir tout ce qu’il sait quelques secondes plus tard, sous l’œil méprisant de son gyrinx de compagnie. Voilà un début original. Après vérification, il s’avère – comme d’habitude –, que Cyrus (le colocataire en question, paralysé des deux jambes après un tragique accident, ce qui ne limite en rien son potentiel de vacarme) a simplement fait un mauvais rêve, Judah lui annonçant en le bordant dans son lit que Ravin est morte il y a longtemps. Il devrait le savoir, car les deux larrons sont responsables de sa disparition. Après avoir administré un somnifère à l’invalide et lui avoir laissé une boîte à musique ouverte sur l’étagère (rien que pour le faire ch…, dans la grande tradition des blagues potaches de colocs), Judah quitte l’appartement pour aller à un rendez vous d’affaires important, dans le centre de Paavo.

 

Dans un bar louche, notre héros s’entretient rapidement avec l’impeccablement sapé baron du crime Vulchalo, que la coquetterie pousse à vivre la tête dans un bocal rempli de crème de jour et de soin detox, ce qui lui donne un look inégalable. Vulchalo a besoin des compétences uniques de Judah pour mettre sur la touche le futur vladar de Paavo, une sombre brute du nom de Skaalinger. La cérémonie de confirmation ayant lieu dans la journée, Juju n’a pas de temps à perdre, et se dirige sans tarder vers le palais municipal de l’Astragalus où se tiendra la petite fête. Il ne nous faut pas longtemps avant de découvrir la spécialité, assez originale de Judah, en matière d’opération discrète. Notre homme possède en effet une glande lacrymole implantée dans la paume de la main, ce qui lui permet, lorsque les toxines présentes dans les sauterelles boulottées quelques minutes plus tôt sont actives dans son organisme, de prendre l’apparence de quiconque a eu la gentillesse de lui souffler sur la main. Il faut voir ça comme une sorte d’alcootest perfectionné. Cette capacité à changer de forme, et le fait qu’il laisse derrière lui une aile de criquet pour signer ses actes, lui ont valu le nom d’Orthoptera sur Varangantua, un assassin mystérieux et doté d’un code d’honneur, ce qui est rare dans la profession.

 

Malgré ce talent pour l’imitation, qui rivalise avec celui d’Yves Lecoq, Judah se doit de procéder avec prudence, car la sherpa de Skaalinger, l’imposante impresario/coach de vie/garde du corps Talitha, n’est pas du genre à laisser le moindre détail au hasard, et tient absolument à ce que l’intronisation de son protégé se passe sans accroc. Aussi, lorsqu’elle trouve la forme inconsciente du serviteur que Judah a neutralisé pour commencer son infiltration, ainsi que l’élytre signature de l’Orthoptera à proximité, elle se met en chasse de l’assassin, sans être dans un premier temps informée de son informisme (gag). Lorsqu’elle finit par déduire qu’elle court après une ombre, Judah n’est plus qu’à quelques mètres de sa cible, mais les gardes de cette dernière ont reçu l’ordre de tirer à vue sur quiconque ferait mine de s’approcher du futur vladar, ne serait ce que pour faire un selfie. Comment mener à bien cette mission dans de telles circonstances ?

 

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Darius Hinks choisit de se démarquer de la concurrence en multipliant les inclusions intrigantes/saugrenues (dans le bon sens du terme) dans cet ‘Exit Wound’. Criquets toxiques, gyrinx d’appartement, grabataire irascible, dandy à bocal, glande lacrymole… Il y a ici de quoi piquer l’intérêt du plus blasé des lecteurs (catégorie dans laquelle vous me permettrez de me placer d’office), et comme Hinks ne sombre pas dans le ridicule ou la démesure par la suite, ces additions relèvent l’intérêt littéraire de cette nouvelle, autrement assez classique mais bien exécutée. En racontant l’histoire du point de vue du tueur au moment où il cherche à commettre son crime, l’auteur troque le suspens du polar (qui l’a fait ?) pour celui de l’action (va-t-il arriver à le faire ?), ce qui nécessite moins de savoir-faire narratif, mais reste efficace et distrayant pour le lecteur. J’avoue qu’il ne me déplairait pas d’en savoir un peu plus sur Judah l’Orthoptera dans une soumission prochaine, tant sur son passé douloureux que sur ses motivations rédemptrices. Une nouveauté pour un personnage de Hinks.

 

The View from Olympus – G. Hanrahan :

 

Pelorus Mons, patriarche de la famille du même nom, dont la fortune repose sur la fabrication d’armes laser, a été retrouvé mort dans son étude privée. Envoyé sur place pour conclure à un dramatique accident, le Probator Vorzhen ne peut toutefois s’empêcher de débuter une véritable enquête lorsque des éléments troublants se présentent à sa vue. Pelorus a en effet rédigé et fait certifier sous témoin un nouveau testament au cours de la soirée précédant son décès, faisant de sa fille Cecilia l’héritière de l’empire familial en lieu et place de son aîné, Jerik. À cela viennent s’ajouter les traces de strangulation relevées par Vorzhen sur le cadavre, victime selon la version officielle d’un pistolet laser chatouilleux, ayant fait feu alors que M. Mons se brossait les dents avec (ou quelque chose comme ça). Et pour couronner le tout, l’archiviste Doria Beshombe, qui a servi de témoin à son patron pour l’écriture du Nouveau Testament, et est la dernière personne à l’avoir vu en vie, n’est pas retournée à son poste le lendemain. Vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre…

 

Ce ne sont pas les pistes qui manquent pour Vorzhen, chacun des trois enfants de Pelorus (le business man Jerik, la jetsetteuse Cecilia et le hobo Teratus) pouvant bénéficier d’une manière ou d’une autre de la disparition de leur paternel, ou ayant des motifs justifiant un passage à l’acte. Dans le cas de Jerik, héritier présomptif de longue date, ce sont ses relations poussées avec le Logis Artorius du Mechanicum qui lui ont valu l’ire de son père, qui voyait d’un mauvais œil les servants de l’Omnimessie mettre leurs méchadendrites dans la petite affaire familiale. Ce même Artorius qui a été le premier à pénétrer dans le bureau du défunt, fermé de l’intérieur, le lendemain de son décès, et que Doria Beshombe accuse de l’avoir agressée alors qu’elle prenait congé. D’interrogatoire en filature, de déductions en révélations, ce dossier va pousser l’affable et blasé Probator dans ses derniers retranchements…

 

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Gareth Hanrahan a manifestement les compétences nécessaires pour l’écriture de littérature policière, et, en tant que relatif nouveau venu au sein de la Black Library au moment de la publication de ‘The View from Olympus Mons’, a peut-être été recruté par cette dernière principalement en raison de cette spécialité. Je dois reconnaître que la narration et la progression de cette nouvelle sont d’une fluidité et d’une imprédictibilité (une bonne chose pour une histoire de meurtre à élucider) appréciables par rapport à la majorité des autres textes de la même veine publiés par la BL, et je m’attendais donc à un dénouement dans la grande tradition du genre, avec un coupable identifié sur base d’un indice faisant brutalement sens au héros. J’ai donc été déçu lorsqu’il s’est avéré que le tueur était une espèce d’entité mystico-technologique, dont ni les motivations, ni le mode opératoire, ne sont expliqués de façon convaincante par Hanrahan. Cette fin en demi-teinte est peut-être la caractéristique de sa prose qui dénote le plus de sa nouveauté dans la GW-Fiction, un univers où, certes, il n’y a que la guerre, mais qui a au moins la sollicitude d’apporter des réponses définitives et sans équivoque à son lectorat.

 

Impurities – G. McNeill :

 

La journée très classique de Jovian Colbrand, homme de main freelance dans le district de Saltstone, prend un tour tragique lorsqu’il est contacté par la Sœur Supérieure de l’Ordre d’Obsidienne, Marika. Sa soirée passée à négocier la remise de la fille d’un notable local, la délurée Moonrae-ska Faylona Nokanen, en échange d’une rançon auprès d’un gang de petites frappes alliant stupidité, crédulité et humour à deux balles1, est en effet irrémédiablement ruinée par l’annonce de la mort de sa chère Sœur Lyza, qui lui avait permis de se défaire d’une lourde dépendance au picon bière lors de son arrivée sur Alecto, et à laquelle il était donc profondément et éternellement redevable. Pire, Lyza a été retrouvée assassinée de deux balles dans la tête, malgré la très haute estime dans laquelle sont tenues les membres de l’Ordre, qui s’occupent d’un hôpital pour enfants situé au cœur du district déshérité de Saltstone (le Calais de Varangantua). Sur le chemin de la morgue où il va commencer son enquête, Colbrand fait la rencontre fortuite d’une Ratling (Roza Kovshova), ex-sniper (comme de juste), qui a amené son jeune fils Nanosh se faire soigner après que le bambin soit tombé méchamment malade, comme un nombre franchement inquiétant de résident de la té-ci. Tous deux étant des AWOL de la Garde Impériale, une certaine complicité se noue entre les déserteurs, ce qui aura son importance plus tard, comme nous le verrons.

 

Si l’autopsie de Lyza ne donne pas grand-chose à exploiter à Colbrand et Oletha, sa collègue désincarnée (qui communique avec le héros en piratant ses bioniques et/ou les Serviteurs et Servo-Crânes à proximité), elle les met toutefois sur la piste d’une poudre jaune retrouvée sous les ongles de la défunte. Après avoir rendu une visite de courtoisie au chef des Enforcers du district, le mielleux et corrompu Emil Zavadan, pour tenter de savoir si ses hommes ont repéré des indices exploitables sur les lieux du crime, Colbrand se rend sur place, et ne met pas longtemps à découvrir que la (quasi) increvable Lyza a eu le temps et l’énergie de dissimuler une clé USB dans une fissure d’un mur recouvert d’un tag d’Imperial Fist (d’où le coloris jaune poussin2après avoir pris ses deux bastos dans le melon. Elle devait avoir la règle Feel No Pain, c’est pas possible autrement. Cette trouvaille fait progresser l’enquête à pas de géant Titan, Oletha décryptant en quelques minutes les informations contenues sur le support planqué par la bonne sœur une fois Colbrand retourné à son domicile. Parmi les dossiers et les documents qu’il peut alors consulter, l’ombre d’une conspiration de grande échelle commence alors à prendre forme…

 

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Graham McNeill replonge dans les eaux troubles de la nouvelle de polar à la sauce grimdark, qu’il avait déjà eu l’occasion de sonder il y a bien longtemps, au moment de la sortie du jeu Inquisitor (‘Payback’), avec ce drame aqueux compensant son manque de suspens (pas vraiment de twist final ici) par une exécution sérieuse et quelques bonnes idées, à commencer par le personnage d’Oletha, hackeuse de choc et adepte inconditionnelle du télétravail, ou encore la première scène de la nouvelle, plutôt drôle, où un Colbrand hilare s’amuse à faire tourner en bourrique la bande de gangers bas du front ayant kidnappé la fifille à son pôpa, puis le chef de la sécurité de ce dernier. Pas très original, mais bien réalisé en somme, comme McNeill est tout à fait capable de le faire quand il s’en donne les moyens.

 

1 : Leur chef a appelé son flingue Oracle car « il prédit toujours la mort ». Ce qui fait se gondoler – à juste titre – notre héros, mais manque de faire tourner l’opération au vinaigre, le truand n’appréciant pas que l’on remettre en cause sa fibre romanesque.   

 

2 : Coup de chance tout de même. Ça aurait été un Raven Guard, Colbrand en aurait simplement déduit qu’elle avait les ongles sales.

 

No Use for Good Men – G. Haley :

 

Notre récit commence par un petit mail envoyé par l’humble et fidèle Probator Fyedor Blovast à l’honorable et exalté Chef Justicius Maksell Resk, annonçant des progrès notables dans le décryptage du journal intime d’un certain Symeon Dymaxion-Noctis, placé sous bonne garde pour une raison indéterminée par la maréchaussée du district de Nearsteel. La nouvelle qui suit est l’extrait traduit par le stagiaire Linguee du probatoriat, ce qui indique clairement qu’il ne faut pas s’attendre à un compte-rendu complet et exhaustif de la vie et de l’œuvre de Sym’. Et pour cause…

 

Les quelques pages que nous sert Guy Haley sont consacrées à la description d’une matinée assez banale de notre héros, un Probator plutôt nanti et qui ne s’en cache ni ne s’en plaint pas (il a eu sa phase « solidarité prolétaire », mais ça lui est passé), vivant dans un duplex en haut de spire, avec un felid et un bras augmétique. Il enquête posément sur la disparition de Xuliana Marchentska, fille idéaliste d’un notable local, supposée enlevée et probablement morte à l’heure qu’il est. Un suspect ayant été localisé dans une cité sensible toute proche, Symeon décide d’y faire un saut pour tenter de le cueillir, malgré le fait qu’une émeute de la faim est en train de couver dans le district, et que la riposte des gardiens de la paix l’épée se prépare de concert. Usant de son statut spécial pour négocier le cordon de Sanctioners qui s’apprête à casser du contestataire, le super flic arrive en vue du dernier domicile connu de sa proie (Yerzy Demedoi)… et se fait griller par ce dernier sur le pas de la porte. Pas de chance.

 

S’en suit une course poursuite haletante et mauvaise pour les rotules, alors qu’en arrière-plan les CRS de Varangantua commencent à bavurer dans les brancards, au terme de laquelle le bien portant Symeon (Haley insiste là dessus, alors moi aussi) rattrape presque Demedoi, mais décide finalement de lui coller une bastos dans la cuisse au lieu de couvrir les 10 derniers mètres et de tenter le placage cathédrale. Sa fainéantise lui jouera un sale tour, et plus encore au fugitif, car son tir au jugé perce l’artère fémorale du présumé coupable, qui décide de finir en beauté d’un saut de l’ange renversé plutôt que de se vider tranquillement de son sang en répondant aux questions de son meurtrier. C’est bien une ingratitude de pauvre, ça. Ce faisant, il passe de l’autre côté du voile de chaînes métalliques qui sépare le district civil de Nearsteel de l’enclave du Mechanicum de Steelmound, ce qui place son cadavre hors de la juridiction et de la portée de Symeon, qui n’a plus qu’à rentrer chez lui ouvrir une boîte de Ronron à son matou d’appartement. Et c’est tout. La suite dans ‘Flesh & Steel’, j’imagine…

 

Haley fait sa propre pub pour le roman ‘Flesh & Steel’, écrit également pour Warhammer Crime, et mettant en vedette l’Hercule Poivrot de Varangantua, Symeon Noctis. Je ne lui en aurais pas tenu rigueur si le message publicitaire en question (‘No Use for Good Men’) avait été une véritable nouvelle, avec une intrigue, un développement et une conclusion, ce qui n’est malheureusement pas le cas. À la place, on a le droit à vingt quatre heures dans la vie d’un fât, dans un récit mêlant description de la géopolitique de Nearsteel, considérations philosophiques du héros, course poursuite peu concluante et références appuyées à un passé/futur mystérieux qui seront explicitées dans le bouquin qui prendra la suite de ce teaser littéraire. Haley sachant tenir une plume, l’ensemble est très lisible, mais ça sent la grosse démotivation de sa part, ce qui se solde par une expérience décevante pour le lecteur. J’espère vraiment pour lui que la lecture de ce ‘No Use for Good Men’ jettera un éclairage nouveau sur ‘Flesh and Steel’ (ce qui pourrait à la rigueur justifier sa lecture), mais j’en doute assez fortement.

 

Cold Cases – M. Collins :

 

Quillon Drask n’a pas eu la carrière qu’il méritait, mais ce n’est pas vraiment de sa faute. Rattaché à l’excellentissime Senior Probator Alexius Voight pendant son stage de fin d’études, notre héros a été à bonne école mais la série de meurtres rituels commis par un insaisissable tueur surnommé la Pièce d’Argent, en rapport avec l’obole qu’il laissait sous la langue de ses victimes, a plongé Alex dans une folie obsessionnelle qui lui a coûté sa réputation, son job et son cercle d’amis. Marqué par la déchéance de son mentor, Drask a sombré à son tour dans l’excentricité et l’alcoolisme au cours des trente années qui ont suivi, devenant le flic honteux et débraillé de son commissariat (il en faut bien un). La découverte d’un cadavre atrocement mutilé, et dont l’estomac contient une pièce d’argent, comme à la belle époque, va toutefois donner une bonne raison à Kiki de se secouer les puces et de montrer à son entourage qu’il en a encore dans le cabochon.

 

Mis sur la piste du monde interlope de la jouvence clandestine par le tatouage arboré par la victime, Drask commence son enquête par l’interrogatoire de la patronne d’un salon d’esthétique très privé, qui lui apprend le nom du macchabée (Ephraïm), avant de le faire tabasser par ses gorilles sauver les apparences auprès des voisins (collaborer avec les Probators, c’est mal vu). Peu rancunier et assez dur au mal, notre héros enquille sur le débriefing de l’autopsie d’Ephraïm, qui semble avoir été victime d’un imitateur assez peu doué de la Pièce d’Argent, s’étant servi d’une pioche pour faire son affaire au jouvence-au au lieu du couteau favorisé par le tueur original. Les savante supputations de Drask devront cependant attendre car on l’informe dans l’oreillette qu’un autre corps a été trouvé, et qu’il porte également la marque de Bob la Ferraille.

 

Après avoir inspecté la nouvelle scène de crime, le Probator décide de se replonger dans les archives des meurtres de la Pièce d’Argent, en s’aidant du manuel des meilleures astuces pour attraper un assassin laissé par le vieux Voight avant sa disparition. À en croire ce bouquin, une des clés de la réussite est de ne pas choisir son suspect numéro 1 parmi la classe supérieure de Varangantua, afin d’éviter que ses relations et sa richesse ne le mettent hors de portée d’un simple flic de cité ruche. C’est ce qui est arrivé à Sargas Hylath, héritier d’une dynastie d’industriels miniers, qui avait le profil parfait du tueur sadique, mais a été soustrait aux regards inquisiteurs de la Lex-Alecto par son paternel avant que Voight n’ait pu agir. Un camouflet dont il ne s’est jamais remis.

 

Mais les miracles de la science, et les éléments de la nouvelle enquête, permettent à Drask de potentiellement réussir là où son vieux maître a échoué. Car les traces de minéraux trouvées dans les plaies d’Ephraïm correspondent à de l’adamantium, la spécialité des mines des Hylath. Quant aux trois décennies qui se sont passées depuis les derniers meurtres de la Pièce d’Argent, elles peuvent s’expliquer par la présence autoritaire du papa de Sargas (mort il y a trois semaines), et être effacées par la cure de jouvence administrée par Ephraïm, tué par l’héritier pour effacer ses traces. Drask court donc exposer ses conclusions à la Senior Probator qui a récupéré l’affaire, la convainc de la solidité de son raisonnement, et, pendant qu’elle convoque la presse pour aller arrêter Sargas dans son manoir, il se rend dans le pied à terre gardée par la dynastie au cœur de la cité, sur le coup d’un obscur pressentiment…

 

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Un tueur en série flamboyant, des meurtres sanglants et non élucidés, une disparition mystérieuse, un héros désabusé mais capable de déductions inspirées, du pouvoir, de l’argent, la noirceur et l’inhumanité d’une grande ville en déréliction… Marc Collins avait réuni tous les ingrédients nécessaires pour réaliser une bonne nouvelle de polar grimdark, mais n’a au final pas réussi à les sublimer en quelque chose de plus convaincant que la somme de leurs parties. J’en suis le premier attristé, car la mise en place était pourtant prometteuse, mais le coup de théâtre final se voyait comme l’Astronomican au milieu du Warp, et les explications livrées par Voight/Collins se sont avérées aussi solides qu’une étagère IKEA montée par un Ork. Le vieux flic qui plaque tout pour se faire mineur pendant trente ans, juste pour pouvoir approcher sa cible ? Qui claque ses économies pour bénéficier d’une cure de jouvence pour pouvoir passer son entretien d’embauche ? Et qui devient finalement un meurtrier à son tour, trente ans (!!) après avoir de toute évidence, perdu la boule ? I’m not buying that. Et je vous épargne les ajouts de Collins sur la congélation des corps venant brouiller (un peu) la chronologie des meurtres, ce qui au final ne sert à rien dans l’intrigue, étant donné que les deux tueries sont séparées de trente ans (!!!). Bref, malgré une indéniable volonté de bien faire, le compte n’y est pas (encore).

 

Against the Grain – N. Kyme :

 

Détective privé (jaeger) de bas étage à Genovska, le district chaud – dans tous les sens du terme – de Varangantua, Thade Efrem surprend une armoire à glace peu amène dans son appartement à son retour du boulot. Comme tout citoyen d’Alecto digne de ce nom, la première réaction de notre héros, un vétéran de la Garde Impériale ayant perdu la foi dans l’institution ainsi que sa jambe gauche lors d’un bombardement « ami » orchestré par le haut commandement lors d’une campagne xenocide, est de tirer sur l’intrus, qui arrive à éviter de se faire trouer la peau, et aurait sans aucun doute fait bouffer sa prothèse à Efrem sans l’intervention de son employeuse, la diaphane Velhena Calicus. Cette dernière, qui a équipé son gros bras (Stave1) d’un baby-call et d’un rétroprojecteur pour éviter de venir en personne, expose rapidement son cas à Efrem sous forme holographique après que les deux hommes aient fini de se faire des papouilles : son mari, Byron, a disparu depuis dix jours sans laisser de nouvelles, et elle a besoin d’un spécialiste discret et vénal comme notre jaeger pour le retrouver. L’affaire est en effet rendu puante par la dernière communication envoyée par le mari à sa femme, indiquant qu’il a mis la main sur une information très sensible dans le cadre de son travail (il est fiscal-savant – autant dire contrôleur de gestion – au sein du tout-puissant conglomérat Karridinus Farms, gros fournisseur de rations nutritives au Ministorum), qu’il va essayer de monter un dossier solide avant de passer à l’action, et que dans l’intervalle, il serait préférable que Velhena reste à la maison, pour sa propre sécurité. Alléché par la somme promise par sa nouvelle cliente, et par la mise à disposition d’un véhicule de fonction haut de gamme par cette dernière, Efrem accepte l’affaire et se met à enquêter dès le lendemain.

 

Son investigation, qu’il serait très long et peu intéressant de relater ici en détail (une caractéristique intrinsèque au genre du polar), le mène à la rencontre de nombreux interlocuteurs reliés au disparu, comme le PDG de Karridinus, le baron Ohram Varr, ou encore une Arbites enquêtant en solo sur les agissements de ce dernier, et qui conseille en des termes non incertains au privé d’abandonner ses recherches pour son propre bien. Il a également la chance de retrouver sa vieille camarade Seraf Ciastro, connue à l’armée et devenue Lieutenant de police, ou l’équivalent, après avoir été cueilli (et assommé) par les flics locaux après un échange de tirs avec l’Arbites en question. Efrem visite également la garçonnière de Byron, le siège social de Karridinius Farms, une zone d’entrepôts située à proximité de ce dernier, et un bar minable gardé par une ogresse, amassant les indices (qu’est-ce que le « gedge » qui revient dans les notes de Byby ?), les menaces de mort et les KO techniques, jusqu’à ce qu’il commence à assembler les pièces du puzzle, augurant d’une réalité assez malsaine. Tout finit par se mettre en place lorsqu’il surprend le fugueur sous un lampadaire à deux pas du domicile conjugal, mais que ce dernier s’enfuit lorsque l’enquêteur le hèle, attirant Efrem dans un guets-apens tendu par trois mercenaires employés par la Maison Mermidian, une dynastie de Marchands Libres en relation plus qu’exclusive avec Karridinus…

 

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Cette longue nouvelle terminant l’anthologie ‘No Good Men’ donne à Nick Kyme l’occasion de se tirer du bolter porn dans lequel il avait sombré corps et bien, pour un résultat assez convenable, dans la droite lignée de ses travaux horrifiques (‘Stiches’). Sans se montrer génialement inspiré par ce nouveau contexte2, Kyme livre une copie sérieuse et respectant les grands codes du genre, de l’anti-héros associal et torturé, mais tout de même animé par un profond sens de la justice, jusqu’à la conspiration de puissants très (trop) puissants, et donc a priori intouchables, en passant par la flic sous couverture, les bars louches, les mauvaises rencontres au fond de ruelles sombres, et les indices cryptiques qui font soudainement sens. On doit également mettre au crédit de Kyme les clarifications intéressantes qu’il apporte sur l’Adeptus Arbites, dont le mandat est de faire respecter la Lex Imperialis, et pas de s’occuper des crimes de bas étage propre à chaque planète de l’Imperium. C’est une distinction dont je n’étais pas au courant précédemment, et qui est potentiellement lourde de sens en termes de fluff, car la Lex Imperialis s’intéresse uniquement au respect des édits de Terra en matière de versement de la dîme, traque des Psykers, régulation des mutants, et persécutions des hérétiques et Xenos. Les Arbites empiètent donc en bonne partie sur les plates-bandes de l’Inquisition dans le Kymeverse, qui a de bonnes chances d’être canonisé, vu la position du bonhomme au sein de la Black Library. En bref, une lecture plutôt agréable, qui vous réconciliera (un peu, beaucoup…) avec la prose de Nick Kyme si, comme moi, vous associez cette dernière avec de l’action énergiquement stupide.

 

1Ce qui veut dire gourdin en français (ça veut aussi dire portée – le terme musical – mais je doute que ce soit le sens auquel Kyme a pensé au moment de baptiser son malabar).

 

2 : Et en s’inspirant franchement d’autres auteurs à l’occasion. En plus du final très connoté Thomas Harris, Kyme commence son récit par une fixette sur le flingue de son héros, qui n’aurait pas dépareillé dans un des tomes de la trilogie ‘Eisenhorn’ de Dan Abnett.

 

 

***

 

Et voilà qui termine cette revue de ‘No Good Men’point de départ de la nouvelle de polar à la sauce 40K. Le message principal que je souhaite faire passer aux lecteurs potentiellement intéressés par cet ouvrage est de ne pas s’attendre à une collection de whodunits, car aucune des histoires présentées ici ne se positionne sur ce créneau. À la place, on a le droit à une plongée dans la réalité peu glorieuse d’une cité ruche, où les crimes sont finalement moins intéressants en eux-mêmes que ce qu’ils disent de la société cauchemardesque, et pourtant fonctionnelle, du 41ème millénaire. J’ai lu quelque part le terme de domestic grimdark, et cela correspond parfaitement au contenu et à la tonalité de ‘No Good Men’, qui s’inscrit de ce fait dans la lignée de certaines nouvelles Warhammer Horror se déroulant dans l’univers de Warhammer 40.000 (‘Miracles’‘The Nothings’‘Hab Fever Lockdown’…). Début pour début, je dois dire que j’ai été plus convaincu par Horror que Crime, mais ‘No Good Men’ reste une lecture divertissante tant qu’on ne place d’attentes démesurées sur cette anthologie. Elle permet notamment de découvrir une nouvelle facette de certains auteurs de la Black Library qu’on ne leur connaissait pas, ou peu, la salutaire absence de Space Marines et de guerre ouverte leur permettant de varier un peu leur écriture. Notons également qu’il s’agit du premier ouvrage grossier de la BL, les fuck et shit ne manquant pas au fil des pages1. À l’heure où nous arrivons à la fin de la première vague de sorties pour cette nouvelle gamme, je souhaite à cette dernière le même succès que celui rencontré par son horrifique grande sœur, et aurai plaisir à prendre quelques nouvelles enquêtes à mon compte ici même si l’occasion se présente.

 

1Pour les lecteurs non familiers de la Black Library, cette dernière utilisait jusqu’ici la grande variété culturelle de l’Imperium à son avantage, en demandant à ses auteurs de créer leurs propres jurons, comme le célèbre « feth » de Tanith.

 

Schattra, "there's still crime in the city..."

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Bonjour, bonne année, et bienvenue dans cette revue, un peu tardive, de la Warhammer Horror Week 2020. Organisée aux alentours d’Halloween, cette seconde célébration de la gamme horrifique de la Black Library mit à l’honneur cinq auteurs à travers le format classique de la soumission quotidienne d’une nouvelle inédite. On connaît la chanson.

 

Cette semaine angoissante se compose de trois courts format siglés 40K pour deux se déroulant dans les Royaumes Mortels. Si James Brogden est le seul véritable nouveau nom au programme (bienvenue à lui), il faut noter que ‘Nightbleed‘ et ‘A Moment of Cruelty’ sont les premières armes de leurs auteurs respectifs (Peter Fehervari et Phil Kelly) pour Warhammer Horror1. Nick Kyme et Lora Gray complètent le line up et font office de vétérans de l’exercice. Avant de se lancer dans la dissection de ces nouvelles, remarquons et remercions la BL pour la direction artistique sobre, atmosphérique et pertinente (les illustrations font référence à des passages ou des descriptions figurant dans chaque histoire) retenue pour l’itération 2020 de l’Horror Week, en net progrès par rapport à celle de 2019 (à mon humble avis). Le cadre étant posé et la victime sacrificielle en place, il est temps de voir ce que cette dernière a dans le ventre…

 

1 : Encore que l’on puisse considérer que ‘Requiem Infernal’ soit un roman d’horreur de plein droit malgré l’absence du logo du crâne couronné sur la couverture. ‘The Reverie’, dûment siglé du symbole susmentionné, est d’ailleurs sorti à peu près au même moment que ‘Nightbleed’, marquant doublement l’entrée de Fehervari dans le Darkest Coil.

 

warhammer-horror-week-2020.png

 

Five Candles - L. Gray :

 

five-candles.pngVivant en ermite parmi les collines reculées d’Aqshy, la vieille Havisa a commis l’erreur de piquer un roupillon sans avoir éteint sa chandelle de chevet. Réveillée par le début d’incendie, elle ne peut que clopiner jusqu’à la mare la plus proche pour tenter d’éteindre les flammes, même si ses problèmes d’articulation diminuent drastiquement ses chances de succès. Dans son malheur, elle a toutefois la chance de rencontrer un étranger venu s’abreuver au point d’eau, prêt à lui venir en aide de façon désintéressée (ce qui n’est pas du tout la coutume en Aqshy apparemment). Las, malgré la jeunesse et la vigueur de son nouvel ami (Eudon), qui est trop poli pour lui arracher le seau des mains et doit donc jouer les pompiers de service avec un abreuvoir (balèze le type), Havisa ne parvient pas à sauver sa masure, et doit se contenter de sauver quelques économies ainsi que sa fidèle lance de guerre. Si seulement elle n’avait pas tenté de marchander le prix de cette alarme incendie lors du dernier passage du camelot itinérant…

 

La contemplation des ruines fumantes laisse au moins un peu de temps pour que de vraies présentations se fassent. On apprend ainsi qu’Eudon est une sorte de héraut campagnard, voyageant de Royaume en Royaume et de village en village pour alerter la populace des dangers du récent nécroséisme, beaucoup plus virulent que les précédents. Comme Havisa n’a d’autres choix que de se rendre jusqu’au hameau le plus proche, malgré les relations glaciales (un comble en Aqshy) qu’elle entretient avec la bande de jeunes – moyenne d’âge : 14 ans – qui y vit, elle accepte que le bon samaritain l’escorte. En route, il lui raconte la légende du chien noir de Mhurghast, une bête maudite dont le régime alimentaire consiste en voyageurs se trouvant à des carrefours à minuit, ce qui est tout de même très spécifique. Le pauvre toutou doit crever la dalle, c’est moi qui vous le dit. Bien entendu, Havisa refuse de gober ces sornettes, et bien entendu, Eudon lui assure le plus sérieusement du monde que le chien noir est tout ce qu’il y a de plus réel. Et ça tombe plutôt bien d’ailleurs, car la nuit commence à tomber. L’ombre furtive que Havisa croit voir rôder à la limite de son champ de vision serait-ce un simple campagnol obèse, ou une présence plus néfaste ?

 

Arrivés au village, les deux voyageurs obtiennent une audience de la part du conseil, qui accueille avec sarcasme la mise en garde d’Eudon et son conseil de migrer vers des zones plus clémentes. L’étranger a beau pincer la corde de la fierté des Aqshiens, ces derniers n’en démordent pas : ils resteront dans leurs collines. Eudon n’a plus qu’à reprendre la route, et demande à ce qu’on lui accorde un guide pour le mener jusqu’au prochain hameau. Comme c’est là que sa seule famille réside, et que personne ne lui adresse la parole sans lâcher des gros « OK Boomer », Havisa se porte volontaire. Son bon sens paysan lui fait toutefois acheter quelques vivres et cinq bougies pour la route, qui se fera, comme c’est étrange, de nuit…

 

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Lora Gray m’avait habitué à des histoires plus prenantes et abouties que ce ‘Five Candles’, qui ne se révèle guère surprenant (un défaut majeur pour une nouvelle d’horreur). Avec deux personnages principaux et une menace mystérieuse, le suspense aurait eu du mal à être insoutenable, mais l’ambiance aurait pu être plus travaillée, à l’image de ce que Gray avait réussi à faire dans ‘These Hands, These Wings’ par exemple. Une petite déception valant mieux qu’un gros ratage, je ne déconseillerai pas la lecture de ‘Five Candles’ dans l’absolu, mais recommanderai plutôt de se pencher sur les autres œuvres de Lora Gray avant de considérer celle-ci, à réserver aux inconditionnels de cet auteur.

 

Nightbleed - P. Fehervari :

 

nightbleed.pngLes journées de Chel Jarrow, medicae disgraciée et névrosée de Sarastus, sont hantées par un cauchemar récurrent dans lequel elle se revoit faire l’erreur qui lui a coûté sa carrière, ainsi que la vie d’une de ses patientes. Epuisée par un enchaînement de gardes, elle a en effet confondu un Death Guard « XIV » avec un Son of Horus « XVI » et injecté de l’eau de javel à une malade du COVID-19K, ou une joyeuseté de cet ordre, ce qui ne pouvait pas bien se terminer. Renvoyée par son employeur, elle enchaîne depuis les petits boulots minables, le dernier en date consistant à servir de technicienne de laboratoire dans une usine agroalimentaire. Affectée à des cycles nocturnes pour ne pas entraver la production, Chel passe ses journées à dormir et ses soirées à éviter son mari Lyle, dont elle ne supporte plus la petitesse et la servilité1. Une bonne crise de la quarantaine comme on les aime, en somme.

 

Alors qu’elle prend le chemin du turbin, elle remarque en attendant que l’ascenseur monte (131ème étage, tout de même) que de nouveaux tags ont fait leur apparition sur les murs de son couloir. L’un d’eux représente l’homme aiguille (Needleman), une sorte de croquemitaine local vivant dans les ténèbres et cherchant sans relâche à saboter les dômes abritant les cités ruches de Sarastus pour permettre à la Nuit Véritable de régner sans partage sur la planète. Le trouillomètre commence à s’affoler lorsque Chel entend des bruits suspects dans l’obscurité du couloir, hors de portée de sa fidèle lampe torche. Ou plutôt, aurait dû s’affoler car notre héroïne n’éprouve pas le moindre émoi à la pensée qu’un prédateur la guette peut-être depuis les ténèbres. C’est l’avantage d’avoir une vie vraiment pourrie : on voit toujours le bon côté des choses. Ceci dit, il ne se passera rien de bien méchant avant que l’ascenseur ne finisse enfin par arriver, et emmène Chel jusqu’au rez de chaussée de la tour Barka.

 

Il est temps pour nous de faire la connaissance de notre second personnage principal, un jeune à problème s’étant rebaptisé Screech (cri perçant en français) après avoir entendu sa mère pousser un hurlement inhumain lorsqu’il lui a crevé les yeux à l’aide d’une fourchette. Il venait de tuer son père de la même façon, et avait 14 ans à l’époque des faits. Voilà voilà. Obsédé par le mythe de l’homme aiguille, qui l’a fait basculer dans la folie homicidaire, Screech est devenu un grapheur marginal, laissant des messages aussi inquiétants que mal orthographiés2 sur les murs de la cité. En plus de cela, il lui arrive d’enfiler son cosplay de Needleman pour aller trucider du prolo au gré de ses envies. Cette nuit lui semble d’ailleurs propice à un nouveau crime, et alors qu’il erre dans la cité à la recherche de la bonne cible, son chemin finit par croiser celui de Chel, qui a pris place dans son TER habituel pour aller bosser. Pas de doute possible pour Screech, c’est elle que le destin a choisi pour rapprocher Sarastus de la Nuit Véritable, un meurtre sanguinaire à la fois.

 

De son côté, Chel, qui en a vu d’autres et se balade avec un taser dans la poche, sent bien que l’ado tatoué et crasseux qui s’est assis par terre en tête de wagon et l’épie sans en avoir l’air n’est pas animé d’intentions charitables envers sa personne. Une poussée de mauvaise humeur manque de la faire aller au clash contre son stalker (pas vraiment discret) à la sortie du train, mais ce dernier est trop perdu dans ses pensées (il a dû sniffer le reste de sa bombe de rose pour passer le temps) pour prendre la mouche. Laissant à sa victime un peu d’avance, il finit par la suivre jusqu’à l’usine où elle travaille, après avoir enfilé son habit de non-lumière : un masque de métal et les griffes de Freddie. Ainsi paré, il se sent possédé par l’esprit de Noël du Needleman, que l’on devine être un peu plus qu’un simple fantasme d’achluophobe. Et en effet, lorsque Screech se retrouve attaqué par un cyber molosse après être entré par effraction dans le périmètre de l’usine de Potton Vitapax, il ne doit son salut qu’à sa possession temporaire par son esprit totem, dont l’un des pouvoirs consiste à pouvoir tordre ses bras dans tous les sens, ce qui est pratique pour venir à bout d’un mastiff énergétique qui vous cloué au sol après vous avoir déchiqueté la cuisse. Mal en point mais toujours opérationnel, notre héraut reprend sa traque en traînant la jambe.

 

Pendant ce temps, Chel s’est remise à travailler sur le dernier échantillon qui lui a été remis, et dont elle suspecte la nature maléfique, ou en tout cas néfaste, sans pouvoir le prouver. Les tests du VLG-01 n’ont en effet rien détecté de suspect, mais la consistance de goudron pervers de la substance rend son utilisation dans des produits cuisinés, même pour des travailleurs de la caste Delta, impensable. En désespoir de cause, et prise d’une inspiration subite, Chel a résolu la veille d’ingérer un peu de cette mixture, ce qui a semble-t-il renforcé ses cauchemars. N’y tenant plus, et sans doute en manque, la technicienne décide d’aller visiter le lieu de stockage du VLG-01, convainquant pour ce faire un des gardes de nuit de la conduire jusqu’à l’entrepôt (forcément abandonné jusqu’il y a peu car il avait mauvaise réputation). Là, deux choses horribles se produisent coup sur coup. Premièrement, Chel sombre dans la folie et se sert une grande rasade d’élixir de noirceur à même la cuve (pochtronne !), ce qui ne lui fait pas du bien comme on peut s’en douter. Deuxièmement, Screech finit par la rattraper, après avoir égorgé le garde au passage, et s’apprête à lui jouer son grand classique : le concerto d’Edouard aux Mains d’Argent en Scie Mineure…

 

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1 : Et également sa froideur coupable, car monsieur refuse obstinément de monter le chauffage, quand bien même la température de leur HLM se rapproche sensiblement de zéro.

 

2 : Dernier chef d’œuvre en date de notre Banksy sociopathe « C 1 MENSSONJE » au Hello Kitty Pink. Sans point d’exclamation à la fin, car ce n’était pas nécessaire.

 

Comme on pouvait s’en doute, Peter Fehervari réussit sans problème son entrée dans la gamme Warhammer Horror avec ‘Nightbleed’, un petit concentré de noirceur (haha) à la sauce Dark Coil. Notons à ce propos que les références aux autres textes et arcs narratifs du Fehervariverse ne sont pas légions dans cette nouvelle (à moins qu’elles soient trop subtiles pour votre serviteur, ce qui est tout à fait possible), ce qui facilite sa compréhension pour le lecteur non familier de l’approche de l’auteur. Ceci dit, il n’est guère besoin de pousser loin l’analyse pour comprendre que ‘Nightbleed’ n’est pas un stand-alone, mais contient des éléments qui s(er)ont explicités ailleurs, à commencer par le sens des lettres « VLG », sur lequel Fehervari fait plancher son lecteur de façon très explicite1. Parmi les autres réussites indéniables de cette soumission, on peut citer la facilité déconcertante avec laquelle l’auteur arrive à « planter » son décor en quelques phrases, et à faire de Sarastus un monde impérial plus tangible et réel que bien des planètes auxquelles GW et la BL ont consacré des dizaines de pages (Necromunda ? Armaggedon ? Cadia ?), ce qui est la marque des vrais conteurs. De la même manière, Fehervari instille à son récit un véritable malaise (angoisse serait un peu fort), amplifié par les bribes de comptines qu’il met dans la bouche et dans l’esprit de Screech. Will you won’t you meet the Needleman ?

 

1 : À titre personnel, je penche pour un acronyme en haut gothique (latin donc) glorifiant les ténèbres/le Chaos, mais cela peut être chose. Je suis simplement à peu près sûr qu’il est possible pour un lecteur attentif de percer ce mystère à jour avec les indices que Fehervari a laissé ici et là…

 

A Moment of Cruelty - P. Kelly :

 

a-moment-of-cruelty.pngHéritier jouisseur, couard et infect d’une lignée de notables Azyrites venus s’établir en Shyish à la suite de la reconquista initiée par Sigmar, Alabastian Valenth use son indolente jeunesse et de son statut de golden boy pour collectionner les conquêtes, les excès et les gueules de bois. La dernière en date, lorsqu’elle finit par le laisser émerger, le laisse cependant en mauvaise posture car notre héros réalise avec horreur qu’il a trois heures de retard au rendez-vous avec son costumier. Et quand votre vie ne tourne qu’autour du prochain bal masqué de la noblesse, et que votre influent et richissime meilleur ami a également été invité à l’essayage, c’est une tuile de premier ordre, croyez-moi.

 

Une clepsydre hors de prix fracassée au sol, une paire de gardes (Maltratt et Xarantine) rabrouées, et une galerie de clochards et d’infirmes rembarrés sur le chemin du tailleur plus tard, Alabastian arrive enfin présenter ses plus plates confuses à l’illustre Harratio d’Asbe (son BFF), qui l’a patiemment attendu en parfait gentleman. Quelques heures et verres de vin plus tard, les deux amis finissent par se séparer, et pendant que Bastian doit repasser rive droite (ou gauche d’ailleurs) de Mhurghast pour regagner son domicile, Harratio part contempler son gros pif dans un miroir un peu spécial, qui lui renvoie un reflet encore moins flatteur que ce que la prise au vent de son appendice nasal laisse à supposer…

 

Alabastian, qui a fait un détour par le pont des Ahres pour éviter de recroiser la route de la cour des miracles qui l’a tant importuné à l’aller, joue de malchance car il tombe sur à nouveau sur un lépreux particulièrement lacunaire, qui le supplie de lui donner une petite goutte. Pas de pinard, notez, mais d’aqua ghyranis, l’hydroxychloroquine/eau de javel des Royaumes Mortels, capable de remettre sur pied même un cul de jatte. Bien évidemment, notre snob de héros refuse, et pousse la petitesse jusqu’à cracher dans le dos du miséreux, avant de partir en courant dans un grand élan de bravoure. De retour dans son hôtel particulier, il narre sa mésaventure à des deux gardes du corps (Maltratt et Xarantine, si vous suivez), avant d’aller se passer les nerfs en montant au grenier pour vaquer à son occupation d’intérieur favorite : lorgner les passants de la place que surplombe son manoir. Mais même cet innocent plaisir lui est refusé car qui sort des brumes pour lui rendre son regard indiscret dès qu’il a pris place dans son fauteuil de mateur ? Le lépreux susmentionné, évidemment.

 

La paranoïa naturelle d’Alabastian atteint des niveaux cosmiques, et il envoie ses deux chiennes de garde régler son compte à Jo le Clodo sur le champ… sans qu’elles parviennent à lui mettre la main dessus, bien évidemment. Après une nuit agitée, la vue de l’empreinte d’une main amputée de trois doigts dégu*ulassant sa fenêtre, pourtant située à 10 mètres au dessus du sol, manque de faire tomber le nobliau en syncope, et Maltratt et Xarantine en sont quitte pour repartir traquer l’insaisissable estropié dans les ruelles brumeuses de Mhurghast…

 

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Phil Kelly en dit trop ou pas assez dans ce ‘A Moment of Cruelty’, dont les pièces semblent former un tout cohérent mais sans s’emboîter parfaitement. En effet, si l’idée principale développée et révélée par l’auteur en conclusion de sa nouvelle fait écho à quelques indices égrénés plus tôt dans la narration, bien des questions demeurent, trop pour faire de cette soumission une réussite. Le rôle de Harratio d’Asbe dans l’intrigue, les pouvoirs du miroir qu’il utilise, la raison de sa visite chez Alabastian plus tôt dans la semaine, ou encore le sens à donner au rêve (prémonitoire ?) de ce dernier, sont autant de points laissés à la libre interprétation du lecteur. Et que penser de la motivation qui anime le persécuteur de notre froussard de héros ? Poursuit-il des desseins inconnus ou déteste-t-il simplement les gens qui ne font pas preuve de ponctualité ? Dommage pour Kelly, qui avait sinon exposé des idées intéressantes, comme ce jeu d’interprétation, difficilement traduisible en français, autour des sens de « Sally » (un prénom mais également un verbe, qui veut dire « faire route »), en plus de nous avoir offert une première visite de la fameuse Mhurghast. Je ne serais pas contre un peu de rab, afin de prendre totalement la mesure de la carrure AoSesque et horrifique de notre homme.

 

Pentimento - N. Kyme :

 

pentimento.pngLa cité de Durgov, comme le monde où elle se trouve, a connu des jours meilleurs. Isolé du reste de la galaxie par une tempête Warp, l’agitation et la paranoïa y progressent chaque jour un peu plus, ce qui ne fait pas les affaires de notre héroïne, la dessinatrice d’art Mabeth. Habituée au train de vie luxueux que sa renommée, gagnée auprès des grands de ce monde après la fin de son apprentissage chez son maître Hakasto (malheureusement victime d’un meurtre crapuleux), lui a permis d’atteindre, elle doit désormais accepter des jobs alimentaires pour payer ses factures. Et tout le monde a beau avoir un job en -or1 à Durgov, l’argent ne court pas les rues pour autant.

 

Engagée par la PJ locale pour réaliser une série de croquis d’une scène de crime, Mabeth comprend rapidement que cette dernière n’a rien d’ordinaire. Primo, le cadavre a été mis en scène comme s’il s’agissait d’un arbre, avec les bras pour figurer les branches. Deuxio, toutes les tentatives pour prendre des photos du macchabée ont échoué, comme si un démon du Chaos s’amusait à photobomber les vaillants efforts de la police scientifique. Tertio, et plus inquiétant encore, la victime prononce distinctement le mot « paradis » à l’oreille de la croqueuse d’homme alors qu’elle s’était rapprochée pour lui tirer le portrait. Ce n’est pas banal, avouez-le, tout comme le puissant effluve de lavande que Mabeth inhale à ce moment précis. Secouée par ce qu’elle pense n’être qu’une hallucination liée à la fatigue et une hygiène de vie que nous qualifierons poliment de bohème, la portraitiste rentre chez elle, escortée par la présence rassurante de son Serviteur Gethik.

 

Après s’être fait une bonne grosse chicha des familles pour se remettre de ses émotions, elle s’aperçoit à son réveil que son agent lui a dégoté une nouvelle commission : la restauration d’un triptyque de peintures religieuses qu’un certain « V » a remis à Gethik pendant que sa maîtresse était partie chasser le dragon du vide. Intéressée par cette commande, elle se met immédiatement à l’œuvre… et se fait interrompre par son contact chez les Arbites (Levio), qui a nouveau besoin de ses services pour immortaliser un nouveau cadavre artistement mis en scène. Cette fois-ci, c’est un ange dépecé qui a été installé dans un temple impérial, pour un résultat tout aussi hypnotisant que déroutant. D’autant plus que le seul mot que le témoin de la scène a été capable de prononcer pendant son interrogatoire est « paradis »…

 

Positivement ébranlée par cette confidence de Levio, mais concluant sagement que ce n’était pas de son ressort de mener l’enquête, Mabeth expédie le croquis et retourne chez elle continuer à bosser sur son triptyque. Elle finit par se rendre compte que les scènes religieuses dissimulent une autre peinture, plus ancienne et entièrement recouverte par l’artiste, procédé que l’on nomme, je vous le donne en mille, un pentimento (repentir en français). Ceux qui attendaient que Kyme intègre à son histoire une parka de taille réduite ou un blouson XXS sont priés d’aller s’acheter un dictionnaire et/ou une paire de lunettes de vue, ce qui est toujours pratique pour caler une table bancale. C’est le début d’une obsession irrépressible et suspicieusement perverse pour notre restauratrice, qui passe désormais son temps libre (il y aura encore deux autres meurtres « paradisiaques » à couvrir d’ici à la fin de la nouvelle) à révéler la peinture originale plutôt qu’à colmater les brèches…

 

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: Proctor, Arbitrator, Abettor…

 

2 : ‘Fulgrim and his dirty hoe’ en VO.

 

Nick Kyme signe une nouvelle assez honnête, même si elle relève plus du registre de la pétoche préfabriquée que de l’horreur ou de l’angoisse. Ce n’est pas qu’il pêche dans les idées, les références (je soupçonne fortement qu’il se soit maté l’intégrale de ‘Hannibal’ pendant l’écriture) ou la mise en scène de son récit, mais plutôt qu’il lui manque le métier (si on veut être gentil) ou le talent (si on veut être brutal) d’écrivain pour instiller une ambiance digne de ce nom à ce ‘Petimento’. Ce constat posé et cette déception écartée, on peut se consoler en se disant qu’on a enrichi son vocabulaire1, glané un peu de fluff sur ce que fai(sai)t Fulgrim pendant le siège de Terra/de son temps libre, et surtout, évité de lire une kymerie comme notre homme en a malheureusement beaucoup commise. Un moindre mal donc. On notera pour finir que ce ‘Pentimento’ s’inscrit dans la mine de rien assez conséquente lignée de récits de la BL mettant en scène un tableau imprégné par le Chaos, un trope bien exploré dans la GW Fiction (‘The Blessed Ones’, ‘Vespertine’…) et ce bien avant que McNeill ne tire le portrait de Fulgrim dans le roman du même nom.

 

1 : En plus du titre de la nouvelle, Kyme emploie le terme « pulchritudinous », qui veut dire exactement l’opposé de ce que son orthographe et sa prononciation suggèrent. Un mot à replacer dans vos dissertations d’anglais pour impressionner le prof.

 

The Cache - J. Brogden :

 

the-cache.pngLa vie de Lyse Urretzi, première fille du chef du clan du même nom, consiste à s’enduire de graisse pour aller récupérer de la tech perdue dans les niveaux souterrains du Spike, le dédale de coursives et de galeries qui constitue le seul monde qu’elle a jamais connu. C’est en effet aux Urretzi que revient la mission sacrée d’entretenir la barrière de Saint Geller, qui protège le Spike de l’Extérieur et des ses dangers innommables. En mission d’exploration dans le plus simple appareil, ou presque, Lyse manque de se faire alpaguer par un Crawler, charmante petite bestiole carnassière peuplant les bas fonds du Spike, et ne doit la vie sauve qu’à ses réflexes affutés et son fidèle pisto-grappin, qui arrête sa chute après que ses mains glissantes lui aient fait échapper quelques prises1.

 

Remise de ses émotions, et en quête d’un chemin vers les hauts, à défauts de beaux, quartiers où vivent ses congénères, elle tombe sur une sorte de petit théâtre de l’horreur où un épouvantail fait de barbaque humaine se trouve seul en scène, avec un médaillon brillant autour du cou. Bien que cette performance d’art post-contemporain ne lui évoque qu’un malaise des plus profonds, Lyse est trop excitée par l’idée de rapporter une authentique babiole technologique à son clan pour faire la fine louche, et récupère donc le colifichet. Après avoir un détour malheureux en coulisses, où elle se retrouve nez à nez avec une vision démente de l’Extérieur, peint avec de la bouse de vache et de la bave d’escargot, elle trouve enfin le chemin vers le haut du Spike, mais finit par déboucher dans le territoire des Jaax, les ennemis jurés des Urretzi. Urretzut.

 

On apprend alors que Lyse devait servir de monnaie d’échange et de mère porteuse au patriarche Jaax, Hadzor, afin de mettre un terme à la vendetta opposant leurs deux clans depuis des générations. Un mariage avait été négocié par la Prime Adjutant Galla Domitia, plus haute autorité du Spike, avec la bénédiction du père de Lyse, Sutomore. Il semblerait que les tourtereaux n’aient pu finalement convoler en justes noces, pour des raisons non précisées mais dont Lyse est sans doute (au moins un peu) responsable. Toujours est-il que notre héroïne ne tient guère à se faire pincer en territoire ennemi, surtout depuis qu’elle détient des preuves que les Jaax accueillent des adeptes de l’Extérieur parmi eux. Après une petite course poursuite rondement menée, elle parvient à regagner le bercail, mais le répit n’est que de courte durée. Hadzor Jaax vient en effet sonner à la porte en compagnie de Galla Domitia et de ses Arbites pour tirer au clair cette histoire d’empiètement de propriété privée. Sachant que c’est une discussion qu’elle ne pourra pas remporter, et peu emballée à l’idée de devoir remettre son nouveau médaillon à Hadzor en dédommagement, Lyse file à l’anglaise pour aller retrouver Cracius l’Er(e)mite, un dangereux hérétique selon la sagesse populaire, mais également un expert en matière de technologie oubliée…

 

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1 : Comme quoi le gras est peut-être la vie, mais la graisse est sûrement la mort. Médite là-dessus le jeune.

 

James Brogden soigne assez son entrée dans la BL avec ‘The Cache’, qui révèle quelques surprises bien senties à son lecteur… jusqu’à un certain point. Si les révélations amenées par Cracius font ainsi effet, et dénotent de la bonne vision qu’à l’auteur du background de 40K1 (et la petite mention de Valgaast, la planète « signature » des histoires futuristes de Warhammer Horror vient appuyer ce constat), tout comme l’ambiance à la ‘The Descent’ instillée dans les passages d’exploration des bas fonds du Spire se révèle être prenante, le grand final de la nouvelle n’est malheureusement pas au niveau des pages précédentes. Brogden laisse ainsi certaines questions importantes sans réponse satisfaisante, comme le passif de Hazdor Jaax (pourquoi et comment est-il devenu ce qu’il est ?) et le « statut » des Crawlers, que l’on devine être apparentés de façon inconfortablement proche aux humains du Spike, mais qui tiennent parfois de la faction peu fréquentable mais raisonnable, et parfois de la bande de prédateurs dégénérés. Malgré cette petite déception finale, James Brogden fait mieux ici que pas mal de nouveaux auteurs de la BL, et mérite donc à mon humble avis d’être suivi avec une bienveillante neutralité dans la suite de son parcours.


1 :

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***

 

Cette deuxième de l’horreur semaine propose un contenu assez correct, d’où Fehervari émerge comme l’auteur le plus inspiré. Ses petits camarades ne déméritent cependant pas (trop), notamment le nouveau venu James Brogden, qui semble avoir la carrure et l’expérience nécessaires pour devenir un contributeur à suivre de la BL, si les deux parties en présence décident de donner suite (beaucoup de one shots dans Warhammer Horror, heureusement ou malheureusement). Il y a fort à parier que toutes ces nouvelles seront republiées dans une anthologie à court ou moyen terme ('The Harrowed Paths', prévu pour Février 2021, reprend l'illustration de 'Five Candles' et indique que Lora Gray est au sommaire de l'ouvrage, donc...), et je conseille donc d’attendre cette sortie prochaine plutôt que d’acheter ces histoires à l’unité, si vous tenez à votre argent. 

 

Schattra, the fear year

Modifié par Schattra
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  • 2 mois après...

Bonjour et bienvenue dans cette chronique de ‘The Harrowed Paths, que l’on pourrait traduire en français par ‘Les Chemins Tourmentés’, quatrième recueil de courts formats publié par la Black Library sous sa nouvelle franchise Warhammer Horror. Après une première trilogie placée sous l’ordre de la continuité, comme la brièveté des titres, les choix esthétiques des couvertures et la présence exclusive de nouvelles au sommaire de ces bouquins le montrent, ‘The Harrowed Paths’ dévie significativement de la norme. Titre allongé (un article défini et un adjectif? quelle démesure, vraiment), couverture noire1 et intégration de novellas : une nouvelle étape a été franchie ici. Reste à savoir si cela est pour le meilleur ou pour le pire.

 

Avec un peu plus de 200 pages « utiles », le présent ouvrage n’est pas très conséquent au vu des standards habituels de la Black Library. Les œuvres de McNeill (‘The Colonel’s Monograph’ – déjà publié dans en stand alone dans la deuxième série des Novellas de la BL) et d’Ozga (‘Into Dark Water’) sont les pièces centrales de cette anthologie, qu’elles débutent et terminent dans un souci de symétrie appréciable. Voilà qui nous promet un beau match dans le match2 , entre 40K et AoS, et le grand ancien sur le retour et le petit nouveau prometteur. Ces deux moyens formats sont agrémentés de cinq nouvelles plus modestes, dont deux déjà éditées à l’occasion de la Warhammer Horror Halloween Week 2020 (‘Five Candles’ et ‘Pentimento’). Parmi les auteurs convoqués pour nous servir de guides sur ces chemins tortueux, on ne retrouve que des revenants – c’est approprié, vous me direz – ayant déjà soumis des histoires horrifiques à la BL par le passé. C’est d’ailleurs la spécialité d’une majorité (Gray, Strachan, Sheil et Ozga) des contributeurs de ‘The Harrowed Paths’, et nous verrons bien si cela se traduit par une qualité plus élevée que la moyenne. Ceci étant dit, il est temps nous mettre en route.

 

1 Et recyclée, car ce crâne et ces bougies ont été utilisés pour illustrer ‘Five Candles’ de Lora Gray lors de la première sortie de cette histoire durant la Warhammer Horror Halloween Week 2020.

 

2 : Schattra vs le bouquin. Et à la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne…

 

the-harrowed-paths.png

 

 

The Colonel’s Monograph – G. McNeill [40K] :

 

 

the-colonels-monograph.png?w=200&h=285Teresina Sullo, récemment retraitée après une longue et honorable carrière d’archiviste, accepte l’invitation de Garrett Grayloc d’aller inventorier le contenu de la bibliothèque de sa défunte mère, l’illustre Colonel Elena Grayloc. C’est l’occasion pour notre expérimentée mais pas encore grabataire héroïne de s’occuper l’esprit, la mort récente de son mari Teodoro lui ayant assez logiquement mis un coup au moral. Emmenée par un Serviteur (Kyrano) de son futur employeur jusqu’au manoir isolé où vivait la Colonel, Sullo se lance à corps perdu dans l’étude et le classement des ouvrages collectionnés par cette dernière au cours de sa glorieuse carrière. Garret Grayloc, qui a préféré faire des études commerciales qu’entrer dans la Garde, est particulièrement intéressé par un monographe que sa mère aurait écrit pendant le désastre de l’Aube des Soleils Sombres, durant lequel 36 millions de Gardes Impériaux ont péri dans des circonstances toujours mystérieuses à ce jour. La vente de ce livre d’une valeur inestimable aiderait grandement à assainir les finances familiales, grevées par les nombreuses dettes accumulées par Grayloc mère dans ses vieux jours.

 

Comme on peut se l’imaginer, le séjour de Sullo ne se passe pas dans un calme olympien. Après les hallucinations morbides qu’elle a expérimentées sur la route du manoir, l’archiviste fait quelques rêves érotiques où lui apparait son défunt mari, se fait harceler par une présence fantomatique menaçante qui lui demande de la « laisser entrer », manque de basculer de la falaise lorsqu’elle part visiter la ruine d’un temple impérial, réduit en cendres par la foudre, et manque de se faire assassiner par Kyrano, qui l’a pris pour une intruse dormant dans le lit de son ancienne patronne. Sullo en apprend également plus sur les circonstances du décès d’Elena Grayloc, retrouvée disloquée aux pieds des falaises bordant son manoir le même jour que l’incendie du temple. La théorie de l’accident ne tient cependant pas tout à fait, car la défunte portait une plaie caractéristique à l’arrière de la tête, évoquant fortement une exécution sommaire…

 

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Graham McNeill, qui avait à mes yeux raté son entrée dans Warhammer Horror avec le très quelconque ‘No Good Deed’, corrige ici le tir avec un moyen format bien plus inspiré, atmosphérique et réussi. ‘The Colonel’s Monograph’ se laisse en effet très bien lire, et donne à l’amateur de littérature horrifique de nombreux péripéties et détails à même de le satisfaire. Bonus appréciable, McNeill se montre assez généreux en termes d’apports fluff, d’abord et logiquement en matière d’ouvrages impériaux de référence, dont il fournit une palanquée de titres1, mais également en puisant dans le background Slaaneshi qu’il a contribué à établir au cours de l’écriture de l’Hérésie d’Horus. On retrouve ainsi des mentions de Laeran et des Maraviglias (Orgies, orgies, nous voulons des orgiiiiiiiiies !), que McNeill avait intégré dans l’intrigue de son ‘Fulgrim’. Ces petits clins d’œil destinés aux fans de ses précédents bouquins sont un plus appréciable à ‘The Colonel’s Monograph’, et je suis à peu près sûr d’être passé à côté de références un peu plus subtiles. Avis aux amateurs, donc.

 

Je dois tout de même mettre un léger bémol à cette revue majoritairement positive en soulignant que le personnage de Kyrano, sur lequel repose une grande partie du suspens et du dénouement de l’intrigue, n’est pas au dessus de tout reproche. Le dévoué serviteur a ainsi la fâcheuse tendance à agir de manière intrigante dès lors que l’on retire le sacro-saint « ça fait avancer l’histoire » de la liste des motifs recevables. Ainsi, si je peux admettre qu’il ait été sous la coupe d’Elena Grayloc durant le vivant de cette dernière2, pourquoi ne s’est-il pas émancipé de son influence (avec tout ce que cela induit comme trachéotomie sauvage) après sa chute presque mortelle de la falaise ? À supposer qu’il était encore, pour une raison indéterminée, sous son contrôle malgré tout, comment a-t-il pu venir au secours de Sullo lorsque l’oreiller s’est mis à la mordre (ce qui n’est qu’un juste retour des choses, compte tenu de ses rêves des nuits précédentes) à l’instigation de Grayloc ? Et comment expliquer qu’il soit soudainement devenu maître de ses moyens au moment où Sullo a découvert le bureau secret de la Colonel (et pourquoi n’a-t-il pas pris le temps d’expliquer qu’il était un allié à l’archiviste, au lieu de laisser cette dernière le transformer en torche semi-humaine ?) ? Je pense qu’avec un peu plus de réflexion, ces scories narratives auraient pu être purgées de la novella, et regrette que ni McNeill, ni son éditeur, ne se soient sérieusement penchés sur la question. Mais ‘The Colonel’s Monograph’ reste malgré ça une soumission solide pour Warhammer Horror, que je conseille sans hésiter à tous ceux qui voudraient découvrir cette gamme via un moyen format plutôt qu’une nouvelle ou un roman.

 

1 : Ce qui nous permet de constater que notre homme est toujours engagé dans une bromance avec Dan Abnett (bouquins de Ravenor et de Valentin Drusher), mais n’hésite pas à s’autociter (‘Imperial Infantryman’s Uplifting Primer’). Je suis d’habitude très critique de ce genre de pratique, mais il faut reconnaître que c’est approprié ici.

 

2 : Sauf quand il fallait trouver une explication à sa première mort, qui est présentée comme un « oopsie j’ai oublié de couper le gaz » psychique, pas très satisfaisant.

 

 

Five Candles - L. Gray [AoS] :

 

five-candles.png?w=199&h=306Vivant en ermite parmi les collines reculées d’Aqshy, la vieille Havisa a commis l’erreur de piquer un roupillon sans avoir éteint sa chandelle de chevet. Réveillée par le début d’incendie, elle ne peut que clopiner jusqu’à la mare la plus proche pour tenter d’éteindre les flammes, même si ses problèmes d’articulation diminuent drastiquement ses chances de succès. Dans son malheur, elle a toutefois la chance de rencontrer un étranger venu s’abreuver au point d’eau, prêt à lui venir en aide de façon désintéressée (ce qui n’est pas du tout la coutume en Aqshy apparemment). Las, malgré la jeunesse et la vigueur de son nouvel ami (Eudon), qui est trop poli pour lui arracher le seau des mains et doit donc jouer les pompiers de service avec un abreuvoir (balèze le type), Havisa ne parvient pas à sauver sa masure, et doit se contenter de sauver quelques économies ainsi que sa fidèle lance de guerre. Si seulement elle n’avait pas tenté de marchander le prix de cette alarme incendie lors du dernier passage du camelot itinérant…

 

La contemplation des ruines fumantes laisse au moins un peu de temps pour que de vraies présentations se fassent. On apprend ainsi qu’Eudon est une sorte de héraut campagnard, voyageant de Royaume en Royaume et de village en village pour alerter la populace des dangers du récent nécroséisme, beaucoup plus virulent que les précédents. Comme Havisa n’a d’autres choix que de se rendre jusqu’au hameau le plus proche, malgré les relations glaciales (un comble en Aqshy) qu’elle entretient avec la bande de jeunes – moyenne d’âge : 14 ans – qui y vit, elle accepte que le bon samaritain l’escorte. En route, il lui raconte la légende du chien noir de Mhurghast, une bête maudite dont le régime alimentaire consiste en voyageurs se trouvant à des carrefours à minuit, ce qui est tout de même très spécifique. Le pauvre toutou doit crever la dalle, c’est moi qui vous le dit. Bien entendu, Havisa refuse de gober ces sornettes, et bien entendu, Eudon lui assure le plus sérieusement du monde que le chien noir est tout ce qu’il y a de plus réel. Et ça tombe plutôt bien d’ailleurs, car la nuit commence à tomber. L’ombre furtive que Havisa croit voir rôder à la limite de son champ de vision serait-ce un simple campagnol obèse, ou une présence plus néfaste ?

 

Arrivés au village, les deux voyageurs obtiennent une audience de la part du conseil, qui accueille avec sarcasme la mise en garde d’Eudon et son conseil de migrer vers des zones plus clémentes. L’étranger a beau pincer la corde de la fierté des Aqshiens, ces derniers n’en démordent pas : ils resteront dans leurs collines. Eudon n’a plus qu’à reprendre la route, et demande à ce qu’on lui accorde un guide pour le mener jusqu’au prochain hameau. Comme c’est là que sa seule famille réside, et que personne ne lui adresse la parole sans lâcher des gros « OK Boomer », Havisa se porte volontaire. Son bon sens paysan lui fait toutefois acheter quelques vivres et cinq bougies pour la route, qui se fera, comme c’est étrange, de nuit…

 

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Lora Gray m’avait habitué à des histoires plus prenantes et abouties que ce ‘Five Candles’, qui ne se révèle guère surprenant (un défaut majeur pour une nouvelle d’horreur). Avec deux personnages principaux et une menace mystérieuse, le suspense aurait eu du mal à être insoutenable, mais l’ambiance aurait pu être plus travaillée, à l’image de ce que Gray avait réussi à faire dans ‘These Hands, These Wings’ par exemple. Une petite déception valant mieux qu’un gros ratage, je ne déconseillerai pas la lecture de ‘Five Candles’ dans l’absolu, mais recommanderai plutôt de se pencher sur les autres œuvres de Lora Gray avant de considérer celle-ci, à réserver aux inconditionnels de cet auteur.

 

Tesserae – R. Strachan [AoS] :

 

Par une nuit sombre et obscure, un mystérieux personnage entre dans une taverne minable de la ville d’Olhum, en Shyish, et commande deux pintes au comptoir. Une pour lui, et une pour un vieux Duardin maussade qui tise devant la cheminée. Par le houblon alléché, le nabot tend la main (parfaitement manucurée) vers le bock si généreusement offert par son nouveau meilleur ami, mais ce dernier pose une condition à cette tournée générale : le Duardin devra lui raconter son histoire. Et, bien que cela semble lui en coûter, ce dernier finit par accepter parce qu’au fond, il fait soif.

 

Nous apprenons donc que notre alcoolique jusque là anonyme se nomme Khelen Khar’nelian (sans doute un ressortissant arménien), et exerçait précédemment la profession de maître verrier, vitrier, mosaïste, scrapbooker, j’en passe et des meilleurs arts décoratifs. Considéré à juste titre que l’artisan le plus doué d’Olhum, Khelen n’avait cependant pas la tête faite pour la conduite des affaires, et sa petite entreprise familiale, gérée avec son fils Khadrick, s’était retrouvée menacée de faillite à cause de l’accumulation des dettes. Malgré ses tentatives désespérées d’améliorer son BFR et son EBITDA en acceptant tous les travaux, même les plus ingrats, pour faire rentre du cash, Khelen n’arrivait pas à se sortir de ce mauvais pas, et accepta donc sans trop faire d’histoire la mission de restauration que lui confia un nouveau client, le Prince Cosimo, dans son manoir d’Ohlum. Malgré la mauvaise impression dégagée par l’aristocrate et le manque de précisions fournies sur la nature des travaux, notre Duardin prit donc ses outils et se rendit dans la rue de Mhurghast (wink sépulcral) dès le lendemain, appâté par la forte récompense promise par son nouvel employeur.

 

Sur place, dans une bicoque grandiose mais fortement décatie, Khelen se fit conduire par Cosimo dans une pièce où se trouvait une grande mosaïque endommagée, représentant un jeune berger marchant dans la campagne avec un agneau dans les bras. La tâche de l’artisan serait de restaurer cette pastorale en utilisant les tesselles fournies par le propriétaire, en l’espace d’un jour et d’une nuit, et sans faire attention aux bruits étranges du manoir, qui accusait son âge d’après son propriétaire. Dernière spécification, Khelen ne devait travailler sur le visage du berger qu’à la toute fin de son ouvrage, et en utilisant uniquement les cubes spéciaux fournis par Cosimo, se trouvant être d’authentiques pierres de royaume d’Ulgu, et donc d’une valeur incommensurable. Ces conditions énoncées et acceptés par son ouvrier plus que qualifié, Cosimo prit son congé et laissa Khelen se mettre à l’ouvrage, ce que ce dernier fit avec entrain, malgré les nombreuses manifestations horrifiques (banshee en arrière plan, voix sépulcrales en fond sonore, main ensanglantée lui passant des tesselles à l’improviste…) venant perturber son travail.

 

Malheureusement pour notre héros, il ne put résister à un petit larcin avant d’achever son œuvre, et substitua une des pierres de royaume par un éclat banal au moment de la pose des derniers tessons. Grave erreur, et lourde de conséquence, car quand vint le moment de contempler la mosaïque complétée, Khelen se rendit compte que ce n’était pas du tout un pâtre faisant du lambnapping qui était représenté au final, mais lui-même en train de porter le cadavre de son fils dans les rues d’Ohlum. Vous parlez d’une myopie alors. Suspectant que ce changement radical avait quelque chose à voir avec son vol de caillou magique, et peu soucieux de faire un état des lieux avec Cosimo, qui s’était absenté pendant les travaux, Khelen s’enfuit du manoir et retourna à son atelier, où il trouva évidemment Kadrick raide mort sur son livre de comptes. Les parents volent, les enfants trinquent, c’est bien connu. Ce fut le début de la fin pour l’artisan maudit, qui sombra dans le désespoir et la boisson, jusqu’à ce soir fatidique où le généreux étranger du début l’aborda pour payer son coup. Généreux étranger qui se révèle être, je vous le donne en mille, le Prince Cosimo, pas rancunier pour deux sous, mais souhaitant tout de même recouvrer sa pierre de royaume (que Khelen avait gardé comme souvenir, car elle lui parle avec la voix de son fils), que le Duardin accepte de restituer sans faire d’histoire. Et c’est ainsi que se termine la nôtre, avec l’éternelle morale de « nain mal acquis ne profite jamais ».

 

J’ai critiqué plus qu’à mon tour les travaux horrifiques de Richard Strachan (‘The Widow Tide’, ‘The Growing Seasons’, ‘Voices in the Glass’), qui tombaient selon moi toujours à plat pour une raison ou une autre. Le genre de la nouvelle d’horreur est en effet doublement difficile à maîtriser, puisque soumis à une double injonction de retournement de situation final afin de respecter à la fois le fond et la forme de l’exercice. Je dois donc reconnaître que ce ‘Tesserae1’ constitue une nette amélioration par rapport à ces précédentes histoires, et dont la lecture est donc bien plus intéressante.

 

Sur la trame classique du pacte méphistophélique entre un puissant sinistre et un héros désespéré, décliné ici sur le thème de l’art (qui est particulièrement exploré en ce moment par les auteurs de Warhammer Horror, puisque ‘Pentimento’ de Nick Kyme s’inscrit également dans cette veine), Strachan livre une histoire sans grande originalité, mais solide dans son intrigue, déroulement et atmosphère, et exploitant habilement les codes développés par la BL depuis le lancement de cette gamme (et notamment le clin d’œil obligatoire à Mhurghast). Si on peut à la rigueur reprocher à ‘Tesserae’ de laisser en suspens des aspects importants de son histoire (qui est Cosimo, pourquoi veut-il restaurer la mosaïque, qui sont les esprits et manifestations qui hantent la maison…), la manière dont cette dernière est racontée font apparaître ces omissions comme un choix artistique, et le plaisir de lecture n’en est donc pas (sérieusement) atteint. C’est donc une réussite pour Richard Strachan, qui je l’espère poursuivra sur cette lancée macabre.

 

1 : Que l’on peut traduire en français par ‘Tesselles’ ou ‘Abacules’ si on veut vraiment être snob, soit les petits cubes d’émail utilisés pour réaliser des mosaïques.

 

Ghost Planet – S. Sheil [40K] :

 

Seuls survivants de l’équipage de l’Endless Wrath, vaisseau spatial malchanceux pris dans une tempête Warp scélérate, cinq individus aux histoires, tempéraments et parts d’ombre bien distincts cohabitent tant bien que mal dans des conditions spartiates et avec le mince espoir que quelqu’un entendra leur appel à l’aide avant que les systèmes de survie ne s’arrêtent ou que les vivres ne viennent à manquer. Comme on peut s’y attendre, les journées sont longues et les rescapés les occupent en échangeant des récits, qui ont la fâcheuse tendance à tourner au macabre et au funeste. Entre l’infestation terminale par les puces videuses du mécano Joddrig et le cri qui tue de la garde Oost, c’est finalement le récit de l’agent de télécommunication Kaden, en charge de l’émission permanent du S.O.S. de l’Endless Wrath, qui remporte la palme du cringe. Il faut dire que partager la légende de Valgaast, une invisible planète fantôme faite des âmes damnées de ceux qui sont morts à proximité, et qui cherche constamment à croître en poussant ceux qui croisent dans ses parages au suicide, ce n’est pas super bon pour le moral dans une situation telle que celle-là…

 

Le fragile statu quo qui règne à bord va toutefois définitivement être rompu par l’arrivée impromptue et inespérée d’une sixième survivante, Voll, repêchée à l’extérieur du vaisseau après qu’elle ait tenté le tout pour le tout et abandonné la section de l’Endless Wrath où elle avait trouvé refuge après l’accident pour essayer de gagner une partie du navire (grâce à une combinaison spatiale je précise, tout le monde n’est pas Guilliman). Déjà qu’une bonne partie de ses nouveaux camarades étaient contre l’idée de la faire rentrer dans le loft, car plus on est de fous, moins il y a de riz comme dit le proverbe, l’amplificateur d’émission qu’elle a apporté dans ses bagages achève de semer la zizanie dans notre casting. Car si l’utilisation de cet artefact permettrait de centupler la portée du message de détresse, elle ponctionnerait également drastiquement les réserves énergétiques de l’épave, condamnant l’équipage à mourir de froid en quelques jours au lieu de quelques semaines si leur S.O.S. ne devait pas être capté à temps. Confrontés à ce choix, les esprits s’échauffent…

 

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Steven Sheil signe dans le plus grand des calmes (dans l’espace, personne n’entend rien de toute façon) une masterclass de court format horrifique avec ‘Ghost Planet’, huis clos ingénieux et paranoïaque dans lequel la situation se dégrade progressivement sans que le lecteur ne sache vraiment vers quoi on se dirige. Ce qui est un compliment pour une œuvre de suspens, je précise. Faisant un usage expert et consommé de l’horreur psychologique, avec ses personnages éprouvés et livrés à leurs démons sans qu’il n’y ait beaucoup besoin d’encourager leurs tendances mortifères, Sheil multiplie les surprises avec une maîtrise consommée, et se paie même le luxe de révéler l’une des facettes les plus convaincantes qu’il m’ait été de lire jusqu’ici du mythe de Valgaast (l’easter egg mystique que l’on retrouve dans presque toutes les histoires 40K de Warhammer Horror). On tient ici une sacrée référence de la gamme, et j’espère que ‘Ghost Planet’ finira par être traduit en français pour que le plus grand nombre puisse en profiter1.

 

1 : Je fais ma part en donnant une idée de titre : ‘Planète Fantôme’. De rien.

 

Pentimento - N. Kyme [40K] :

 

pentimento.png?w=200&h=309La cité de Durgov, comme le monde où elle se trouve, a connu des jours meilleurs. Isolé du reste de la galaxie par une tempête Warp, l’agitation et la paranoïa y progressent chaque jour un peu plus, ce qui ne fait pas les affaires de notre héroïne, la dessinatrice d’art Mabeth. Habituée au train de vie luxueux que sa renommée, gagnée auprès des grands de ce monde après la fin de son apprentissage chez son maître Hakasto (malheureusement victime d’un meurtre crapuleux), lui a permis d’atteindre, elle doit désormais accepter des jobs alimentaires pour payer ses factures. Et tout le monde a beau avoir un job en -or1 à Durgov, l’argent ne court pas les rues pour autant.

 

Engagée par la PJ locale pour réaliser une série de croquis d’une scène de crime, Mabeth comprend rapidement que cette dernière n’a rien d’ordinaire. Primo, le cadavre a été mis en scène comme s’il s’agissait d’un arbre, avec les bras pour figurer les branches. Deuxio, toutes les tentatives pour prendre des photos du macchabée ont échoué, comme si un démon du Chaos s’amusait à photobomber les vaillants efforts de la police scientifique. Tertio, et plus inquiétant encore, la victime prononce distinctement le mot « paradis » à l’oreille de la croqueuse d’homme alors qu’elle s’était rapprochée pour lui tirer le portrait. Ce n’est pas banal, avouez-le, tout comme le puissant effluve de lavande que Mabeth inhale à ce moment précis. Secouée par ce qu’elle pense n’être qu’une hallucination liée à la fatigue et une hygiène de vie que nous qualifierons poliment de bohème, la portraitiste rentre chez elle, escortée par la présence rassurante de son Serviteur Gethik.

 

Après s’être fait une bonne grosse chicha des familles pour se remettre de ses émotions, elle s’aperçoit à son réveil que son agent lui a dégoté une nouvelle commission : la restauration d’un triptyque de peintures religieuses qu’un certain « V » a remis à Gethik pendant que sa maîtresse était partie chasser le dragon du vide. Intéressée par cette commande, elle se met immédiatement à l’œuvre… et se fait interrompre par son contact chez les Arbites (Levio), qui a nouveau besoin de ses services pour immortaliser un nouveau cadavre artistement mis en scène. Cette fois-ci, c’est un ange dépecé qui a été installé dans un temple impérial, pour un résultat tout aussi hypnotisant que déroutant. D’autant plus que le seul mot que le témoin de la scène a été capable de prononcer pendant son interrogatoire est « paradis »…

 

Positivement ébranlée par cette confidence de Levio, mais concluant sagement que ce n’était pas de son ressort de mener l’enquête, Mabeth expédie le croquis et retourne chez elle continuer à bosser sur son triptyque. Elle finit par se rendre compte que les scènes religieuses dissimulent une autre peinture, plus ancienne et entièrement recouverte par l’artiste, procédé que l’on nomme, je vous le donne en mille, un pentimento (repentir en français). Ceux qui attendaient que Kyme intègre à son histoire une parka de taille réduite ou un blouson XXS sont priés d’aller s’acheter un dictionnaire et/ou une paire de lunettes de vue, ce qui est toujours pratique pour caler une table bancale. C’est le début d’une obsession irrépressible et suspicieusement perverse pour notre restauratrice, qui passe désormais son temps libre (il y aura encore deux autres meurtres « paradisiaques » à couvrir d’ici à la fin de la nouvelle) à révéler la peinture originale plutôt qu’à colmater les brèches…

 

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Nick Kyme signe une nouvelle assez honnête, même si elle relève plus du registre de la pétoche préfabriquée que de l’horreur ou de l’angoisse. Ce n’est pas qu’il pêche dans les idées, les références (je soupçonne fortement qu’il se soit maté l’intégrale de ‘Hannibal’ pendant l’écriture) ou la mise en scène de son récit, mais plutôt qu’il lui manque le métier (si on veut être gentil) ou le talent (si on veut être brutal) d’écrivain pour instiller une ambiance digne de ce nom à ce ‘Pentimento’. Ce constat posé et cette déception écartée, on peut se consoler en se disant qu’on a enrichi son vocabulaire3, glané un peu de fluff sur ce que fai(sai)t Fulgrim pendant le siège de Terra/de son temps libre, et surtout, évité de lire une kymerie comme notre homme en a malheureusement beaucoup commise. Un moindre mal donc. On notera pour finir que ce ‘Pentimento’ s’inscrit dans la mine de rien assez conséquente lignée de récits de la BL mettant en scène un tableau imprégné par le Chaos, un trope bien exploré dans la GW Fiction (‘The Blessed Ones’, ‘Vespertine’…) et ce bien avant que McNeill ne tire le portrait de Fulgrim dans le roman du même nom.

 

: Proctor, Arbitrator, Abettor…

 

2 : ‘Fulgrim and his dirty hoe’ en VO.

 

3 : En plus du titre de la nouvelle, Kyme emploie le terme « pulchritudinous », qui veut dire exactement l’opposé de ce que son orthographe et sa prononciation suggèrent. Un mot à replacer dans vos dissertations d’anglais pour impressionner le prof.

 

Bone Cutter – D. Hinks [40K] :

 

La planète de Jehudiel V est ravagée par une épidémie de type zombique, qui a transformé la moitié de sa population en bone cutters, soit des tas de chair mutée et putréfiée, avec une passion viscérale pour la collection des os de leurs victimes humaines (et l’incendie d’usines). Ayant perdu ses proches et (temporairement) ses nerfs dans la catastrophe, Anava a pris la route de la capitale, Port Strabo, avec son bébé Coryne pour tenter de mettre cette dernière à l’abri des bandes de goules qui zonent dans l’arrière-pays. Sa progression prudente la met sur la route d’une autre survivante, Medunna, poursuivant le même but. D’abord méfiante à l’idée d’un partenariat, Anava change rapidement d’avis après que sa comparse lui ait sauvé la vie au cours de l’exploration du donjon le plus cheap de la planète : une salle exiguë, un monstre flasque, un trésor moisi (une caisse d’os).

 

C’est également Medunna qui permet au trio de se rapprocher de l’Emperor’s Sword, le dernier vaisseau à partir de la planète avant que cette dernière ne soit laissée à son sort, grâce à sa connaissance des souterrains sur lesquels Port Strabo est construit, et son ancien travail de manutentionnaire dans le spatioport de la cité. Toutefois, c’est la détermination sans faille d’Anava, qui n’hésite pas à abattre de sang froid le Garde Impérial qui lui avait demandé une attestation dérogatoire un laisser passer pour embarquer sur le vaisseau, qui permet aux survivantes de partir dans les étoiles, avec l’espoir d’une vie meilleure pour Coryne…

 

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Histoire de survivalisme, dans un set up zombifié, assez classique et convenue que ce ‘Bone Cutter’, qui ne se donne pas la peine d’essayer grand-chose de neuf, et dont on voit arriver le twist final au moins trois pages avant la fin. Il est probable que cette nouvelle reste davantage dans ma mémoire pour son énorme faux raccord au sujet de qui d’Anava ou de Medunna est en possession du seul pistolet du duo au moment où la première fait une mauvaise rencontre (à moins que j’ai raté un truc, et pourtant j’ai relu trois fois le passage) que pour son intrigue, son atmosphère ou son utilisation de Valgaast (là aussi assez fainéante). Meh.

 

Into Dark Water – J. Ozga [AoS] :

 

Le Knight Questor Ra’Xephael des Hammers of Sigmar débauche le vieil historien et commémorateur médiocre1 Alessander Cellarius pour l’aider à traduire un journal codé où est donné la localisation de la légendaire citadelle flottante d’Amaranthe, qui a pris la mer avec 8.000 (7.778, pour être précis) âmes à son bord pendant l’Âge du Chaos pour échapper aux attentions putrides des flottes de la Peste. Ra pense y trouver le Szo-en-kur, soit le cœur/la force de la mer (en berrichon), ou simplement un œuf (en tagalog), mais définitivement une relique puissante qui pourra aider Sigmar dans sa reconquête des Royaumes Mortels. N’ayant rien d’autre à faire et puisqu’on le paye en litres de gros rouge, sa monnaie favorite, Cellarius accepte la mission et les deux comparses se trouvent un bateau pour voguer jusqu’à la position supposée de l’Amaranthe, telle qu’indiquée dans le journal décrypté par l’érudit.

 

À travers de réguliers extraits de ce dernier, que l’on comprend avoir été écrit par le souverain d’Amaranthe il y a de cela fort longtemps, on suit la progressive désillusion, puis désespérance, des passagers de l’arche perdue, au fur et à mesure que les mois, puis les années, puis les siècles passent sans que Sigmar ne vienne au secours de ses fidèles. Tout cela fait le jeu de Papy Nurgle, qui finit par devenir la divinité tutélaire d’Amaranthe, et transformer tout ce petit monde en Zombies de la Peste. La dernière entrée du journal intime du monarque abusé indique toutefois que ce dernier, transformé en sorte de portail démoniaque par la grâce du Chaos, a trouvé un moyen de submerger son domaine, et ainsi de se venger de ses ingrats de sujets, qui ont massacré sa reine (une changepeau de Ghur) et noyé sa fille adoptive en sacrifice à… Ursula2 ?

 

Dans le présent de notre histoire, le navire finit par arriver à destination, une zone inexplorée et couverte de brume des mers de Shyish. L’Amaranthe est bien là, mais en piteux et putréfié état, ce qui ne colle pas vraiment avec la chronologie établie, car l’Arche est sensée avoir appareillé il y a quelques décennies, et pas plusieurs millénaires, comme cela a l’air d’être pourtant le cas. Très étonnamment, Ra et Alex se font attaquer par les locaux, de vrais fondus (au sens premier du terme) ceux là, et après une héroïque mais futile résistance, le Stormcast finit enterré sous un tas de caillou sur une plage désertée, ce qui est apparemment le mode de sacrifice rituel des Amarathiens. Seulement, la constitution robuste du Stormcast et l’aura d’entropie qui baigne la citadelle empêchent le surhomme de passer l’arme à gauche, et il se fait même adopter par le Grand Immonde bien esquinté qui sert de GO aux plaisanciers depuis leur mutinerie. De son côté, l’historien a réussi à éviter les mobs, mais est trop faiblard pour aider son gros copain à se tirer de cette relation toxique, jusqu’à ce que…

 

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Fidèle à son approche artistiquement floue (c’est un compliment ici, I swear) d’Age of Sigmar, Jake Ozga livre une novella atmosphérique à souhait avec ce ‘Into Dark Water’. On suit avec plaisir la quête de nos deux héros (mention spéciale à Ra, dont la mentalité tempétueuse est bien mise en avant), aussi opposés que complémentaires, pour la citadelle perdue d’Amaranthe, et on n’a pas de difficulté à s’intéresser au secret du destin, forcément funeste (mais pas spécialement horrifique), de cette arche disparue dans les brumes des mers et du temps. Le style a toujours été le point fort d’Ozga depuis ses débuts pour la Black Library, et cela ne change pas ici, comme les petites introductions faites aux deux premières parties de l’histoire (The Unturning Wheel et The Disenchanted Flesh) l’illustrent parfaitement. On peut par contre trouver que l’intrigue s’embourbe un peu dans le dernier tiers du récit (lorsque Ra devient grand invalide de guerre), et regretter que le dénouement de l’intrigue ne soit pas amené de façon plus carrée par l’auteur3. Tout cela reste compréhensible, mais Jake Ozga reste sur ces points moins habile que d’autres contributeurs de la Black Library, et s’il parvient à progresser là-dessus, on tiendra certainement l’un des meilleurs représentants de la nouvelle vague (haha) de la GW Fiction.

 

1 : En même temps, les Anvils of the Heldenhammer sont un peu les Iron Warriors des chambres militantes de Ziggy : mauvaise pioche pour notre ami.

 

2 : En même temps (bis), cette dernière a sans doute joué un rôle dans la poisse qui s’est abattue sur les Amaranthois, car leur contrat de location précisait bien qu’ils ne pouvaient être qu’un nombre limité sur leur croisière. Et la fifille au patron leur a fait dépasser ce quota.

 

3 : Qui gobe un œuf… gobe un œuf.

***

Et voici que se profile à l’horizon la conclusion de ces chemins tourmentés, recueil très intéressant de la part de la Black Library, et très bon point d’entrée dans l’univers particulier de Warhammer Horror. En plus de se révéler assez qualitatif dans son contenu, la variété des formats (nouvelles et novellas) de ‘The Harrowed Paths’ est un autre point fort indéniable de cette anthologie, dont j’espère que la BL s’inspirera pour les prochains ouvrages collectifs thématiques (Necromunda, Warhammer UnderworldsWarhammer Crime…) qu’elle publiera. Bien que restant un amateur invétéré de courts formats, je dois en effet reconnaître que se plonger dans des histoires déroulées sur cinquante pages et plus est également agréable, dès lors que l’auteur sait ce qu’il fait. Ce qui a été le cas ici (à chaque fois). Bref, malgré le relatif anonymat dans lequel est sorti ‘The Harrowed Paths’, quelques jours seulement avant mais sans lien avec la Black Library Celebration 2021, je conseille à tous les amateurs de « GW-Frissons » de ne pas faire l’impasse sur ce court mais satisfaisant opus.

 

Schattra, vendredi 13-1

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  • 1 an après...

Bonjour à tous et bienvenue dans cette revue de ‘The Accursed’, cinquième volume de nouvelles Warhammer Horror publié par la Black Library depuis le lancement de cette franchise en 2019. Pour les lecteurs qui ne seraient pas familiers avec le concept de cette gamme, le principe est simple : proposer des histoires plus effrayantes/glauques/sinistres que la moyenne, et généralement mettant l’accent sur le côté « civil » du 41ème millénaire et des Royaumes Mortels, quand les publications classiques de la BL se concentrent sur les choses militaires. Comme sous-entendu par la double mention ci-dessus, les recueils Warhammer Horror regroupent des nouvelles appartenant indifféremment à 40K et à Age of Sigmar, une variété qu’on ne retrouve que dans les numéros d’Inferno ! et l’omnibus tout public ‘The Hammer and the Eagle’ (chroniqué ici). Voilà pour les grandes lignes.

 

Au moment où ‘The Accursed’ a été publié (Novembre 2021), je m’étais mis en retrait de la Black Library et ai donc dû me livrer à un petit travail d’investigation au moment d’analyser le sommaire de cette anthologie, dont plus de la moitié est constitué de nouvelles ayant déjà été sorties par la Black Library sur la période 2019-2021. Si la pratique est très commune, on peut toutefois noter que les éditeurs de Nottingham ont procédé à des arbitrages particuliers, puisque certaines des histoires ayant fait partie de la Warhammer Horror Halloween Week 2020 ont été intégrées au recueil ‘The Harrowed Paths’ (chroniqué ici), alors que d’autres se retrouvent dans le présent recueil.

 

Au niveau des contributeurs de ‘The Accursed’, on retrouve des têtes bien connues de l’amateur de la BL (Kelly, Hill, Hinks), dont certains spécialistes du genre horrifique (Annandale, Ozga, Strachan). La seule nouvelle venue est Jude Reid, qui fait ici ses débuts avec ‘The Way of All Flesh’, même si on peut également remarquer que Peter Fehervari (‘Nightbleed’) peut également être considéré comme un débutant, puisqu’il s’agit de sa première nouvelle pour Warhammer Horror. Les termes du problème étant posés, passons maintenant à la dissection du sujet <fait claquer ses gants en latex et met en marche la scie circulaire>. Tchhhhh, ça va bien se passer…

 

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Skull Throne – J. Ozga [AoS] :

 

Skull ThronePrésence discrète dans le Royaume de Shyish, la narratrice de notre histoire, que nous appellerons Ninon faute de mieux (Ozga ne lui donnant pas de nom) évolue dans un univers cotonneux et incertain, où les choses ne semblent pas être ce qu’elles sont vraiment. Troublée par des rêves persistants dans lesquels elle se voit et se revoit être faite prisonnière, puis décapitée, par un trio de maraudeurs chaotiques adeptes de la prise de tête, Ninon ne sait plus très bien si elle est vivante ou morte, et consomme des quantités importantes de thé psychotrope pour tenter de chasser son mal-être existentiel. Cette routine macabre prend fin lorsque débarque un nouvel arrivant, se révélant être également un barbare assoiffé de sang, et tout aussi intéressé par le crâne de Ninon que les trois affreux précédemment évoqués. Son sinistre dessein, qu’il souhaitait mettre à exécution en chantant et dans la maison en ruines de notre héroïne – trop shootée pour prendre soin de son chez-elle – est toutefois contrarié par une traversée de plancher inopinée, permettant à Ninon d’échapper à une décollation sommaire. Prouvant qu’elle a bien gardé la tête sur les épaules, cette dernière ébouillante le rustre en lui déversant le contenu d’un chaudron d’eau bouillante sur le râble, avant de décider de partir en mission spéciale avec la tête du malotru sous le bras. Il s’avère en effet que le barbare était l’un des trois gredins l’ayant peut-être (it’s complicated) décapitée il y a quelque temps, et Ninon souhaite récupérer ce qui lui appartient de plein droit. On suppose à ce stade qu’elle considère un échange de caboches avec les envahisseurs de Shyish.

 

Après avoir un peu marché, et atteint une plage évoquant fortement le front de mer dunkerquois, Ninon finit par localiser les pillards, qui font bombance à côté du cadavre d’un léviathan à moitié dévoré par un banc d’anguilles1. Saisissant sa chance, elle se glisse jusqu’à la marmite dans laquelle les joyeux cannibales préparent leur rata, et y déverse ses réserves de racines de mhurghast. Le résultat ne se fait pas attendre, les maraudeurs sombrant dans ou succombant à la paralysie apportée par ce charmant condiment, ce qui permet à Ninon de chiller tranquillement dans le camp à son réveil. Identifiant son pseudo tueur parmi les cataleptiques à la hache monstrueuse qu’il porte à son côté, Ninon est frappée par l’inspiration : si elle veut récupérer la tête qu’on lui a prise, il lui faudra offrir un sacrifice digne de ce nom à la divinité compétente en la matière, cet entrôné de Khorne…

 

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Soumission très atmosphérique de la part de Jake Ozga, ce Skull Throne joue habilement des caractéristiques uniques de Shyish pour dérouter le lecteur sur la condition de son héroïne, jusqu’à ce que sonne l’heure du dénouement, qui, s’il se révèle plus triste2 qu’horrifique, s’avère néanmoins réussi. Le choix de l’auteur de faire du Royaume de la Mort un endroit à la fois onirique, apaisé et sinistre, frappe l’imagination du lecteur, tout comme les zones d’ombre laissée à dessein par Ozga sur ce qu’il s’est vraiment passé lors de la rencontre entre blanche neige et les trois balourds. Ce manque orchestré de certitudes donne à Skull Throne un cachet particulier, très différent du standard habituel de la Black Library, mais aussi appréciable qu’intrigant. La première moitié de la nouvelle m’a ainsi faite penser à A Ghost Story, film dans lequel le personnage principal revient hanter (de manière plutôt passive) la maison qu’il habitait après son décès dans un accident de voiture. Ce film a reçu un accueil polarisé, et je pense que cette nouvelle pourra également dérouter le lecteur, mais pour ma part, je salue la prise de risque et l’exécution de Jake Ozga dans ce Skull Throne, qui se révèle au final bien moins sanglant que ce que son titre laissait envisager.

 

 

1 : Qui ne jouent aucun rôle dans l’intrigue à part ajouter un peu plus de glauque à une histoire qui n’en manquait pas. Un clin d’œil à A Cure for Wellness, peut-être ?

 

2 : C’est un peu la petite fille aux allumettes à la sauce Age of Sigmar.

 

The Child Foretold - N. Kaufmann [40K] :

 

The Child ForetoldFermier alcoolique, misanthrope et passablement instable, du fait de la méchante prothèse remplaçant sa jambe droite perdue à la guerre, Kavel Trake survit péniblement de ses récoltes de nafar, occupant ses journées à trimer dans les champs et à parler à son épouvantail de compagnie, et ses nuits à picoler et à espérer ne pas se réveiller le lendemain. Bref, l’archétype du joyeux drille. À ses malheurs habituels est venu s’ajouter une invasion de warrior weed, sorte de chiendent Xenos qu’une politique de contrôle laxiste a permis de prendre pied, ou plutôt racine, sur la planète de Ballard’s Run. Cet excès de biodiversité n’occupe cependant pas longtemps notre héros, qui reçoit le soir même la visite d’une voyageuse passablement esquintée et mortellement poignardée, tenant dans ses bras un poupon qu’elle supplie Kavel de protéger de la vindicte populaire, avant de fatalement décéder. Notre péquenot, qui a servi dans la milice locale avant que son amputation ne le force à lever le pied (le gauche, évidemment), n’est pas un péquenot totalement rustre, et comprend assez vite que sa petite protégée, Oshi, a quelque chose de différent. Ou plusieurs choses, pour être exact : quelques petites bosses sur le front pour commencer1, et la capacité assez intrigante d’attirer des feuilles de nafar dans sa menotte pour s’auto-chatouiller lorsqu’elle en a envie, ce qui est pratique mais suspect.

 

La journée de bonheur paternel qu’il expérimente avec le poupon se termine toutefois brutalement avec l’arrivée d’un quintette hostile, menée par le capitaine de la milice et souhaitant ardemment que le bébé leur soit remis. La défense, assez minable, il faut le reconnaître2, convoquée par Kavel ne convaincant pas les ruffians de faire demi-tour, notre fermier n’a d’autre choix que de prendre les armes contre les intrus, qui, heureusement pour lui, s’avèrent avoir claqué tous leurs points de profil en impavidité, laissant peu de place à l’intelligence et à la compétence (comprendre qu’ils n’ont aucun problème à se laisser consumer par les flammes du cocktail molotov improvisé par Kavel, sans même pousser un cri, ni chercher à éteindre le brasier). Vainqueur de l’affrontement, José Bovin décide de tenter sa chance jusqu’à l’astroport tout proche, afin d’emmener Oshi dans la sécurité – toute relative – de l’espace. Malheureusement pour cette âme bien intentionnée, un comité d’accueil aussi déterminé et silencieux que les sbires qu’il a enflammés un peu plus tôt, l’intercepte sur la route, et lui enlève sa précieuse charge, non sans qu’il ait eu le temps de presque – son fusil lui étant mystérieusement arraché des mains par une force inconnue – vider son chargeur sur les marauds…

 

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Pour ses débuts au sein de la Black Library, Kaufmann choisit de livrer sa version d’un classique de la maison, pour un résultat assez honnête. On peut d’ailleurs saluer la bonne maîtrise générale que l’auteur démontre du background de 40K, ce dont d’autres contributeurs « extérieurs » recrutés par la BL pour Warhammer Horror ne peuvent pas se targuer. L’appropriation n’est toutefois pas totale, comme le montre la réaction très meh de Kavel devant la mutation apparente de sa protégée (qui peut à la limite s’expliquer par les pouvoirs psychiques de cette dernière), mais surtout, et c’est plus embêtant, l’absence de justification apportée à l’élément de déclencheur de la nouvelle, c’est à dire la remise du bébé à Kavel par une inconnue blessée… par qui ? Le fluff indique en effet que les membres vulnérables/trop moches des cultes Genestealers, comme les mères porteuses, les jeunes et papi/mamie Mougeot, sont gardés à l’abri des regards par le reste des membres. Partant, on voit mal comment la mère et la tante d’Oshi ont pu se faire embusquer par des villageois lambda de façon réaliste. De plus, le fait que Kaufmann décrive les cinq miliciens venus menacer Kavel comme faisant également partie du culte ne permet pas d’identifier une quelconque faction « hostile » dans la nouvelle (à moins que Ballard’s Run compte deux cultes Genestealers ennemis, ce qui serait vraiment pas de bol pour une planète aussi peuplée que Figeac). Pour terminer, on peut aussi s’interroger sur le choix de la BL d’incorporer cette nouvelle dans son segment horrifique, l’histoire présentée ici étant finalement assez gentillette et convenue pour un lecteur familier des « joyeusetés » de 40K.

 

 

1 : La réponse est oui. Ne dîtes rien aux autres.

 

2 : Jugez plutôt. Comme argument, c’est aussi convaincant que « cet hérétique n’a pas tout à fait tort », ou « cet Ork n’a encore rien fait de mal ».

 

Tithemarked - S. Sheil [AoS] :

 

TithemarkedTout le monde n’a pas la chance d’être fils unique, ni orphelin. Ainsi songe sombrement Petras, notre héros, tandis qu’il essaie de se soustraire au grand projet que nourrissent pour lui ses chers frères (Grandon et Bron) et père (Gaston? Napoléon? Hachilthalon?), qui consiste à le mettre à contribution pour atteindre le quota d’os demandé par le collecteur Ossiarch Reaper venu démarcher leur village. Ayant déterré tous les cadavres du cimetière, et abréger les souffrances des vieillards, agonisants et enrhumés, sans pour autant remplir l’attaché case du patibulaire revenant, les bouseux se résolvent donc à sacrifier leurs éléments les moins utiles pour le bien de la communauté, et au petit jeu du hachoir musical, Petras se retrouve rapidement shortlisté. Ses vigoureuses dénégations n’y font rien: c’est bien à lui que revient l’honneur de mettre la dernière main, ou plus exactement, le dernier bras, à la collecte de déchets organiques organisée par le Nag’. Au moment où le couperet tombe, il se révèle brutalement, amputé certes, mais depuis un bail: cela fait douze ans que le bras lui en est tombé, et l’enfant mal aimé et chétif est devenu…un jeune homme mal aimé et chétif1.

 

Les relations avec sa famille ne s’étant guère arrangées depuis ce jour fatidique, Petras a depuis quitté le foyer paternel pour voler de sa propre aile, n’écopant malheureusement pas d’une grande sympathie de la part des ses concitoyens de Shyish. Et pour cause, ces derniers le considèrent comme un porte-malheur, lié à jamais aux terribles Ossiarch Reapers par sa manche vide, et ne lui réserve donc pas le meilleur accueil. Malgré cela, Petras tient le coup car il a un but et un rêve: se faire poser une prothèse. Il connaît même l’artisan idéal pour cette opération, un forgeron prodige nommé Helstane, vers l’atelier duquel il se dirige avec toutes ses économies. Croisant sur la route un marchand, qui a lui aussi bénéficié de la science du prothésiste (il a pris sa jambe à son coût), il apprend toutefois de la bouche du colporteur qu’Helstane est loin d’être conventionné, et que ses services ne sont pas donnés. Souhaitant malgré tout tenter sa chance, Petras arrive enfin jusqu’à la forge de son potentiel sauveur… qui lui sort un gros doigt2 pour sa peine. Flûtcke. Le désespoir de notre héros arrive toutefois à émouvoir quelque peu le bourru et pingre Helstane, qui promet à son visiteur d’accéder  sa requête et de lui forger un membre – en tout bien tout honneur -, s’il se met à son service sans rechigner, et pour une durée indéterminée. Ce que Petras accepte.

 

Après un an, un mois et une semaine de durs labeurs, de bastonnades régulières et de café dégueulasse (c’est le pire), Petras demande gentiment à son boss quand est-ce qu’il prévoit de lui passer la main (et le reste, tant qu’à faire), provoquant une nouveau geste mal élevé impliquant un doigt de la part du maître artisan. Ce dernier informe en effet sa bonniche qu’il n’a cotisé que pour l’équivalent d’un doigt, ce qui revient  dire qu’il a travaillé à l’œil. Mondes cruels que ces Royaumes Mortels, où le fléau de l’esclavage moderne est tout aussi présent que dans le nôtre. Sauf qu’au lieu de confisquer les papiers des travailleurs, on leur refuse leur ferraille. Inacceptable. Bref, Petras en a gros, et commence à désespérer d’être jamais appareillé, ce qui explique en partie pourquoi, lorsque son patron envoie paître un ferrailleur de grands chemins lui ayant proposé d’acheter un bras d’Ossiarch Reaper, après avoir échoué à lui refourguer un plastron bosselé, l’infirme suit discrètement le vendeur éconduit, et lui subtilise son bien à la faveur de la nuit…

 

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Sheil signe une nouvelle très convaincante avec ce Tithemarked, qui parvient à marier efficacement deux types d’horreur: celle, psychologique, provoquée par la mise en scène de la déchéance morale inévitable d’un héros pathétique, qui finit par commettre l’irréparable dans la poursuite d’un objectif justifié, mais inatteignable (un peu comme Carrie dans le film du même nom), et une bonne dose de gore allant crescendo dans le sanguinolent et le macabre, ce qui fait toujours plaisir aux amateurs du genre. En outre, sa vision et description des Ossiarch Reapers, la nouvelle faction des Royaumes Mortels, sont plutôt réussies, et parviennent à donner de la profondeur (pas totalement négative, qui plus est) aux petits soldats de Nagash. Bref, une franche réussite à mettre à l’actif de ce rookie, qui je l’espère aura l’occasion de remettre le couvert dans les mois à venir.

 

 

1En fait cette histoire, c’est ‘Cendrillon’ qui rencontre ‘Saw’. Moignillon. 

 

2En anglais on dit ‘he gave him the finger’, ce qui marche tout aussi bien.

 

Imperator Gladio - R. Strachan [40K] :

 

Sur Valgaast, la ligne de front impériale se fait sérieusement bousculer par un assaut massif de l’Archennemi. L’un des régiments mobilisés au cours de cette campagne est le 77ème Dragon Blindé de Zentrale, qui a la chance de compter parmi ses châssis le Baneblade Imperator Gladio, une arme de destruction massive à même de renverser le cours de la bataille. En tous cas, c’est ce que l’état-major du régiment voudrait vous faire croire. Parmi les Zentraliens (qui doivent tous avoir un diplôme d’ingénieur avec un nom pareil), l’histoire est différente : le Gladio jouit d’une terrible réputation de tueur d’équipage, et c’est déjà la septième fois qu’il est remis en service après que tous ses servants aient trouvé la mort dans des conditions inexpliquées. Cette fois-ci, c’est au tour du Capitaine Becherovka et de son ramassis de bidasses (Kovar, Stijn, Palivo, Jezek, Zaj et Musil) de tenter leur chance.

 

Becherovka est un candidat tout trouvé pour ce poste de chef de tank maudit, car il a lui-même un lourd passif en la matière. Sa dernière affectation était un Shadowsword, dont tout l’équipage s’est noyé dans les eaux saumâtres qui recouvrent la surface de Valgaast (une sorte de Dagobah grimdark), tandis que lui a été secouru après 4 jours à respirer une bulle d’air coincée par la coque. Pas le temps pour lui de digérer ce traumatisme, il lui faut donc déjà reprendre du service pour faire son devoir de soldat de l’Imperium. Il peut cependant compter sur le bonus de Commandement que lui apporte la décoration intérieure du Gladio, constituée des 73 crânes des précédents membres d’équipage du Baneblade acariâtre. Un peu Khorny comme choix, mais l’ossement reste une valeur refuge au 41ème millénaire, tout le monde est d’accord sur ce point.

 

Alors que le vaillant petit tank prend le chemin du front, des événements variant du bizarre à l’inquiétant ne tardent pas à se produire, sans que personne à bord ne puisse en donner une explication claire, bien évidemment. Lorsque l’unité centrale du Gladio tombe soudainement en rade au milieu de la pampa du marais, les choses sérieuses peuvent commencer.

 

Comme son grade le demande, Becherovka court dans tous les sens pour tenter de comprendre ce qui arrive et établir un plan de contingence, mais ses vaillants efforts ne donnent pas grand-chose. Il faut dire qu’ils sont parasités par des manifestations frôlant le démoniaque (on ne verra rien, mais c’est tout comme), qui font perdre leur sang-froid, puis carrément la vie, à l’équipage du Gladio. Se retrouvant dans la position peu enviable de dernier défenseur Garde, et se sachant enfermé dans l’habitacle par des forces contre lesquelles il ne peut pas lutter, Bebert prend une décision radicale pour retrouver l’air libre…

 

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Pour sa première soumission siglée 40K, Richard Strachan nous emmène sur Valgaast avec une histoire de vaisseau fantôme adapté pour notre univers futuriste en tank hanté. L’auteur arrive bien à marier deux sources d’angoisse distinctes (la claustrophobie d’une part, et les manifestations psychiques d’autre part) pour un résultat prenant et assez sordide pour mériter l’AOC Warhammer Horror. Le seul petit reproche que l’on pourrait être amené à lui faire est de ne pas avoir chercher à lever le voile sur la force maléfique qui hante l’Imperator Gladio : si ce dernier a été corrompu par le terrain particulier sur lequel il opère1, il faudrait expliquer pourquoi il est (apparemment) le seul tank affecté. À l’inverse, si c’est le Baneblade lui-même qui est mauvais (un clin d’œil à ‘Christine’ de Steven King ?), les adeptes du Mechanicus chargés des réparations auraient dû détecter que quelque chose clochait – si ce n’est la première fois, au moins la sixième…

 

Mis à part ce détail, qui n’enlève pas grand-chose au plaisir de lecture, ‘Imperator Gladio’ est une nouvelle d’ambiance des plus solides, à ranger aux côtés de ‘The Deep’, et qui démontre qu’on peut écrire une bonne histoire se déroulant exclusivement à l’intérieur d’un tank - ahem ‘Sarcophagus’ ahem -…

 

1 : Valgaast est la planète à laquelle toutes les soumissions Warhammer Horror de 40K font référence, souvent de manière anodine et détournée, comme Mhurgast pour Age of Sigmar.

 

The Terminus - D. Annandale [40K] :

 

Notre histoire se déroule dans la cité de Carchera, sur la planète Ossorian, par une nuit sans lune (ça ne sert à rien dans l’histoire mais ça met l’ambiance). Un frère (Bakhin) et une sœur (Vazya) progressent en direction d’une gare abandonnée, dans le but de vérifier la véracité d’un mythe tenace : le train de Valgaast (wink wink). D’après la légende, ce convoi circule la nuit dans les gares désaffectées, et les passagers qui osent monter à son bord sont amenés jusqu’à l’emplacement d’un somptueux trésor. Si Vazya tient juste à fact checker ce racontar, son frère est lui beaucoup plus intéressé par les proverbiales richesses récompensant les audacieux voyageurs, ayant contracté de très lourdes dettes auprès de créditeurs pas franchement compréhensifs.

 

Ayant pris position dans l’une des nombreuses gares en ruines de la périphérie de Carchera, nos deux héros en sont quitte pour quelques heures d’attente1 avant que l’improbable se produise : un authentique train entre en station, et ouvre ses portes pour leur permettre de rentrer. Après les trois secondes d’hésitation contractuelles, Vazya et Bakhin sautent le pas (please mind the gap between the train and the station) et prennent place à bord, avant que la rame ne reprenne sa course. Ils ne tardent pas à découvrir qu’ils sont loin d’être seuls dans le train, et font ainsi la connaissance d’un trio de concitoyens (Darra, Krent et Nevi), eux aussi à la recherche du légendaire trésor du train de Valgaast, qui les aiderait à se sortir de leur situation difficile.

 

Pendant que leur Ouigo file à toute berzingue vers une destination inconnue, mais en tout cas hors de Carchera, le petit groupe décide d’explorer son environnement, et de remonter vers la tête du train à la recherche du chef de bord, qui pourrait peut-être leur donner plus d’informations sur les prochaines étapes du périple. Cette initiative louable est toutefois abandonnée à l’unanimité après que nos héros aient jeté un œil au wagon de tête, rempli à ras bord d’individus très louches (des chauves blafard en robe : sans doute des cosplayeurs de Matthieu Ricard). La première classe n’est plus ce qu’elle était…

 

Les options du club des cinq sont toutefois très limitées : après avoir essayé d’ouvrir les portes, et réalisé que sauter d’un train en marche sans voir en contrebas n’était pas une riche idée, ils conviennent de rejoindre les autres passagers « normaux » du Valgaast Express, et d’aviser à l’arrivée. Lorsque la rame s’arrête enfin, Vazya, Bakhin et compagnie descendent donc sans faire d’histoire, et décident de suivre à distance raisonnable le groupe de tête(s chauves), qui part en direction d’un complexe abandonné, en chantant d’étranges cantiques. Assez inquiétant, certes, mais pas menaçant à proprement parler, donc pourquoi pas. Et puis, pas question de rentrer à pied à Carchera…

 

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David Annandale adapte le thème du train fantôme à la sauce 40K, pour des résultats un peu décevants. Comme souvent avec notre homme, les débuts prometteurs débouchent sur une conclusion pas vraiment satisfaisante, ici à deux niveaux. Premièrement, j’ai trouvé que la révélation finale relevait de la faute de goût, en cela qu’une histoire exploitant les codes du surnaturel doit rester sur cette voie (haha) et ne pas bifurquer dans un autre type d’horreur (ici bien plus prosaïque) en fin de course. La suspension d’incrédulité en prend un grand coup dans les gencives, car tout ce qui aurait pu être accepté par le lecteur comme causé/expliqué par le Warp doit maintenant trouver une justification réaliste… ce que l’auteur se garde bien de faire ! Deuxièmement, le flou artistique laissé par Annandale, pourtant contributeur vétéran de la GW-Fiction, sur l’identité de son antagoniste est regrettable car elle a toutes les chances de blaser le lecteur un peu au fait du background de la faction convoquée. Il aurait suffi d’une petite rectification de la part du relecteur pour corriger ce défaut, mais cela n’a pas été le cas et je dois dire que cela m’ennuie profondément. OU EST LE RESPECT HEIN ? Verdict final : guère entraînant.

 

1 : Il faut croire que même les trains fantômes peuvent être victimes d’incidents de circulation de types « régulation du trafic » ou « mouvement de grève du personnel ».  

 

Nightbleed - P. Fehervari [40K] :

 

NightbleedLes journées de Chel Jarrow, medicae disgraciée et névrosée de Sarastus, sont hantées par un cauchemar récurrent dans lequel elle se revoit faire l’erreur qui lui a coûté sa carrière, ainsi que la vie d’une de ses patientes. Epuisée par un enchaînement de gardes, elle a en effet confondu un Death Guard « XIV » avec un Son of Horus « XVI » et injecté de l’eau de javel à une malade du COVID-19K, ou une joyeuseté de cet ordre, ce qui ne pouvait pas bien se terminer. Renvoyée par son employeur, elle enchaîne depuis les petits boulots minables, le dernier en date consistant à servir de technicienne de laboratoire dans une usine agroalimentaire. Affectée à des cycles nocturnes pour ne pas entraver la production, Chel passe ses journées à dormir et ses soirées à éviter son mari Lyle, dont elle ne supporte plus la petitesse et la servilité1. Une bonne crise de la quarantaine comme on les aime, en somme.

 

Alors qu’elle prend le chemin du turbin, elle remarque en attendant que l’ascenseur monte (131ème étage, tout de même) que de nouveaux tags ont fait leur apparition sur les murs de son couloir. L’un d’eux représente l’homme aiguille (Needleman), une sorte de croquemitaine local vivant dans les ténèbres et cherchant sans relâche à saboter les dômes abritant les cités ruches de Sarastus pour permettre à la Nuit Véritable de régner sans partage sur la planète. Le trouillomètre commence à s’affoler lorsque Chel entend des bruits suspects dans l’obscurité du couloir, hors de portée de sa fidèle lampe torche. Ou plutôt, aurait dû s’affoler car notre héroïne n’éprouve pas le moindre émoi à la pensée qu’un prédateur la guette peut-être depuis les ténèbres. C’est l’avantage d’avoir une vie vraiment pourrie : on voit toujours le bon côté des choses. Ceci dit, il ne se passera rien de bien méchant avant que l’ascenseur ne finisse enfin par arriver, et emmène Chel jusqu’au rez de chaussée de la tour Barka.

 

Il est temps pour nous de faire la connaissance de notre second personnage principal, un jeune à problème s’étant rebaptisé Screech (cri perçant en français) après avoir entendu sa mère pousser un hurlement inhumain lorsqu’il lui a crevé les yeux à l’aide d’une fourchette. Il venait de tuer son père de la même façon, et avait 14 ans à l’époque des faits. Voilà voilà. Obsédé par le mythe de l’homme aiguille, qui l’a fait basculer dans la folie homicidaire, Screech est devenu un grapheur marginal, laissant des messages aussi inquiétants que mal orthographiés2 sur les murs de la cité. En plus de cela, il lui arrive d’enfiler son cosplay de Needleman pour aller trucider du prolo au gré de ses envies. Cette nuit lui semble d’ailleurs propice à un nouveau crime, et alors qu’il erre dans la cité à la recherche de la bonne cible, son chemin finit par croiser celui de Chel, qui a pris place dans son TER habituel pour aller bosser. Pas de doute possible pour Screech, c’est elle que le destin a choisi pour rapprocher Sarastus de la Nuit Véritable, un meurtre sanguinaire à la fois.

 

De son côté, Chel, qui en a vu d’autres et se balade avec un taser dans la poche, sent bien que l’ado tatoué et crasseux qui s’est assis par terre en tête de wagon et l’épie sans en avoir l’air n’est pas animé d’intentions charitables envers sa personne. Une poussée de mauvaise humeur manque de la faire aller au clash contre son stalker (pas vraiment discret) à la sortie du train, mais ce dernier est trop perdu dans ses pensées (il a dû sniffer le reste de sa bombe de rose pour passer le temps) pour prendre la mouche. Laissant à sa victime un peu d’avance, il finit par la suivre jusqu’à l’usine où elle travaille, après avoir enfilé son habit de non-lumière : un masque de métal et les griffes de Freddie. Ainsi paré, il se sent possédé par l’esprit de Noël du Needleman, que l’on devine être un peu plus qu’un simple fantasme d’achluophobe. Et en effet, lorsque Screech se retrouve attaqué par un cyber molosse après être entré par effraction dans le périmètre de l’usine de Potton Vitapax, il ne doit son salut qu’à sa possession temporaire par son esprit totem, dont l’un des pouvoirs consiste à pouvoir tordre ses bras dans tous les sens, ce qui est pratique pour venir à bout d’un mastiff énergétique qui vous cloué au sol après vous avoir déchiqueté la cuisse. Mal en point mais toujours opérationnel, notre héraut reprend sa traque en traînant la jambe.

 

Pendant ce temps, Chel s’est remise à travailler sur le dernier échantillon qui lui a été remis, et dont elle suspecte la nature maléfique, ou en tout cas néfaste, sans pouvoir le prouver. Les tests du VLG-01 n’ont en effet rien détecté de suspect, mais la consistance de goudron pervers de la substance rend son utilisation dans des produits cuisinés, même pour des travailleurs de la caste Delta, impensable. En désespoir de cause, et prise d’une inspiration subite, Chel a résolu la veille d’ingérer un peu de cette mixture, ce qui a semble-t-il renforcé ses cauchemars. N’y tenant plus, et sans doute en manque, la technicienne décide d’aller visiter le lieu de stockage du VLG-01, convainquant pour ce faire un des gardes de nuit de la conduire jusqu’à l’entrepôt (forcément abandonné jusqu’il y a peu car il avait mauvaise réputation). Là, deux choses horribles se produisent coup sur coup. Premièrement, Chel sombre dans la folie et se sert une grande rasade d’élixir de noirceur à même la cuve (pochtronne !), ce qui ne lui fait pas du bien comme on peut s’en douter. Deuxièmement, Screech finit par la rattraper, après avoir égorgé le garde au passage, et s’apprête à lui jouer son grand classique : le concerto d’Edouard aux Mains d’Argent en Scie Mineure…

 

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Comme on pouvait s’en doute, Peter Fehervari réussit sans problème son entrée dans la gamme Warhammer Horror avec ‘Nightbleed’, un petit concentré de noirceur (haha) à la sauce Dark Coil. Notons à ce propos que les références aux autres textes et arcs narratifs du Fehervariverse ne sont pas légions dans cette nouvelle (à moins qu’elles soient trop subtiles pour votre serviteur, ce qui est tout à fait possible), ce qui facilite sa compréhension pour le lecteur non familier de l’approche de l’auteur. Ceci dit, il n’est guère besoin de pousser loin l’analyse pour comprendre que ‘Nightbleed’ n’est pas un stand-alone, mais contient des éléments qui s(er)ont explicités ailleurs, à commencer par le sens des lettres « VLG », sur lequel Fehervari fait plancher son lecteur de façon très explicite1. P3armi les autres réussites indéniables de cette soumission, on peut citer la facilité déconcertante avec laquelle l’auteur arrive à « planter » son décor en quelques phrases, et à faire de Sarastus un monde impérial plus tangible et réel que bien des planètes auxquelles GW et la BL ont consacré des dizaines de pages (Necromunda ? Armaggedon ? Cadia ?), ce qui est la marque des vrais conteurs. De la même manière, Fehervari instille à son récit un véritable malaise (angoisse serait un peu fort), amplifié par les bribes de comptines qu’il met dans la bouche et dans l’esprit de Screech. Will you won’t you meet the Needleman ?

 

1 : Et également sa froideur coupable, car monsieur refuse obstinément de monter le chauffage, quand bien même la température de leur HLM se rapproche sensiblement de zéro.

 

2 : Dernier chef d’œuvre en date de notre Banksy sociopathe « C 1 MENSSONJE » au Hello Kitty Pink. Sans point d’exclamation à la fin, car ce n’était pas nécessaire.

 

3À titre personnel, je penche pour un acronyme en haut gothique (latin donc) glorifiant les ténèbres/le Chaos, mais cela peut être chose. Je suis simplement à peu près sûr qu’il est possible pour un lecteur attentif de percer ce mystère à jour avec les indices que Fehervari a laissé ici et là…

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A Moment of Cruelty - P. Kelly [AoS] :

 

A Moment of CrueltyHéritier jouisseur, couard et infect d’une lignée de notables Azyrites venus s’établir en Shyish à la suite de la reconquista initiée par Sigmar, Alabastian Valenth use son indolente jeunesse et de son statut de golden boy pour collectionner les conquêtes, les excès et les gueules de bois. La dernière en date, lorsqu’elle finit par le laisser émerger, le laisse cependant en mauvaise posture car notre héros réalise avec horreur qu’il a trois heures de retard au rendez-vous avec son costumier. Et quand votre vie ne tourne qu’autour du prochain bal masqué de la noblesse, et que votre influent et richissime meilleur ami a également été invité à l’essayage, c’est une tuile de premier ordre, croyez-moi.

 

Une clepsydre hors de prix fracassée au sol, une paire de gardes (Maltratt et Xarantine) rabrouées, et une galerie de clochards et d’infirmes rembarrés sur le chemin du tailleur plus tard, Alabastian arrive enfin présenter ses plus plates confuses à l’illustre Harratio d’Asbe (son BFF), qui l’a patiemment attendu en parfait gentleman. Quelques heures et verres de vin plus tard, les deux amis finissent par se séparer, et pendant que Bastian doit repasser rive droite (ou gauche d’ailleurs) de Mhurghast pour regagner son domicile, Harratio part contempler son gros pif dans un miroir un peu spécial, qui lui renvoie un reflet encore moins flatteur que ce que la prise au vent de son appendice nasal laisse à supposer…

 

Alabastian, qui a fait un détour par le pont des Ahres pour éviter de recroiser la route de la cour des miracles qui l’a tant importuné à l’aller, joue de malchance car il tombe sur à nouveau sur un lépreux particulièrement lacunaire, qui le supplie de lui donner une petite goutte. Pas de pinard, notez, mais d’aqua ghyranis, l’hydroxychloroquine/eau de javel des Royaumes Mortels, capable de remettre sur pied même un cul de jatte. Bien évidemment, notre snob de héros refuse, et pousse la petitesse jusqu’à cracher dans le dos du miséreux, avant de partir en courant dans un grand élan de bravoure. De retour dans son hôtel particulier, il narre sa mésaventure à des deux gardes du corps (Maltratt et Xarantine, si vous suivez), avant d’aller se passer les nerfs en montant au grenier pour vaquer à son occupation d’intérieur favorite : lorgner les passants de la place que surplombe son manoir. Mais même cet innocent plaisir lui est refusé car qui sort des brumes pour lui rendre son regard indiscret dès qu’il a pris place dans son fauteuil de mateur ? Le lépreux susmentionné, évidemment.

 

La paranoïa naturelle d’Alabastian atteint des niveaux cosmiques, et il envoie ses deux chiennes de garde régler son compte à Jo le Clodo sur le champ… sans qu’elles parviennent à lui mettre la main dessus, bien évidemment. Après une nuit agitée, la vue de l’empreinte d’une main amputée de trois doigts dégu*ulassant sa fenêtre, pourtant située à 10 mètres au dessus du sol, manque de faire tomber le nobliau en syncope, et Maltratt et Xarantine en sont quitte pour repartir traquer l’insaisissable estropié dans les ruelles brumeuses de Mhurghast…

 

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Phil Kelly en dit trop ou pas assez dans ce ‘A Moment of Cruelty’, dont les pièces semblent former un tout cohérent mais sans s’emboîter parfaitement. En effet, si l’idée principale développée et révélée par l’auteur en conclusion de sa nouvelle fait écho à quelques indices égrénés plus tôt dans la narration, bien des questions demeurent, trop pour faire de cette soumission une réussite. Le rôle de Harratio d’Asbe dans l’intrigue, les pouvoirs du miroir qu’il utilise, la raison de sa visite chez Alabastian plus tôt dans la semaine, ou encore le sens à donner au rêve (prémonitoire ?) de ce dernier, sont autant de points laissés à la libre interprétation du lecteur. Et que penser de la motivation qui anime le persécuteur de notre froussard de héros ? Poursuit-il des desseins inconnus ou déteste-t-il simplement les gens qui ne font pas preuve de ponctualité ? Dommage pour Kelly, qui avait sinon exposé des idées intéressantes, comme ce jeu d’interprétation, difficilement traduisible en français, autour des sens de « Sally » (un prénom mais également un verbe, qui veut dire « faire route »), en plus de nous avoir offert une première visite de la fameuse Mhurghast. Je ne serais pas contre un peu de rab, afin de prendre totalement la mesure de la carrure AoSesque et horrifique de notre homme.

 

The Reaper's Gift - R. Cluley [AoS] :

 

Le milicien Rutger, confronté à une trop forte opposition lors de la dernière bataille livrée par sa compagnie franche à une bande d’Hommes Bêtes en maraude, a prudemment décidé de se faire porter pâle et quitté le champ de bataille pour le champ de maïs, laissant les copains se débrouiller sans lui. A sa décharge, notre héros courageux mais pas téméraire venait d’hériter d’une méchante estafilade sur le bedon, réduisant fortement son utilité au combat en même temps que son espérance de vie. Dans son malheur, Rutger a toutefois la chance de tomber sur une étable décrépite où il peut s’abriter de la pluie battante de Shyish, et recouvrer quelques forces avant de reprendre sa fuite éperdue. Dans cet abri de fortune, il fait la connaissance de Poll, le jeune fils d’une fermière du cru qui essaie tant bien que mal de survivre avec ses trois enfants et en l’absence de son mari, réquisitionné de force par l’armée locale il y a plusieurs mois. Ayant gagné la confiance du gamin grâce à ses talents de montreur d’ombres, Rutger parvient aussi à se mettre la mère (Maudeline) dans la poche, et est invité par cette dernière à dîner avec sa famille.

 

Pendant que le soldat se fait recoudre la bidoche et se gave de brouet, ses hôtes lui racontent la légende du Faucheur (Reaperman), un croquemitaine ayant l’apparence d’un épouvantail géant et venant punir les membres égoïstes de la communauté à grands coups de faux dans les gencives. Originellement, le Faucheur était un guérisseur dont le fils unique mourut écrasé par sa propre charrue, tragédie qui fit mourir sa femme de chagrin quelques semaines plus tard. Ses voisins n’ayant pas fait preuve d’une grande solidarité envers le pauvre homme dans ces moments difficiles, le désespoir et le ressentiment (et l’intervention de Nagash, aussi) le changèrent en spectre vengeur, que les paysans du coin tentent d’apaiser en se faisant des cadeaux entre eux, démontrant ainsi leur camaraderie. Il se trouve que Maudeline et Cie offrent des épouvantails, ce qui explique pourquoi l’étable où s’était réfugié Rutger était pleine de silhouettes tout à fait creepy. On est à Shyish, aussi.

 

Raccompagné par Maudeline jusqu’à la grange où elle accepte qu’il passe la nuit, Rutger réalise que la brave fermière dissimule en fait une ogresse en puissance, qui n’a pas hésité à tuer et découper les autres déserteurs amochés qui sont venus demander assistance au cours des derniers mois. Cela explique comment elle a pu confectionner autant d’épouvantails dans un endroit aussi reculé, où les fripes d’homme adulte sont rares. Pragmatique jusqu’au bout, Maudeline avoue que c’est l’infection qui commence à gagner sa plaie qui l’a convaincue de ne pas transformer Rutger en jambon, et qu’elle ne lui fera donc aucun mal. Cet échange de civilités est interrompu par l’arrivée d’un Ungor inquisiteur, qui se fait prestement occire par notre coriace agricultrice #LaMortEstDansLePré.

 

Il ne s’agit toutefois que d’un sursis pour la petite troupe, car il est certain que la disparition de l’éclaireur va donner l’idée au reste de la harde de passer une tête cornue dans le coin dans les prochaines heures. N’ayant aucun espoir de prendre de vitesse l’ennemi, Rutger propose de gagner du temps en utilisant la ruse…

 

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Pour sa deuxième contribution à la GW-Fiction (après ‘Flesh and Blood’), Ray Cluley corrige la mire et signe une histoire bien noire, et méritant tout à fait sa catégorisation dans la gamme Warhammer Horror. En distillant à petites touches les détails troublants, puis inquiétants, puis révoltants, l’auteur parvient à instiller une pure atmosphère de film de genre, où l’on comprend qu’il peut se passer quelque chose d’horrible à tout moment, et où tous les personnages, même (surtout) les protagonistes, peuvent partir en vrille sans crier gare. Il fait également preuve d’une maîtrise consommée de raconteur d’histoire en entraînant le lecteur sur la piste de l’épouvantail, figure horrifique s’il en est, pour au final donner à son récit un twist final bien plus prosaïque, mais d’autant plus marquant et efficace. Une vraie bonne soumission pour le sieur Cluley, qui remonte sensiblement dans mon estime.

 

The Way of All Flesh - J. Reid [40K] :

 

Alors qu’il se réjouissait d’épouser prochainement la belle et riche Aurelie Langenbruik, Niklaas van Riedvelt reçoit une visite nocturne et imprévue de la part de son futur beau-frère, Konrad. Ce dernier est loin d’être enthousiasmé par le mariage de sa sœur avec un parti aussi minable et désargenté que le bon Nik, qui n’a que pour lui le fait de posséder le titre de Graaf. Ayant appris par des tiers que l’ascendance de Niklaas était soumise à caution (sa mère ayant eu tendance à faire beaucoup la fête avant sa naissance), Konrad vient donc intimider le futur marié dans son manoir décrépit dans l’espoir qu’il rompe ses fiançailles et laisse partir Aurelie. La proposition n’agrée guère notre héros, qui dans un mouvement d’humeur regrettable plante une dague dans la gorge du maître chanteur, avec des effets rapides et définitifs sur la santé de Konrad. D’abord totalement dépassé par la situation, Niklaas finit par faire jouer ses relations auprès d’une marraine du crime (Hanna Ullman) dont il tient les comptes, et qui lui envoie un duo de nettoyeurs pour faire disparaître l’encombrant cadavre.

 

Les choses semblant se tasser après ce regrettable incident, et malgré la détresse d’Aurelie devant la disparition inexpliquée de son petit frère, Niklaas a tout loisir de finir la préparation de son mariage, prévu dans quelques semaines. Cependant, la réception d’un faire-part signé de la main de Konrad, et annonçant que le macchabée assistera à la noce, plonge notre héros dans une psychose de plus en plus marquée. D’abord persuadé que Hanna Ullman cherche à le faire chanter, il décide d’aller lui rendre une visite de courtoisie pour tirer l’affaire au clair, mais découvre que le quartier général de la patronne de la pègre a été récemment dévasté par les flammes. Sur le chemin du retour, il est suivi puis rattrapé par un individu capuchonné portant à l'index l’anneau distinctif de Konrad, mais qui ne fait rien d’autre que pointer un doigt aussi pourri qu’accusateur sur le meurtrier avant de disparaître dans la nuit. Ambiance, ambiance.

Lorsque le jour des noces arrive, Niklaas est au bout du rouleau et commet quelques impairs pendant la cérémonie, comme arracher la capuche d’un adepte du Mechanicus qui assistait à l’office, pensant qu’il s’agissait encore une fois du fantôme de Konrad. Les formalités terminées et les invités repartis, il est temps pour nos tourtereaux de regagner leur nid d’amour pour leur première nuit comme mari et femme. Tout est bien qui finit bien… Sauf que non, bien sûr. Le manoir familial des van Riedvelt n’est pas épargné par les apparitions morbides, et Niklaas est à nouveau surpris par son stalker sépulcral, et cette fois avoue à haute voix que tout ça n’était qu’un accident, et qu’il n’a jamais voulu tuer Konrad. Cette confession fait disparaître l’invité mystère sans laisser de trace, laissant enfin loisir à notre héros d’aller retrouver sa femme au lit… et de s’endormir aussi sec. Ouf, moi qui pensais que la BL allait donner dans le torride, me voilà rassuré.

 

Le lendemain matin, tout semble aller pour le mieux pour Niklaas, qui pense innocemment avoir été libéré de sa culpabilité par sa confession d’hier. Alors qu’il sirote son premier recaff d’homme marié en attendant que sa femme vienne le rejoindre, il ferme brièvement les yeux pour savourer son bonheur retrouvé…

 

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Ce n’était qu’une question de temps avant que le Fantôme du Commandeur ne soit adapté à la sauce Warhammer Horror, et la nouvelle venue Jude Reid se tire plutôt bien de cet exercice de style. On peut mettre à son crédit une narration efficace et atmosphérique, qui permet de suivre les tribulations du Graaf Niklaas van Riedvelt sans forcer son intérêt pour une histoire autrement assez classique. J’ai également apprécié ses efforts pour donner de l’épaisseur et de la consistance à la société dans laquelle se passe sa nouvelle (Etterdam), ce qui facilite l’immersion dans l’histoire. Pour finir, et à la différence d’autres histoires de Warhammer Horror (et du recueil ‘The Accursed’), le twist final est bien préparé et ne tombe pas à plat, ce qui est toujours agréable. Une nouvelle contributrice à suivre de près, donc.

 

Elloth IX - J. D. Hill [40K] :

 

Lorsque l’équipe de mineurs d’astéroïde qu’il dirige prend possession de la base stationnée sur Elloth IX, Alun ne tarde pas à remarquer que quelque chose cloche. Il faut dire que la disparition mystérieuse de la totalité de leurs prédécesseurs, sans que ces derniers se soient donné la peine de laisser un post it explicatif sur le comptoir, ou même de faire la vaisselle, n’a rien de rassurant. Mais il y a des choses plus urgentes à faire et des quotas d’extraction à atteindre pour obtenir la paie promise, ce qui fait passer ces débuts inquiétants au second plan. Toujours est-il que notre héros à crête (il porte un mohawk, ce qui est très approprié lorsqu’on passe toute la journée dans une combinaison spatiale) ramasse par pure curiosité une représentation de l’Empereur dont les yeux ont été crevés. Une décision lourde de conséquence, comme vous pouvez vous en douter, et que même le principal intéressé semble trouver louche. Il faut ce qu’il faut pour faire avancer l’intrigue.

 

Bien évidemment, la situation ne va aller que de mal en pis sur la station, et en particulier pour Alun, qui se met à attendre des battements inexpliqués, que les autres membres de son équipe ne perçoivent pas. La découverte d’un corps desséché dans un coin d’entrepôt par Alun et son second (Toyn) vient épaissir le mystère, d’autant plus que le macchabée semble avoir été victime d’une exécution rituelle. Afin de préserver le moral des troupes, Alun décide de balancer le corps dans l’espace sans ébruiter la nouvelle, ce qui ne met pas fin au problème car l’obstiné cadavre s’amuse à popper de manière régulière dans la station, malgré les efforts désespérés de notre héros pour se débarrasser de cette tache tenace.

 

Logiquement sur les nerfs à cause de ces manifestations inexplicables, Alun doit également composer avec un Serviteur suicidaire (death by s’éclater le pif sur une console toutes les cinq secondes – c’est assez salissant), puis sur la mort de Toyn dans un accident d’exploitation à la surface d’Elloth IX. En bonus, le cadavre récursif se met à prendre la forme de Toyn après son décès, ce qui en fait beaucoup pour un seul homme, vous le reconnaîtrez facilement. Finalement, Alun fait un burn out et décide d’aller voir si l’espace est plus profond chez le voisin après une nouvelle apparition macabre. Sans combinaison spatiale. Comme n’est pas Guilliman qui veut, l’expérience est fatale à notre héros surmené, qui a toutefois pris soin de laisser derrière lui le leaflet de Œdipe Roi Pépé Aveugle, ramassé aussi sec par un random dude, qui commence à son tour à entendre un battement en provenance du cœur de la station. Comme un petit air de déjà-vu…

 

Vouloir faire c’est bien, rester compréhensible d’un bout à l’autre de son propos, c’est mieux. Justin D. Hill sacrifie la cohérence de son intrigue pour nous donner une triple ration de scènes spooky, qui suffiraient peut-être à le sauver s’il avait tourné un film et pas écrit une nouvelle. On sort de ‘Elloth IX’ avec le sentiment d’avoir raté la page où l’auteur aurait expliqué, au moins en partie, la cause et la propagation du maléfice qui frappe la station, ce qui n’est jamais agréable, et ce n’est pas la mention de Valgaast au détour d’un paragraphe qui viendra sauver cette tambouille indigeste. A oublier.

 

The Cache - J. Brogden [40K] :

 

The CacheLa vie de Lyse Urretzi, première fille du chef du clan du même nom, consiste à s’enduire de graisse pour aller récupérer de la tech perdue dans les niveaux souterrains du Spike, le dédale de coursives et de galeries qui constitue le seul monde qu’elle a jamais connu. C’est en effet aux Urretzi que revient la mission sacrée d’entretenir la barrière de Saint Geller, qui protège le Spike de l’Extérieur et des ses dangers innommables. En mission d’exploration dans le plus simple appareil, ou presque, Lyse manque de se faire alpaguer par un Crawler, charmante petite bestiole carnassière peuplant les bas fonds du Spike, et ne doit la vie sauve qu’à ses réflexes affutés et son fidèle pisto-grappin, qui arrête sa chute après que ses mains glissantes lui aient fait échapper quelques prises1.

 

Remise de ses émotions, et en quête d’un chemin vers les hauts, à défauts de beaux, quartiers où vivent ses congénères, elle tombe sur une sorte de petit théâtre de l’horreur où un épouvantail fait de barbaque humaine se trouve seul en scène, avec un médaillon brillant autour du cou. Bien que cette performance d’art post-contemporain ne lui évoque qu’un malaise des plus profonds, Lyse est trop excitée par l’idée de rapporter une authentique babiole technologique à son clan pour faire la fine louche, et récupère donc le colifichet. Après avoir un détour malheureux en coulisses, où elle se retrouve nez à nez avec une vision démente de l’Extérieur, peint avec de la bouse de vache et de la bave d’escargot, elle trouve enfin le chemin vers le haut du Spike, mais finit par déboucher dans le territoire des Jaax, les ennemis jurés des Urretzi. Urretzut.

 

On apprend alors que Lyse devait servir de monnaie d’échange et de mère porteuse au patriarche Jaax, Hadzor, afin de mettre un terme à la vendetta opposant leurs deux clans depuis des générations. Un mariage avait été négocié par la Prime Adjutant Galla Domitia, plus haute autorité du Spike, avec la bénédiction du père de Lyse, Sutomore. Il semblerait que les tourtereaux n’aient pu finalement convoler en justes noces, pour des raisons non précisées mais dont Lyse est sans doute (au moins un peu) responsable. Toujours est-il que notre héroïne ne tient guère à se faire pincer en territoire ennemi, surtout depuis qu’elle détient des preuves que les Jaax accueillent des adeptes de l’Extérieur parmi eux. Après une petite course poursuite rondement menée, elle parvient à regagner le bercail, mais le répit n’est que de courte durée. Hadzor Jaax vient en effet sonner à la porte en compagnie de Galla Domitia et de ses Arbites pour tirer au clair cette histoire d’empiètement de propriété privée. Sachant que c’est une discussion qu’elle ne pourra pas remporter, et peu emballée à l’idée de devoir remettre son nouveau médaillon à Hadzor en dédommagement, Lyse file à l’anglaise pour aller retrouver Cracius l’Er(e)mite, un dangereux hérétique selon la sagesse populaire, mais également un expert en matière de technologie oubliée…

 

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James Brogden soigne assez son entrée dans la BL avec ‘The Cache’, qui révèle quelques surprises bien senties à son lecteur… jusqu’à un certain point. Si les révélations amenées par Cracius font ainsi effet, et dénotent de la bonne vision qu’à l’auteur du background de 40K1 (et la petite mention de Valgaast, la planète « signature » des histoires futuristes de Warhammer Horror vient appuyer ce constat), tout comme l’ambiance à la ‘The Descent’ instillée dans les passages d’exploration des bas fonds du Spire se révèle être prenante, le grand final de la nouvelle n’est malheureusement pas au niveau des pages précédentes. Brogden laisse ainsi certaines questions importantes sans réponse satisfaisante, comme le passif de Hazdor Jaax (pourquoi et comment est-il devenu ce qu’il est ?) et le « statut » des Crawlers, que l’on devine être apparentés de façon inconfortablement proche aux humains du Spike, mais qui tiennent parfois de la faction peu fréquentable mais raisonnable, et parfois de la bande de prédateurs dégénérés. Malgré cette petite déception finale, James Brogden fait mieux ici que pas mal de nouveaux auteurs de la BL, et mérite donc à mon humble avis d’être suivi avec une bienveillante neutralité dans la suite de son parcours.

 

1 : Comme quoi le gras est peut-être la vie, mais la graisse est sûrement la mort. Médite là-dessus le jeune.

 

2 :

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The Bloody Kiss - D. Hinks [AoS] :

 

Le trappeur Raziv se languit d’amour pour la belle Marya, et fait le mur de sa ville natale, Dravko, pour aller la rejoindre dans les ruines d’une ancienne forteresse perdue au milieu de la forêt. So romantic. Comme nous sommes dans les Royaumes Mortels, et plus précisément à Shyish, cette entreprise est très loin d’être sans risques, car la région est infestée de choses non-mortes et pas vraiment amicales, à commencer par les hag-kin, ou les petits-petits-petits-petits enfants de Belladamma Volga, la matriarche de la dynastie Vyrkos. Ces vampires mâtinés de loups-garous rôdent dans les halliers obscurs à la recherche de sang frais, et sont une menace à prendre très au sérieux même par un survivaliste aussi expérimenté que Raziv. Ce dernier a toutefois une botte secrète pour ne pas faire de mauvaises rencontres sur le chemin le menant à sa dulcinée : il connaît les voies secrètes qui traversent la forêt, dont la connaissance est transmise de génération en génération par les lignées de trappeurs de Shyish. Jusqu’à présent, aucun d’entre eux n’a mis Volga et sa clique au parfum, ce qui permet à notre héros de voyager sans se faire trop de soucis pour sa sécurité personnelle.

 

Les choses prennent cependant un tour funeste lorsque l’ardent Raziv, qui bout littéralement de rejoindre sa bien-aimée pour qu’elle lui parle poésie, peinture et voyages (ce que sa propre femme, la gentille et timide mais assez rustre Sanja est bien incapable de faire), se rend compte qu’il est épié, alors même qu’il a emprunté un des chemins secrets que ces lourdauds de hag-kin sont censés ignorer. Croyant d’abord à la présence d’un autre trappeur noctambule, il doit vite déchanter lorsque le collègue qu’il suspectait (Velizar) est retrouvé étripé et à moitié dévoré quelques centaines de mètre plus loin. Le doute n’est plus permis : un Vyrkos plus cultivé que la moyenne est de sortie, ce qui est une complication désagréable, mais pas rédhibitoire pour notre héros, qui a vraiment envie de voir Marya. Après quelques astuces de Castor Junior, comme remonter une rivière à pied pour dissimuler son odeur à ses poursuivants, et une rencontre assez glaciale avec un hag-kin plus chien fou que loup alpha, Raziv croit avoir semé ses poursuivants, et arrive enfin à l’endroit où sa belle l’attend…

 

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Darius Hinks s’empare d’un classique de la littérature horrifique, le « vampire anonyme » (on sait qu’un des personnages est secrètement un vampire qui a réussi à camoufler son identité) et parvient à nous proposer une histoire avec des twists finaux tout à fait réussie, ce qui est une performance à part entière. Pour ne rien vous cacher, je m’attendais vraiment à ce que le résultat final soit totalement prévisible dès la lecture du titre et des premières pages, où tout suggère le vampire mais Hinks prend bien soin de ne pas mettre les pieds dans le plat, comme s’il essayait de ménager du suspens. Compte tenu de la tendance de la Black Library à vendre la mèche de la conclusion de ses histoires par pure négligence, et du fait que le sieur Hinks a déjà signé des nouvelles d’un tout petit niveau, je craignais le (vam)pire et fais donc amende honorable ici. ‘The Bloody Kiss’ est une soumission très solide pour Warhammer Horror, et sans doute le meilleur court-format de cet auteur dans le genre horrifique. Je commence à croire que Hinks est fait pour écrire pour Age of Sigmar plutôt que pour 40K

***

Et voilà qui conclut cette revue de 'The Accursed', qui comme les autres recueils Warhammer Horror publiés avant lui (et les recueils de nouvelles de la Black Library en général) contient du bon et du moins bon. Malheureusement pour cette anthologie, le fait que l'une de ses meilleures histoires ('Nightbleed') soit disponible gratuitement dans la Black Library Celebration Week 2022 fait baisser d'autant sa valeur marchande, même si elle contient quelques bonnes nouvelles que l'ont ne peut - pour le moment - pas trouver ailleurs. Avec "seulement" 250 pages et 12 courts-formats au compteur, 'The Accursed' n'est pas l'anthologie horrifique à choisir en priorité, si vous voulez mon avis, mais reste une addition tout à fait respectable à la collection d'un amateur de cette franchise. 

 

Schattra, spooky season is upon us!

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  Le 25/09/2022 à 12:27, gilian a dit :

Je sais pas si je me fais des idées mais j'ai l'impression que Darius Hinks et David Annandale s'en sorte vraiment mieux avec les séries Horror et Crime qu'avec du plus classique non?

Développer  

 

Pour Hinks c'est vraiment notable, même si je dois dire qu'il a progressé de manière générale par rapport à ses premières années à la BL. Mais quand il travaille sur un sujet qui ne l'intéresse pas, ça se ressent tout de suite à la lecture (ex: ses nouvelles pour Black Fortress).

 

Annandale adore le genre horrifique, et cela peut déboucher sur des soumissions de bonne qualité quand les étoiles s'alignent, mais j'ai l'impression que ses talents d'auteur sont plus limités que la moyenne de ses camarades, ce qui résulte souvent dans des intrigues mal ficelées, un déroulé poussif, une conclusion bâclée, etc... C'est dommage car il a souvent des idées intéressantes.

 

Schattra, ad hominem

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  Le 24/09/2022 à 09:12, Schattra a dit :

The Child Foretold

Développer  

 

Tient, j'ai ptet pigé pourquoi la mère est en sale état... Est ce que ce qu'il ne s'agirait pas d'un raté du contrôle des hôtes par les genestealer? La mère ayant conservé l'attachement viscéral au gamin mais pour une raison étrange, se serai affranchis de celui à la secte? A moins peut être que ce ne soit pas la mère, mais une assistante sociale inquiète voulant soustraire l'enfant à l'influence d'une totale liberté de pensé cosmique vers un nouvel age réminissant (Ok, si je me fait un magus Genestealer, je l'appelle skippy).

Ou même une accolyte de l'inquisition en fin de course qui tente de droper son objet de quête hors d'atteinte?

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  Le 26/09/2022 à 20:49, Miles a dit :

Tient, j'ai ptet pigé pourquoi la mère est en sale état... Est ce que ce qu'il ne s'agirait pas d'un raté du contrôle des hôtes par les genestealer? La mère ayant conservé l'attachement viscéral au gamin mais pour une raison étrange, se serai affranchis de celui à la secte? A moins peut être que ce ne soit pas la mère, mais une assistante sociale inquiète voulant soustraire l'enfant à l'influence d'une totale liberté de pensé cosmique vers un nouvel age réminissant (Ok, si je me fait un magus Genestealer, je l'appelle skippy).

Ou même une accolyte de l'inquisition en fin de course qui tente de droper son objet de quête hors d'atteinte?

Développer  

 

Possible, possible... Pour être honnête, j'ai tendance à considérer que les auteurs qui commencent avec la BL ne maîtrisent pas aussi bien le lore de 40K que les vétérans, et je ne leur prête donc pas de grandes capacités de suggestion de possibilités fluffiques. Donc comme Nicholas Kaufmann n'a rien publié d'autre, je pense qu'il a simplement oublié de donner des raisons claires à cet aspect de sa nouvelle, sans arrière pensée particulière. :D

 

Schattra, "oui je juge"

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  • 5 mois après...

Bonjour à tous et bienvenue dans cette revue de 'The Resting Places', recueil de nouvelles siglées Warhammer Horror publié en mars 2023 par la Black Library. Sorti quelques semaines après l'anthologie 'Unholy: Tales of Horror and Woe from the Imperium', ce livre rassemble les nouvelles préalablement proposées lors des semaines thématiques Warhammer Horror Week de 2021 et 2022, complétées par deux inédits. Pour le prix très abordable de 6,49€, ça valait le coup (et le coût) d'attendre.

 

Parmi les macabres auteurs que l'on retrouve au sommaire de ce volume, des têtes connues comme Richard Strachan et David Annandale (le premier étant en train de rattraper le second pour le titre du premier contributeur horrifique de la GW-Fiction), mais également - et c'est toujours appréciable - un grand nombre de nouveaux-venus : R. S. Wilt, J. H. Archer, Chris Winterton, Jeremy Lambert, Jamie Mistry-Evans ou encore Chris Thursten. Warhammer Horror ayant toujours été la franchise la plus "cosmopolite" de la Black Library, cette diversité n'est pas étonnante mais fera plaisir aux lecteurs vétérans plus intéressés par découvrir de nouvelles plumes et de nouvelles approches des univers de Games Workshop que par les sempiternelles variations de BL-style. Sans plus attendre, rentrons dans les choses concrètes et poussons le portail de ce primesautier cimetière où nous attendent les nouvelles du jour...

 

The Resting Places

 

 

Collapse - J. H. Archer [40K] :

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The Pharisene Paradox - R. S. Wilt [40K] :

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The Stacks - C. Winterton [40K] :

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King of Pigs - J. H. Archer [40K] :

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The Somewhere Sister - J. Lambert [AoS] :

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The Gnarled Bough - J. Mistry-Evans [AoS] :

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Pain Engine - C. Thursten [40K] :

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Old Soldiers - R. Strachan [AoS] :

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The Vintage - D. Annandale [AoS] :

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The Isenbrach Horror - D. Hinks [40K] :

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Aberration - J. Ozga [AoS] :

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Blood Drinker - J. Brogden [40K] :

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Bird of Change - R. Strachan [AoS] :

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Et c'est ainsi que se termine cette revue de 'The Resting Places', une anthologie assez agréable et dans laquelle se sont plutôt les nouveaux venus (Archer et Brogden en tête) qui tirent leur épingle du jeu. Il reste à voir si cette nouvelle garde poursuivra sa collaboration avec la Black Library, l'expérience montrant que les auteurs de Warhammer Horror sont les plus susceptibles de ne pas s'engager sur la durée ; en tout cas, si vous êtes un fan de la gamme horrifique de la GW-Fiction, il n'y a pas de raison de faire l'impasse sur ce recueil, qui fera honneur à votre collection.

 

Schattra, rest in peace places

Modifié par Schattra
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  • 7 mois après...

Bonjour à tous et bienvenu dans cette revue de ‘Once a Killer’, recueil Warhammer Crime sorti par la Black Library à la fin du mois d’octobre 2022. Il s’agit pour moi d’un retour à la franchise polar de la GW-Fiction après la couverture de No Good Men, la toute première anthologie de courts formats se déroulant dans la bucolique Varangantua, publiée en 2020. Bien que Nottingham n’ait pas chômé dans l’intervalle, et sorti trois recueils centrués sur l’enfer urbain d’Alecto (‘Sanction & Sin’, ‘Broken City’, ‘The Vorbis Conspiracy’), je n’ai pas suffisamment accroché avec ce sous-univers grimdark pour m’impliquer dans sa couverture autant que j’ai pu le faire pour Warhammer Horror. La sortie de ‘Once a Killer’ (et sa composition pour moitié par des nouvelles de Crime Week 2022, que je m’étais motivé à chroniquer), était donc l’occasion de commencer à combler cette lacune.

 

Comme indiqué ci-dessus, quatre des huit nouvelles que l’on retrouve au sommaire de ce petit opus, proposé au vil prix de 6,49 € en format numérique, sont des rééditions de la semaine événementielle consacrée par la Black Library à cette franchise (initiative non reconduite en 2023, ce qui n’est jamais bon signe…). L’autre moitié est inédite, et voit le retour d’auteurs ayant déjà signé des romans histoires noires pour le compte de la Black Library (c’est assez logique au vu du nom, vous me direz) : Nick Kyme et sa novellaSkeletons’, Victoria Hayward, Gareth Hanrahan et Jude Reid.

 

Notons enfin que la Black Library a jugé bon de faire figurer une note d’édition en ouverture de ‘Habeas Corpus’, informant le lecteur que les événements couverts dans cette nouvelle ont pris place avant ceux relatés dans ‘The Bones of the Martyrs’, deux récits mettant en vedette la Probator Lycia Calix. Ça peut sembler être un détail très marginal, et franchement ça devrait l’être, mais pour la Black Library c’est une petite révolution dans la prise en compte du confort de lecture de leur public. Je ne compte en effet plus les fois où j’ai constaté après quelques paragraphes que l’histoire que je venais de commencer me disait vaguement quelque chose, et ai dû effectuer des recherches pour établir que ce sentiment de déjà-lu s’expliquait par le retour de personnages croisés lors de lectures antérieures. Espérons que cette bonne pratique devienne la norme dans les futures publications de la Black Library, et plongeons nous sans tarder dans ce compte-rendu de la vie à Varangantua.

 

Once a Killer

 

Chains – J. D. Beer :

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Slate Run – M. Brooks :

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No City for Heroes – V. Hayward :

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Clear as Glass – D. Flowers :

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Skeletons – N. Kyme :

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Once a Killer, Always a Killer – M. Scanlon :

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Grit in the Wheels – G. Hanrahan :

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Habeas Corpus – J. Reid :

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.

Et voilà qui termine cette revue de ‘Once a Killer’, anthologie plutôt solide et agréablement variée, tant au niveau de la longueur des nouvelles proposées que dans leur style et leurs protagonistes (Probators, Enforcers, Sanctioners, ou simples sujets impériaux). J’irai même jusqu’à dire que je trouve ce recueil plus satisfaisant que ‘No Good Men’ (sans parler de la couverture beaucoup plus classe), ce qui permet d’espérer que le meilleur est à venir pour Warhammer Crime. Ça pourrait même me motiver à passer en revue d’autres titres de cette franchise… quand j’aurais le temps. Stay tuned.

 

Schattra, "Varangantua, 2ème prise"

Modifié par Schattra
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A votre service, mon bon @gilian. ^^

 

Franchement, les intrigues des nouvelles de Warhammer Crime ne sont pas beaucoup complexes que la moyenne, et il n'y a que rarement des whodunit qui récompensent les lecteurs perspicaces d'avoir fait attention aux détails. Il faut surtout accepter de lire des histoires où le côté militaire de 40K n'apparait pas pour ne pas être déçu par cette gamme, à mon avis.

 

Schattra, "un peu de calme dans un monde une galaxie de brutes"

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